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Apocalypse
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Babylone
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Rome
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Dieterlé Christiane
Apocalypse 18
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http://www.moleiro.com/fr/ : L’Apocalypse en Français, 1313 ...
Sur terre, quand l'auteur de l'Apocalypse écrit, une ville domine le monde : Rome...
 

Lors d'une session de formation de pasteurs qui a eu lieu à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville en novembre 2006 au Congo, nous nous sommes en particulier attachés à la lecture du chapitre 18 de l'Apocalypse qui met en scène le jugement de Babylone, nom sous lequel se cache la Rome contemporaine de l’auteur de de ce livre… La session s'est terminée par un culte de clôture. La prédication de ce culte, reproduite ci-dessous, a voulu transmettre aux participants les point forts du dialogue que nous avons eu avec le texte.


Sur terre, quand l’auteur de l’Apocalypse écrit, une ville domine le monde. C’est Rome, la capitale d’un vaste empire, l’empire romain. Dans le livre de l’Apocalypse, on l’appelle Babylone la Grande. C’est une ville immense, au pouvoir démesuré, sans limites. Elle est comparée à une femme remplie d’orgueil, qui se croit immortelle et affiche sans pudeur toutes ses richesses acquises aux dépends des populations de l’empire.

La Jérusalem nouvelle donnée par Dieu est au contraire limitée. Ses fondations sont constituées par les 12 apôtres de l’agneau et des anges sont à ses portes qui restent toujours ouvertes. Tout le monde peut entrer. C’est une ville destinée à accueillir toute l’humanité. Elle est à taille humaine et en même temps toutes les nations s’y retrouvent. Un ange mesure la ville avec un roseau en or. La mesure s’oppose à la démesure de Rome-Babylone. L’est, l’ouest, le sud et le nord ont tous la même dimension. Par ces quatre points cardinaux l’univers entier est représenté. Aucun d’entre eux ne domine l’autre. Il y a bien un mur, mais il est transparent et fait de pierres précieuses. La traduction Parole de Vie n’indique pas les noms de ces pierres mais leurs couleurs, parce que ce sont ces couleurs que l’auteur veut nous faire voir. La Jérusalem nouvelle est parée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel parce qu’elle est la demeure de Dieu avec les hommes de tous les peuples, de toutes les langues, de toutes les cultures…

L’auteur de l’Apocalypse est un visionnaire. Il voit au-delà des apparences. Comme on le dit chez moi, « il voit plus loin que le bout de son nez ». Il nous montre ce qu’il voit et cela constitue une révélation - révélation est la traduction du mot grec apocalypse. Le violent jugement de Dieu sur Rome–Babylone dévoile ce qui est intolérable pour lui dans le monde des humains. Et ce qui est intolérable, l’injustice, la domination, le refus d’être une créature humaine quitte à se prendre pour Dieu…tout cela est condamné à être détruit. Cette destruction n’est pas faite pour le plaisir mais pour donner de la place au monde de Dieu.

Une exhortation à devenir des "apocalypticiens"

En lisant le livre de l’Apocalypse nous pouvons y entendre une exhortation pour notre propre témoignage, une exhortation à devenir des ‘apocalypticiens’, des gens qui dévoilent avec les mots et les images de notre temps et de nos cultures ce qu’il y a sous les apparences. J’ai rencontré un de ces témoins visionnaires et je l’ai interviewé.

Voici le contenu de cet interview :

– Veilleur, que vois-tu dans la nuit ?

– Je vois ce que vous refusez de voir, car il m’a été donné de voir clair dans ce monde sans lumière.

– Et que vois-tu donc, frère 

– Je vois un monde coupé en deux. L’hémisphère nord est riche, l’hémisphère sud est pauvre. Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.  Je vois une cassure au milieu du monde et personne ne veut la combler. Je vois les villes divisées en quartier, certains quartiers sont riches, d’autres quartiers sont pauvres. 

Je vois des gens riches. Ils ont en abondance des biens matériels, des compétences, de la culture et ils ferment les yeux sur le reste du monde. Leurs richesses ne servent à rien, elles apportent la mort alors qu’elles pourraient apporter la vie.

Je vois le sang couler dans les rues de Bagdad, Je vois des êtres humains affamés mourir au Darfour et d’autres tués par des attentats ou des représailles dans la bande de Gaza et en Israël. Je vois des hommes et des femmes trembler de froid la nuit sur les trottoirs de Paris. A New York, je vois des gens qui n’en finissent pas de pleurer : en s’effondrant, les tours de l’orgueil humain ont écrasé des innocents.

– Que vois-tu encore, frère ? 

– Je vois une femme très ancienne. On l’appelle l’Eglise. C’est une femme digne, pourtant elle est parfois méprisée. Tous la connaissent dans la ville, elle seule connaît la vérité sur ce monde, mais souvent elle ne fait que donner de l’opium au peuple pour l’endormir. Je la vois  se retirer dans ses bâtiments et, toute peureuse, y rester. Elle a peur de boire le sang de l’agneau. Elle a fait la paix avec les pouvoirs oppresseurs et corrompus. Elle se bouche les oreilles quand les bombes tombent et quand les armes font couler le sang. Aussi beaucoup l’abandonnent et l’amour d’un grand nombre se refroidit. 

– Vois-tu autre chose, frère ?

– Oui, je vois, j’ai vu la présence glorieuse de Dieu quitter la ville. Son nom y est souvent prononcé en vain, de façon grandiloquente mais mensongère. Je vois des êtres humains marcher à tâtons. Ils demandent de l’eau et du pain mais personne ne leur en donne. Ils cherchent désespérément un sens à leur vie et ils vont sur les routes des religions orientales, des sectes, de tout un tas de mouvements religieux…Car, dans les temps présents, une soif de comprendre ce qui arrive et d’être réconforté est survenue. Les théologies de la prospérité et les théologies de la peur se sont développées et ont étouffé l’évangile de Jésus-Christ.

– Mais frère, ne vois-tu rien qui nous permette d’espérer ?

– Je vois venir la ville nouvelle, la terre nouvelle dont tous les humains rêvent. C’est une ville ouverte où tous peuvent entrer, une ville où tous peuvent recevoir de la nourriture et se parler. Il n’y a ni temples, ni mosquées, ni églises. Le fils de Dieu, l’Agneau mort et ressuscité, est son temple. L’Agneau est sa lumière et il n’y a plus de nuit. Dieu habite pour toujours dans la ville. Tous les peuples sont là. Ils sont réconciliés. Une petite fille ouvre la danse. L’Esprit et l’Eglise qui s’appelle aussi l’Epouse de l’Agneau, crient : Viens, Seigneur Jésus, viens ! (1)


Chers amis, bien-aimés dans le Seigneur, devenons nous aussi des veilleurs. Ne nous reposons pas sur l’idée que la fin du monde sera la fin de tout, ni sur l’idée que cette fin du monde ne viendra jamais. La fin du monde dont parle l’Apocalypse, il faudrait plutôt l’appeler la fin des temps. Les temps sont accomplis. La création que Dieu a voulu bonne comme nous le dit le tout début de la Bible, au premier chapitre de la Genèse, revêt enfin son vrai visage, Dieu peut y habiter avec les hommes. Veillons donc, ne soyons pas paralysés par la peur. Demandons-nous plutôt comment être des veilleurs à l’heure de la mondialisation, cette mondialisation qui multiplie les risques de déshumanisation, mais qui offre aussi des chances pour le développement de la solidarité humaine. 

Comment veiller ? D’abord en résistant à la séduction des idoles et en refusant qu’elles deviennent nos dieux, ces idoles que sont le pouvoir et l’argent.

Bien sûr aussi écouter les paroles que Dieu nous adresse dans les livres de la Bible, lire la Bible avec notre intelligence et notre cœur, avec toutes les ressources du meilleur des cultures et des connaissances de notre époque et en nous aidant mutuellement. Sinon il y aura encore des drames terribles comme les mille morts de la secte « Pour la restauration des 10 commandements de Dieu » en Ouganda il y a quelques années. 

Veiller, c’est aussi prendre soin de nos frères et du monde dans lequel nous vivons tous, comme une lecture attentive de la Bible nous l’apprend. L’action est possible grâce à l’espérance qui nous porte et grâce à la collaboration avec les autres. Il y a une espérance et une responsabilité envers l’avenir partagées par tous les Chrétiens de toutes les confessions et avec tous les hommes de bonne volonté.

Veiller, c’est lire la Bible avec notre intelligence et notre cœur et, parallèlement, analyser avec intelligence et courage les réalités qui nous entourent. C’est ce que font beaucoup de mouvements, comme par ex. Le mouvement mondial des travailleurs chrétiens dont le mot d’ordre est « Mondialisons la solidarité ». En disant mondialisation, ils parlent le langage de notre temps. Le pouvoir romain au 1er siècle de notre ère, à l’époque de la vie de Jésus et de l’apparition des communautés chrétiennes, a établi la première mondialisation au sens économique,  politique et culturel (pensée unique). Le premier christianisme pour sa part a instauré l’universalisme : devant Dieu, il n’y a plus ni homme ni femme, ni homme libre ni esclave, ni Juif, ni non-Juif, tout le monde a la même dignité et bénéficie du même amour. Au nom de cet universalisme il est urgent de développer une culture de la solidarité sur une planète dominée par l’argent et marquée par l’injustice. Un certain nombre de réseaux – qui dépassent les frontières - existent déjà. Au cours du séminaire nous avons parlé de Jubilé 2007. On pourrait citer aussi Peuples solidaires, Amnesty International où beaucoup de chrétiens militent, l’Action des Chrétiens Contre la Torture (ACAT) et, ici, dans le cadre de l’Eglise Evangélique du Congo, l’Action Evangélique pour la Paix, qui travaille en partenariat avec d’autres organismes situés ailleurs dans le monde. Pour honorer la décennie contre la violence proposée par le Conseil Œcuménique des Eglises, la CEVAA – Communauté des Eglises en Mission – met en route actuellement une Caravane des femmes pour la paix. Cette caravane traverse les pays où des Eglises membres de la CEVAA se trouvent. Elle sera à Brazzaville au mois de septembre prochain. 

Les techniques modernes comme Internet favorisent la mondialisation de l’économie mondiale ultra-libérale qui écrase les faibles. Nous pouvons, pour notre part, les utiliser pour favoriser une mondialisation de la réflexion critique et de la solidarité  et créer ainsi un contrepoids efficace. Un réseau de réseaux solidaires commence ainsi à se développer. Ce pourrait être pour les Chrétiens tout à la fois un réseau de résistance spirituelle qui témoigne de la foi et de l’espérance et un réseau de résistance active qui mette en œuvre l’amour de chaque être humain envers tous les autres. L’amour agit. Il doit agir dans le lieu même où se tient la Bête moderne, le marché mondial déterminé par l’argent. Nous sommes les clients du marché mondial, à la fois acteurs et victimes, tout comme les peuples colonisés par le pouvoir romain étaient les clients de l’empereur siégeant à Rome. Il suffirait qu’un quart de ces clients changent leurs habitudes de consommation pour que l’ensemble du système mondial actuel soit ébranlé. Alors peut-être un peu de l’ordre juste voulu par Dieu viendrait remplacer le chaos.

La foi en la libération profonde et totale apportée par le Ressuscité est annoncée et préparée dans les textes bibliques par des libérations partielles – petites ou grandes.  Sur terre et à tous les niveaux beaucoup de concurrences destructrices, d’oppression, de guerres sont suscitées par l’égoïsme et l’orgueil. Elles sont condamnées à être détruites nous dit le livre de l’Apocalypse. La générosité, la révolte et la résistance face à l’injustice conduisent à des luttes qui essaient de rester non-violentes, comme celle de l’Agneau à la fois immolé et victorieux. Des Chrétiens s’engagent dans ces combats pacifiques. 

Ne voulons-nous pas ensemble prier, travailler et agir dans le même sens que Dieu pour manifester son règne sur sa création. Oui, notre Père qui es aux cieux, nous te le demandons de toutes nos forces mises à ton service, que ton règne vienne. Amen. 

© Christiane Dieterlé, animatrice biblique et un groupe de pasteurs en formation, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 69, p, 16.

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(1) Le dialogue avec le veilleur est une reprise adaptée d’un texte de Jean-Claude Eslin, paru dans les années 1970, avec des références à l’Amérique latine où ce prêtre travaillait. On peut trouver ce texte dans le dossier sur l’Apocalypse de la région ERF Centre-Alpes-Rhône. Le responsable de  l’Action Evangélique pour la paix (qui participait à la session) a décidé de proposer aux lycéens qu’ils rencontrent de jouer ce texte. Il assure en effet des programmes d’éducation pour la paix dans les écoles. Un beau ‘destin’ pour l’Apocalypse de Jean !

 

 
Ap 18
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org