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Saint Paul
Avec saint Paul en Méditerranée
 
 
Du 8 au 20 avril 2009, eut lieu une croisière saint Paul sous la présidence du cardinal Roger Etchegaray. Croisière ? Pèlerinage, plutôt...
 
Du 8 au 20 avril 2009, l'agence de voyages Terre Entière a organisé une croisière saint Paul sous la présidence du cardinal Roger Etchegaray. Elle en avait confié l'animation au Service Biblique catholique Évangile et Vie (SBEV). Croisière ? Pèlerinage, plutôt.  Et qui ne s'annonçait pas comme les autres pour trois raisons : l'année jubilaire, le cadre des fêtes pascales et son caractère œcuménique.

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Terre Entière avait choisi le bateau et planifié le parcours et les escales : Rome, Éphèse, Pergame, Philippes, Athènes, Corinthe, Malte. Le SBEV avait veillé au choix des accompagnateurs et mis au point les huit conférences (par les catholiques Odile Flichy et Gérard Billon, le protestant Daniel Gerber et l'orthodoxe Stefan Munteanu), les cinq rendez-vous de lectio divina et les célébrations liturgiques.

Jours saints en pleine mer.
Embarquer à Nice pour une croisière de treize jours, même si les conditions de navigation n'ont rien à voir avec celles de l'apôtre Paul, c'est tout de même une aventure, avec sa part d'inconnu : Quelles rencontres allions-nous vivre ? Comment allions-nous faire Église dans la diversité de ce que nous sommes ? Est-ce que le côté ludique attaché au mot « croisière » allait s'articuler avec la démarche de pèlerins ?

[IMAGE]« Il y eut un soir, il y eut un matin » : chaque matin, la voix de M. Hubert Debbasch, directeur de Terre Entière, retentissait dans les hauts parleurs pour lire un passage des lettres de Paul, donnant la tonalité du jour.

La première escale, le Jeudi saint, nous conduit à Rome où l'on ne peut que relier la figure de Paul à celle de Pierre, comme l'a si bien fait ressortir Luc dans les Actes des Apôtres : tous deux ont été saisis par le Christ, tous deux guérissent en son nom et connaissent des situations semblables à celle du Christ. Et si Luc ne le dit pas, la tradition nous a laissé que tous deux ont témoigné de leur foi jusqu'à mourir à Rome. C'est donc dans la basilique Saint Paul-Hors-les-Murs, construite sur la tombe de Paul, que nous célébrons, en fin de journée, la Cène du Seigneur avec la communauté bénédictine du lieu.

Reprenant la mer, nous mettons le cap vers le détroit de Messine et naviguons en mer Ionienne puis au cœur des Cyclades, afin de rejoindre le port de Kusadasi (Turquie). Ces deux jours permettent au groupe des 280 passagers de « couper » provisoirement avec les occupations ordinaires et de faire connaissance. Deux jours de convivialité, d'enseignement, de prière. D'emblée Odile Flichy (Centre Sèvres, Paris) et Daniel Gerber (Faculté de théologie protestante, Strasbourg)  mettent en œuvre une collaboration œcuménique par une conférence à deux voix sur le portrait de l'Apôtre dans les Actes et dans les lettres. Dans la conférence du lendemain, samedi, Odile Flichy donne un nouvel éclairage sur le « retournement » inouï, appelé « chemin de Damas ».

Tout au long du pèlerinage, nous avons été invités à lire progressivement la totalité des chap. 13 à 28 du livre des Actes et à laisser l'Écriture devenir en nous Parole de Dieu grâce à la lectio divina.  Par cinq fois au cours du voyage, le P. Joseph Stricher (SBEV) a parcouru trois ou quatre chapitres (lus préalablement par chacun), pointé quelques remarques d'observation et donné la parole aux petits groupes constitués sur place afin que s'engagent méditation et prière. Ainsi s'est imprimée en chacun une Parole reçue par l'écoute et le partage.

Les célébrations ont rythmé les jours saints. D'abord celle de la Croix, le Vendredi saint : « Terrible jour que celui du vendredi » nous rappelle Daniel Gerber qui commente le récit de la Passion, « vint le samedi, ce sabbat interminable (...), Dieu a permis qu'il y ait ce jour interminable, ce jour sans horizon et sans vie, pour donner leur vraie place au désespoir, au vide, à la révolte, au doute ».
[IMAGE] [IMAGE]Ensuite, le Samedi saint, nous prenons le temps de célébrer de la Veillée pascale. Un groupe choral s'est constitué : « chanter, c'est prier deux fois » (saint Augustin). Le rouge laisse place au blanc, la Mort à la Vie. C'est l'heure où la lumière paraît au cierge pascal et se répand au milieu de nous. L'heure du passage d'une rive vers une autre rive. Dans la longue liturgie de la Parole, les textes sont proclamés par des personnes différentes et l'épître de Paul est lue en grec par un grec-catholique. Mais c'est aussi l'heure où les différences entre nos Églises réapparaissent : alors que protestants et catholiques entonnent les « Alleluia », nos frères et sœurs orthodoxes (peu nombreux parmi les participants mais très présents parmi le personnel du bateau) entrent dans la Semaine sainte et le temps du jeûne.

D'Éphèse à Corinthe.[IMAGE]
Ce dimanche, Jour de Pâques, nous abordons en Turquie. Pendant que certains découvrent Milet et relisent la rencontre de Paul avec les anciens d'Éphèse (Ac 20), d'autres visitent Éphèse même. Comment ne pas faire mémoire des troubles soulevés par l'annonce du Christ en particulier chez les orfèvres liés au culte de la déesse Artémis (Ac 19,23-40) ? Il est étonnant de constater qu'aujourd'hui encore le théâtre, où la foule agitée s'est réunie, est toujours en bon état mais que le temple d'Artémis, considéré alors comme l'une des sept merveilles du monde, n'a plus qu'une colonne qui tient debout ! Moment émouvant aussi que de se retrouver ensemble, catholiques, protestants et orthodoxes, dans la basilique où le troisième concile œcuménique proclama en 431 Marie Theotokos, « mère de Dieu ».

Lundi : halte à Pergame. Le site n'est pas lié à Paul mais aux communautés johanniques en tension avec l'empire romain (diversité des premières églises ! lire Ap 2). On y trouve également un sanctuaire au dieu guérisseur Asclépios (nous en verrons un autre, quelques jours plus tard, à Épidaure), belle occasion de revenir sur la quête de guérison et le sens du mot « salut » si présent dans la prédication de Jésus puis de Paul.

[IMAGE]En fin d'après midi, alors que nous appareillons pour la Grèce, le cardinal Etchegaray nous livre quelques moments de sa vie, nous invitant à grandir dans un esprit de confiance et de partage : « On ne fait rien de bon quand on est tout seul. Lorsqu'on est chrétien, on ne peut que partager, vivre avec les autres, quels qu'ils soient ». « L'Église de mon espérance n'est pas celle de mon expérience », dit-il, parce que l'espérance nous tire en avant ! Ces mots rejoignent bien la réalité d'une Église qui se construit, de jour en jour, sur le bateau, au fils des rencontres et des partages...

Mardi : arrivée à Kavala et découverte du beau site archéologique de Philippes. Paul y vint lors de son second voyage, vers 49-50, accompagné de Silas et Timothée. Comme à son habitude, Paul chercha la communauté juive locale, il la trouva près d'un cours d'eau autour de quelques femmes dont Lydia (Ac 16,13-15). C'est à l'endroit qui fait mémoire du baptême de Lydia - texte qu'Odile Flichy commente - que nous célébrons l'Eucharistie, près du cours d'eau... et sous la pluie !

Revenus à bord, nous écoutons Stefan Munteanu (de l'Institut orthodoxe Saint-Serge) dresser un portrait complexe de Paul de par la diversités des cultures qui se croisent en lui : Juif, de culture hellénistique (car de la diaspora), citoyen romain. Son apport fait écho à tout ce que nous découvrons, sur le terrain, de la culture grecque et de l'empire romain.

Mercredi : nous abordons au port du Pirée pour une courte visite d'Athènes. A l'approche de l'acropole, nous comprenons les sentiments que Luc prête à Paul : « il avait l'âme bouleversée de voir cette ville pleine d'idoles » (Ac 17,16). Les temples et lieux de culte ne manquaient pas : à Athéna bien sûr, mais aussi Poséidon (qui aurait aimé patronner la cité), Zeus, Asclépios, Dionysos, Aphrodite, etc. Le peu qui reste aujourd'hui laisse deviner la splendeur d'alors. Près du rocher de l'aréopage, Paul a exposé sa foi aux Athéniens et Luc en a fait un magnifique exemple d' « inculturation » qui, d'ailleurs, divise ses auditeurs. La foi chrétienne s'est greffée sur la culture grecque : en témoignent sculptures et icônes du Musée byzantin.

Jeudi : comme Paul, nous quittons Athènes pour Corinthe (Ac 18,1). C'est lors de son second voyage qu'il s'arrête dans cette cité qui vient d'être reconstruite et y demeure dix-huit mois. Plus tard, il sera amené à écrire à plusieurs reprises aux Corinthiens qui ont tendance à reproduire, dans la communauté, leurs anciennes habitudes qui favorisent les clans et donc les divisions. Paul n'aura de cesse de les inviter à vivre l'unité dans le respect des différences. C'est qu'il n'était pas facile, dans un tel contexte, de construire son identité chrétienne, comme nous l'exposera Daniel Gerber dans une de ses conférences, le lendemain vendredi. Unité... divisions... des mots qui résonnent lorsque, justement, nous sommes sur un chemin œcuménique avec nos différences, le poids de nos histoires, et la certitude d'une communion en Christ.

Œcuménisme, chemin d'espérance.
[IMAGE]Nous visitons le site de Corinthe après une halte à Épidaure, sanctuaire dédié à Asclepios (comme Pergame). Notre célébration près de l'agora est un moment fort du pèlerinage.  Daniel Gerber, le protestant, commente le « kérygme » de 1 Co 15 devant le cardinal Etchegaray qui l'invite fraternellement à s'asseoir à côté de lui. Le site de Corinthe, la mémoire des premiers chrétiens, le désir de rencontre, la proclamation de l'Évangile nous rassemblent au soleil de Dieu. Moment fort au-delà des divisions historiques de nos Églises et par delà ce qui nous fait encore souffrir car nous ne sommes pas - pas encore - en pleine communion : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n'est-il pas une communion au corps du Christ ? Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps : car tous nous participons à cet unique pain » (1 Co 10,16-17).

[IMAGE]Ces mots sont commentés le lendemain, vendredi, dans une nouvelle conférence à deux voix par Odile Flichy et Daniel Gerber sur « Pain rompu et coupe partagée »  à partir des Actes des Apôtres et de la Première Lettre aux Corinthiens : le pain partagé vient-il entretenir une unité constituée ou créer une nouvelle unité ? La question reste ouverte. Elle alimente bien des échanges entre nous.

La navigation se continue en direction de Malte avec une conférence de Gérard Billon (SBEV) autour de la spiritualité de Paul : « L'extase et l'écharde » (2 Co 12,7). Nous aimerions bien savoir ce qu'est précisément cette écharde ! En fait, si l'extase exprime une expérience spirituelle unique, l'écharde renvoie l'Apôtre à sa condition d'être mortel, charnel, qui fait qu'il ne peut avancer qu'en s'appuyant sur la grâce. Et c'est ainsi que Paul justifie l'autorité de son ministère et invite tout chrétien à mettre sa force en Christ (2 Co 12,10).

Samedi : alors que Paul a échoué sur l'île de Malte après une tempête, nous arrivons, nous, par une mer d'huile. À travers les visites à Mdina et Rabat ou bien à La Valette (églises saint Jean de Malte et saint Paul le naufragé) les questions historiques sur le séjour de Paul passent au second plan devant le charme des villes et la beauté des tableaux du Caravage, peintre déjà admiré par certains à Rome le Jeudi saint.

Dimanche, nous sommes en mer sur la route du retour. Le matin, Stefan Munteanu nous parle de saint Paul et des Pères de l'Église. Nous découvrons que Paul ne fait pas l'unanimité dans les premiers siècles (il est sollicité par des hérétiques comme Marcion) et qu'il a fallu Irénée de Lyon pour dépasser les clans pro- et anti- paulinien. Aujourd'hui, selon une formule orthodoxe que le cardinal Etchegaray avait citée et sur laquelle Stefan Munteanu revient, Paul reste « le Premier après l'Unique », le premier apôtre après l'unique Christ - sans préjuger du rôle de Pierre.

C'est Jour de Pâques pour les orthodoxes : lors de l'eucharistie, Stefan, Paula (accompagnatrice d'origine roumaine) et quelques employées du bord nous interprètent, en roumain, un chant orthodoxe. Nous goûtons la joie de chanter ensemble Cristos anesti (Christ est ressuscité !).
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Au-delà d'un beau voyage - ce qu'il a été, avec son lot de discussions à bâtons rompus, de soleil pris sur le pont, de repas prolongés, de visites guidées -  cette croisière a été un vrai pèlerinage où nous avons redécouvert ce que signifie « faire Église », dans la suite, si l'on peut dire, des Actes des Apôtres : un accueil de l'Esprit Saint, une ouverture à la diversité des autres communautés, un temps de rencontres dans la fraternité, une espérance pour vivre autrement le quotidien.

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Sylvie Mériaux

soeur des Campagnes, accompagnatrice d'un groupe
(article extrait du Cahier Evangile n°148, juin 2009, p. 63-66)



Toutes les photos sont de M. Hubert Debbasch
Parcourez l'album-photos sur le site de Terre Entière :
http://www.terreentiere.com/medias/albums/pelerinages/croisiere-oecumenique-saint-paul-2009/saint-paul.aspx
 
 
 
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