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Apocalypse
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Bauer Dieter
Un feu d'artifice d'images... Aperçu de l'Apocalypse de Jean
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Comme dans un « feu d'artifice », une image émerge, puis aussitôt une autre...
 
Quand on essaie de réaliser un résumé de l'Apocalypse de Jean (Ap), on se trouve rapidement dans l'embarras. Ce petit livre se présente d'une façon tellement multicolore et multiforme : Comme dans un « feu d'artifice », une image émerge, puis aussitôt une autre, tandis qu'une autre s'y mêle au-dessus, au milieu ou au dessous. Les scènes se déroulent les unes après les autres tout en paraissant simultanées. À première vue, il n'y a pas de construction logique déterminée

C'est pourquoi jusqu'à aujourd'hui en exégèse on discute vivement sur l'ordre interne de ce petit livre. Il y a presque autant de propositions de structure que de commentaires sur l'Apocalypse. Puisque la raison d'être de cet article ne peut pas être d'ajouter un autre essai aux nombreux déjà parus, nous donnerons ici un aperçu des différentes formes littéraires de l'Apocalyptique et nous introduirons dans la technique de composition.

La forme épistolaire
La première chose qui frappe, c'est la forme épistolaire, selon laquelle ce petit livre est écrit. Après un avant-propos, l'Apocalypse commence par une introduction épistolaire (1,4-8) et se termine par un souhait final, comme nous pouvons le constater dans la première épître aux Corinthiens (16,22s.) ou dans l'épître aux Hébreux (13,25) : « La grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! » De plus, ce petit livre contient également, dans une forme épistolaire, des lettres, envoyées à sept communautés de la province d'Asie Mineure. Ceci nous montre que dans ces sept communautés, représentantes de toutes les communautés chrétiennes de la province, le contenu de l'Apocalypse devait être communiqué comme une espèce de « circulaire ».

Les septénaires
Ce qui, avec les sept lettres, apparaît pour la première fois comme une caractéristique de la structure, à savoir les séries de sept, se retrouve tout au long du livre : clairement dans le cas des sept sceaux, des sept trompettes et des sept coupes de la colère, et moins apparemment pour les sept visions de la fin du livre (respectivement introduites par : « Alors je vis... » : 19,11.17.19; 20,1.4.11; 21,1) ou pour les sept béatitudes présentes dans l'ensemble du livre.

De telles structures numériques sont importantes pour la mémorisation. Mais elles représentent aussi une espèce de langage secret qui ne s'ouvre qu'aux initiés:

Le chiffre "sept" est le chiffre de la perfection, comme le chiffre "trois" est le numéro divin, et le "quatre" celui du monde (quatre Vivants, 4,6 et autres; quatre cavaliers apocalyptiques, 6,2-8; quatre coins de la terre, quatre vents, 7,1).

Du chiffre  " sept" dérive la moitié : "trois et demi". "Trois et demi" est le temps limité (par Dieu); il apparaît sous plusieurs formes : "trois ans et demi" = « un temps et deux temps et un demi temps » (12,14; cf. Dn 7,25; 12,7) = 42 mois (11,2; 13,5) = "1260 jours" (1 1,3; 12,6).

Du sept aussi dérive indirectement le "six", qui se manifeste ensuite dans le « chiffre de la bête » : 666 (13,18). La bête désirait être divine (trois fois le même chiffre) et parfaite ("sept"), mais elle n'arrive qu'au triple "six" marque de son arrogance contre Dieu.

Insertions

Toutefois ces séries de sept ne sont pas simplement des images, ni des événements racontés les uns les autres. Ils sont interrompus sans cesse par des insertions. Ainsi, avant l'ouverture du septième sceau, les élus d'Israël sont marqués sur le front (7,1-17) et après l'ouverture du septième sceau, il ne se déroule pas simplement un autre événement comme dans le cas des six premiers sceaux, il y a au contraire une grande pause : « environ une demi-heure » (8,1). Une nouvelle série de sept commence ensuite par la remise des sept trompettes aux sept anges. Cependant, avant même que l'on joue de ces trompettes, un « autre ange » est introduit. Celui-ci « offre à Dieu les prières de tous les Saints ». C'est seulement après cette « insertion » que « les sept anges se préparent à jouer des sept trompettes » (8,6

De même avant la sonnerie de la septième trompette, on trouve une telle « insertion » (10,1-11,14) : la septième trompette est annoncée par un « ange puissant » qui donne à manger un petit livre au visionnaire. Ensuite le Temple est mesuré et on annonce la venue de deux témoins qui trouveront la mort à Jérusalem.

Annonces préliminaires
À vrai dire, cette « insertion » appartient déjà aux visions décrites plus tard à partir du chapitre 12. Par la technique de l' « 'insertion », l'auteur de l'Apocalypse anticipe en partie quelque chose qu'il développe ultérieurement.

Une anticipation analogue se trouve avant les sept coupes de la colère : le jugement sur Babylone est déjà annoncé en 14,6-20, avant qu'il ne soit accompli lors du versement de la septième coupe de la colère (17,1 -19,10). De telles annonces préliminaires permettent aussi de créer un suspens.

Tandis que notre pensée occidentale s'attendrait à un enchaînement linéaire qui classerait les images les unes après les autres, le visionnaire, Jean, travaille avec des insertions et des inclusions, avec des anticipations et des développements. Alors que cette technique littéraire dynamique agit plutôt en embrouillant — du moins au premier abord — les lectrices et les lecteurs, l'auteur a besoin de facteurs « stabilisateurs » dont voici quelques exemples.

Les répétitions
Ainsi, l'Agneau apparaît non seulement dans la vision de la salle du trône (5,1ss.) et ouvre ensuite le sceau du livre (6,1ss.), mais il se présente encore en 14,1ss.) avec son cortège et à la fin du livre dans la Jérusalem céleste en compagnie de Dieu lui-même (21,22s.).

Il en est de même pour le trône de Dieu. Il joue un rôle central non seulement dans la vision de la salle du trône encadrant la vision d'effroi et dans la vision de la Jérusalem céleste, mais aussi à l'intérieur de la vision d'effroi elle-même où on ne le perd pas de vue. Il permet ainsi aux lecteurs(trices) et aux auditeurs(trices) d'être sûrs de qui détient le vrai pouvoir (7,9-17; 14,1-5; 19,110).

Il est remarquable aussi que toutes séries de fléaux — les sept sceaux, les sept trompettes, les sept coupes de la colère — se terminent par des hymnes devant le trône de Dieu. De cette façon, ces hymnes montrent que tout ce qui est effrayant ne doit pas vraiment terrifier. Celui qui est capable de chanter en prison, dans la souffrance et la persécution, est plus fort que son bourreau.

Les encadrements
Cette certitude qu'en fin de compte les persécuteurs n'ont pas de prise sur les croyants, le visionnaire la donne aussi à l'aide du procédé stylistique d'un cadre, dans lequel il situe sa vision d'effroi : Dieu, « celui qui est, qui était et qui vient » (1,4), est le Puissant au début du livre dans la vision céleste de la salle du trône (Ap 4s.) et il exerce son pouvoir à la fin dans la « Jérusalem céleste » (Ap 21s.); il est « l'Alpha et l'Oméga » (1,8; 21,6; 22,13).

La relecture
Dans l'ensemble, Jean amène son lecteur et auditeur en voyage, dans un mouvement qui, comme pour le chemin de l'Exode, le conduit par des plaies vers la Terre Promise, vers l' « être avec Dieu » vers la « Jérusalem céleste ». Pour les lecteurs(trices) et auditeurs(trices) initié(es) dans les Écritures, ce n'est pas un voyage inconnu. Ils en savent déjà amplement. L'auteur de l'Apocalypse rassure ses destinataires. Ils se trouvent dans « leur monde » dans leur Écriture Sainte.

La référence directe aux plaies du récit de l'Exode se trouve spécialement développée dans les fléaux déclenchés par les sept trompettes, mais aussi en relation avec les coupes de la colère: Grêle (8,7; cf. Ex 9,23ss); Eau changée en sang (8,8; 16,3s; cf. Ex 7,20s.); Soleil, lune et étoiles qui s'obscurcissent (8,12; cf. Ex 10,22); Sauterelles (9,3; cf. Ex 10,13ss.); Ulcères (16,2; cf. Ex9,9s.); Ténèbres (16,10; cf. Ex10,21s.); Grenouilles (16,13; cf. Ex 8,1ss.).

Dans cette « relecture » de l'histoire de l'Exode, les lectrices et les lecteurs vivent « leurs » plaies et accomplissent leur propre sortie, plus seulement d'Égypte, mais dans le cœur même de l'Empire romain (Pablo Richard).

© Dieter Bauer, FPF / SBEV, Bulletin Information Biblique n° 57 (décembre 2001) p. 7..
 
 
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