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Psaumes de David
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Nubel Jonathan
Les psaumes chantés en français
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Le chant des psaumes constitue un élément essentiel de l'identité protestante, surtout francophone...
 

Si le chant des psaumes n’est pas l’apanage de la seule Réforme, il constitue néanmoins un élément essentiel de l’identité protestante, surtout francophone. Depuis le XVIe s., qui a vu l’élaboration et l’achèvement du " Psautier " de Genève (1562), les psaumes ont acquis, pour les réformés, une place particulière parmi les autres livres de la Bible.

Certains éléments radicaux de la réforme de la liturgie opérée par Calvin sont bien sûr à mettre directement en rapport avec cette importance des psaumes, au premier rang desquels le fameux " Sola Scriptura ". En effet, le retour aux Écritures s’entend aussi pour les textes des chants de l’Eglise : on ne saurait user avec légèreté d’un instrument aussi puissant que le chant, qui a " grande force et vigueur d’émouvoir et enflamber le cœur des hommes " nous dit Calvin. Il convient de s’assurer que les textes qu’il porte ne pervertissent pas les bonnes mœurs, car " quand la mélodie est avec [de mauvaises paroles], cela transperce beaucoup plus fort le cœur ". Ainsi, il n’y a de meilleure chanson ni plus propre à l’édification, affirme Calvin, que les Psaumes de David : on est certain quand on les chante " que Dieu nous met en bouche les paroles, comme si lui-même chantait en nous, pour exalter sa gloire ".

Édifier par l’entremise du chant n’est cependant possible qu’à une condition : que les paroles soient intelligibles, c’est-à-dire surtout qu’elles soient en langue vernaculaire et non plus en latin. Il s’agit donc de les traduire, ou en tout cas de les paraphraser, à la fois en étant le plus fidèle possible au texte biblique – plutôt celui en hébreu que celui de la Vulgate – et en s’attachant à versifier avec musicalité pour permettre une union harmonieuse avec le chant. Pour cela, Calvin a su s’entourer de poètes de tout premier plan. C’est d’abord le poète de cour Clément Marot (1496-1544), auquel il emprunte certaines paraphrases dès le premier recueil strasbourgeois " Aulcuns Pseaulmes et cantiques mys en chant " (1539) et avec lequel il collabore à Genève pour l’élaboration d’un recueil de quarante-neuf psaumes, tous dus à la plume du poète français, publié en 1542. Puis ce sera avec Théodore de Bèze (1519-1605), arrivé à Genève en 1548, qu’il achèvera ce travail, en deux étapes : le psautier de 1551 sous le titre " Pseaumes Octantetrois " (quatre-vingt trois psaumes) et finalement l’intégralité des cent cinquante psaumes en 1562.

Pour la mélodie, étant donné son pouvoir et les dérèglements auxquels elle peut donner lieu, Calvin précise qu’il " a semblé le meilleur qu’elle fût modérée [...], pour emporter poids et majesté convenable au sujet, et même pour être propre à chanter à l’Eglise. " Les musiques sont tout d’abord empruntées au répertoire sacré (hymnes grégoriennes par exemple) et au répertoire profane, pour des raisons essentiellement pratiques et " pédagogiques ". Mais ce sont les mélodies originales qui constituent l’essentiel du Psautier ; on les doit aux quelques musiciens qui ont entouré Calvin dans son entreprise : Guillaume Franc, Loÿs Bourgeois et Pierre Davantès.

Ce Psautier genevois n’a cessé depuis d’être le plus excellent moyen d’accès pour tous aux psaumes, mais aussi une source d’inspiration musicale féconde qui a permis de diffuser aux voix ou aux instruments, partout en Europe, en français ou en d’autres langues, pour l’église ou " pour s’esjouir en Dieu particulièrement ès-maisons ", ces mélodies devenues patrimoine, manifeste et identité de la Réforme. À n’en pas douter, ces psaumes ont su trouver le ton littéraire et musical propres à " louer l’Éternel d’une sorte qui à sa grandeur se rapporte ".



Extrait du Psaume 96, trad. de Théodore de Bèze, 1562

1. Chantez à Dieu chanson nouvelle, / Chantez, ô terre universelle :
Chantez, et son nom benissez, / Et de jour en jour anoncez
Sa delivrance solennelle.

2. Preschez à tous peuples sa gloire, / Et de ses grands faicts la memoire:
Car il est grand, et sans douter / Plus à louer et redouter
Que tous les dieux qu’on sauroit croire. [...]

5. Louez l’Éternel d’une sorte / Qui à sa grandeur se rapporte.
Venez humblement, nations, / Et prenans vos oblations,
Passez de ses parvis la Porte.

6. Qu’un chacun, dis-je, se rassemble, / Afin d’adorer tous ensemble
Devant l’Eternel, au pourpris/ De son sanctuaire de prix,
Et que toute la terre en tremble.




© Jonathan Nubel, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 146 (décembre 2008), "La Bible lue au temps des Réformes ", p. 68-69.

 

 
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