1393
Année de la Parole
Une Année de la Parole à Aire et Dax
Gros plan sur
 
 
Une expérience enrichissante : Pourquoi une année de la Parole de Dieu ?
 
I - Pourquoi une année de la Parole de Dieu ?
Nous avons voulu répondre à notre manière à la demande répétée du Pape Benoît XVI qui se situe dans la ligne tracée par le Concile Vatican II, tout spécialement aux numéros 20, 21 et 22 de la Constitution dogmatique Dei Verbum (La Révélation Divine) : " Il faut que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux disciples du Christ ". Pour nous, il s’agissait de rendre la Parole de Dieu familière au plus grand nombre.

L’intuition de base était la suivante : la Parole de Dieu n’est pas réservée aux spécialistes. Il ne s’agit donc pas d’abord d’acquérir un savoir sur la Bible, mais de plonger dans le texte. Puisque Dieu nous parle aujourd’hui ; écoutons ce qu’il dit à chacun dans le texte… et partageons-le : " Parle Seigneur, ton serviteur écoute

Cette Parole s’adresse à tout le peuple de Dieu :

• à tous les baptisés (ceux des communautés paroissiales… et ceux qui n’y sont pas) ;
• à ceux qui ont des responsabilités et des missions spécifiques dans l’Église diocésaine (prêtres, diacres, religieux, membres des divers Conseils, Mouvements, Services, Institutions) ;
• à tous les " hommes de bonne volonté " (croyants ou non).

Un peu d’organisation…

Une équipe diocésaine de " pilotage " de douze membres a été constituée dans les mois qui précèdent, intégrant l’équipe qui fonctionnait déjà dans le cadre du Service de Formation Diocésaine ainsi qu’une représentante de la Catéchèse, un pasteur de l’Église Réformée de France et un chargé de communication. Cinq sous-commissions ont été mises en place : Enfants, Liturgie, Groupes de lecture, Communication, Opérations spéciales. Une équipe administrative recueillait toutes les demandes et les initiatives par courrier, téléphone, fax et mél. À noter qu’un site spécialement créé pour l’occasion a très bien rempli son office (questions/réponses).

Sur le terrain, il était initialement prévu, au niveau de chaque paroisse, mouvement, service ou institution, un " binôme " d’animateurs pour conduire l’année au plus proche des gens, composé, si possible, d’un prêtre (pas nécessairement le curé) et d’un laïc. L’important est qu’il soit en lien avec les prêtres (ou le curé s’il est seul) et le Conseil Pastoral Paroissial (CPP). Après discussion, ces binômes sont devenus simplement des " équipes " d’animation. Voir plus bas, point II.

Dès avant le lancement, des initiatives avaient été intégrées. Ainsi, l’Assemblée générale de la Pastorale des jeunes (premier samedi d’octobre) était sur ce thème. Une paroisse avait prévu une conférence sur les femmes dans la Bible. La journée de " la vie consacrée " destinée aux religieuses portait sur la Lectio divina, etc. Une seule règle était imposée : avertir les groupes de pilotage (animateurs locaux et équipe diocésaine) pour qu’ils puissent coordonner ces diverses initiatives… et surtout les faire connaître à d’autres !

Sur le terrain…

Le moyen principal était de susciter des groupes de lecture de la Bible. A priori, on pouvait compter sur un groupe de 6 à 10 personnes par relais, aidé par un " modérateur ". Certains groupes se sont mis en place dès le mois d’octobre. D’autres, plus tardivement, jusqu’au mois de janvier 2007. Au total, il y a eu environ 300 groupes pour 2800 personnes dont 200 jeunes.

La proposition principale était la Lecture (continue, en groupe, priante, dans un temps limité) de l’évangile de Luc (année de l’année liturgique C 2006-2007). Outil : une plaquette du Service biblique catholique Évangile et Vie. Dans les pages centrales, l’évangile de Luc se trouve déjà " pré-découpé " en 8 sections correspondant à 8 réunions de 1 h 30 chacune. La méthode est simple : observer (que dit le texte ?), méditer (que me dit le Seigneur dans ce texte ?), prier (que m’a dit le Seigneur par les autres, qu’est-ce que j’ai découvert, ce qui me fait vivre ?)

Parmi les autres activités envisagées, relevons les idées suivantes (qui n’ont pas toutes été mises en œuvre) :

• Au niveau du diocèse : distribution massive de bibles ou d’évangiles, jeux, spectacles bibliques, contes, messages sur le portable, médias diocésains, tracts, expo bible, présentation de bibles (le diocèse en possède une centaine, anciennes et écrites dans toutes les langues), danse liturgique…

• Au niveau plus local (pays, paroisses, relais), multiplier les initiatives : partages d’évangile avant la messe du dimanche, une bible remise à chaque mariage, proclamation publique de la Bible, séances de cinéma, vidéos, etc.

Calendrier

• archevêque d’Albi, à Buglose, lieu de pèlerinage diocésain en l’honneur de Notre-Dame des Landes. Dans le diocèse d’Albi, une expérience du même type ayant été vécue les années précédentes, Mgr Carré en a partagé quelques points forts (voir son intervention p. 14). Lors de cette journée, il y eut la reconnaissance et l’envoi des premiers binômes ou équipes d’animateurs.

• Septembre/octobre 2006 : constitution des groupes de lecture de la Parole (être attentif à aller vers, à proposer à des personnes qui ne sont pas dans nos assemblées du dimanche comme les 25-45 ans). Premières rencontres

• 23 septembre : rassemblement des animateurs et des modérateurs à l’abbaye de Maylis. Présentation de l’évangile de Luc et de la " méthode " de lecture par le P. Gérard Billon, directeur du Service biblique catholique Évangile et Vie.

• 29 octobre : intervention à Radio Bleue Gascogne dans le cadre de la sensibilisation générale du diocèse.
o 3 décembre (premier dimanche de l’Avent) : ouver-ture de l’Année de la Parole dans chaque paroisse.

• 10 février 2007 : Journée diocésaine et relecture du texte conciliaire Dei Verbum avec le P. Debergé, recteur de l’Institut catholique de Toulouse.

• 10 mars (à mi-parcours) : évaluation avec les animateurs et les modérateurs des groupes de lecture en deux lieux : Dax et Mont-de-Marsan. Journée riche de témoignages tout simples tel que celui-ci : dans un bourg rural, des participantes qui n’avaient pas ouvert la bouche pendant les deux premières rencontres – mais qui revenaient – ont commencé à se délier à la troisième pour finir par faire la fête ensemble après les rencontres.

• 23 mai 2007 : célébration œcuménique de clôture à Hossegor, ville du bord de mer. La Pentecôte 2007 fut festive : groupe de Gospel, sketches de lycéens, proclamation de la Parole de Dieu, accueil et envoi conjointement par l’évêque et le pasteur…

• septembre 2007 : une centaine de groupes continuent leur lecture de l’œuvre de Luc en ouvrant, sur les mêmes principes, le livre des Actes des Apôtres !


II - Le rôle des animateurs et des modérateurs
Les animateurs …

Nous avions pensé qu’ils seraient par binôme. Il s’est avéré en fait qu’il nous fallait être plus souple et compter davantage sur de petites équipes. Cela a été divers selon les lieux mais ces animateurs locaux ont bien été l’élément de base essentiel pour assurer le succès de l’Année de la Parole.

L’équipe des animateurs était au minimum composée de deux personnes : un prêtre (pas nécessairement le curé, mais un prêtre coopérateur, auxiliaire ou retraité) et un laïc. Souvent, ils se sont adjoints d’autres personnes : un diacre et/ou un religieux(se) ; un membre d’un groupe biblique ou du parcours Alpha ; une catéchiste ; un membre d’une équipe de liturgie, de catéchuménat ou d’un groupe de réflexion chrétienne ; une personne ayant suivi une formation diocésaine… ou tout simplement quelqu’un intéressé par la lecture de la Bible !
Leur rôle était ainsi défini (ne pas s’affoler en voyant l’énumération des tâches) :

1) Mettre en œuvre, au plan général, l’Année de la Parole sur la paroisse (ou dans le Mouvement, le Service ou l’Institution).

2) Être en lien avec les prêtres et le Conseil pastoral paroissial (CPP) ou l’Équipe pastorale paroissiale (EPP) pour relayer l’information, entendre les avis, éventuellement repérer et proposer les modérateurs des groupes de lecture, etc. Si aucun membre du groupe des animateurs ne participe à la réunion des prêtres ou au CPP, il sera bon de les inviter à participer de temps en temps à ces instances.

3) Faire le lien avec l’équipe diocésaine de " pilotage "… qui essaie d’ " approvisionner " les animateurs dès qu’un besoin est exprimé. Ils font remonter au secrétariat les différentes activités susceptibles d’intéresser d’autres paroisses.

4) Être en lien avec les groupes de lecture de la Parole : susciter, rassurer, soutenir les modérateurs ; centraliser les questions qui se posent. C’est à eux qu’on s’adresse (proximité) dès qu’il y a le moindre problème.

5) Induire les activités annexes : jeux pour enfants, contes, spectacles, mimes, rencontres festives autour de la Parole, etc.

6) Participer activement à la Fête diocésaine de la Parole de Dieu (Pentecôte 2007).

Le modérateur du groupe de lecture

Le rôle est important pour que les rencontres du groupe soient fructueuses. Il ne lui est pas demandé d’être un spécialiste de la Bible, ni de savoir répondre à toutes les questions posées. Il est au ser-vice 1) de la Parole de Dieu pour qu’elle soit une Parole vivante pour chacun et 2) des membres du groupe pour que la parole circule.

Point d’attention : éviter absolument de se transformer en animateur-expert avec exposés ou débat d’idées.

Conseils avant chaque rencontre

• Lire avec attention les trois chapitres retenus. Utiliser les notes en marge et les questions en fin de chapitre dans la plaquette, pour éventuellement lancer ou recentrer le partage.

• Approfondir le texte sur lequel portera le deuxième temps de la réunion et les questions soulevées.

• Les meilleures questions sont sans doute celles jaillies de la réflexion de chacun. En cas de difficulté, ne pas hésiter, suivant les cas, à adresser un message aux animateurs, au groupe de pilotage ou au curé !

Conseils pendant la rencontre

• Soigner le début de la rencontre : prière à l’Esprit Saint, un signe simple (allumer une bougie, disposer une icône, ouvrir une Bible), un temps de silence, etc.

• Réserver un temps sur les découvertes et questions jaillies de la lecture de l’ensemble des trois chapitres.

• Donner paisiblement la parole à tous : solliciter les plus timides sans faire pression et limiter les plus bavards sans autoritarisme.

• Sur le passage choisi, laisser jaillir les questions mais rester centré sur le texte avec rigueur (hors sujet, s’abstenir !)

• Veiller à favoriser l’expression de tous en gardant bien présents les trois points : Que dit le texte ? Que me dit le texte ? Que me dit la parole des autres sur ce texte ?

• Faire en sorte que la durée des différents temps de la rencontre soit respectée (une heure et demi, ce n’est pas deux heures… sauf si le groupe l’a décidé à l’avance).

• Proposer la rédaction de questions (limiter les débats) : elles pourront faire l’objet d’une rencontre ultérieure avec une personne compétente de la paroisse ou du SFD, ou prendre place dans " la foire aux questions " sur le site internet du diocèse.

• Avant de prendre éventuellement un dernier temps convivial (boisson, gâteaux), fixer où et quand aura lieu la prochaine rencontre, les chapitres à lire, le passage évangélique choisi.

Conseil après la rencontre

• Il peut être utile de noter, juste après la réunion (ou pendant, si l’on peut), les remarques les plus intéressantes et les plus stimulantes pour la vie de foi.

En fin d’année

Pour relier le partage des petits groupes à l’Église diocésaine, il sera bon de faire et d’adresser une relecture du chemin parcouru : principales découvertes et/ou difficultés rencontrées, d’ou l’intérêt d’un carnet de bord.


III - Huit rencontres pour lire l’évangile de Luc

Rencontre préliminaire

Elle a pour but de permettre au groupe de lecture de se constituer et aux membres de se présenter.

Rappel sur la méthode

La lecture intégrale et collective de l’évangile de Luc permet de sortir d’une lecture morcelée, fragmentaire et d’aboutir à une vue plus globale où chaque partie, située dans un ensemble, prend tout son sens.

Avant la rencontre, chacun lit attentivement trois chapitres de l’évangile et, au début de la rencontre, chacun dit, en quelques mots, ce qu’il a découvert au cours de sa première lecture. Divers outils de travail sont proposés : le guide de lecture disposé en marge de la plaquette, les questions en fin de chapitre et les fiches en livret central. Ces outils ne cherchent pas à expliquer le texte mais à accompagner, à encourager la lecture et à permettre de l’actualiser.

La visée finale est d’aider le lecteur à ouvrir son esprit et son cœur au Christ, vivante Parole de Dieu. Cette méthode s’inspire de la lectio divina pratiquée depuis l’origine de l’Église : prière à l’Esprit, lecture attentive du texte, puis méditation et prière.

Organisation

Pour que le projet puisse aboutir, il importe de s’organiser.

• Calendrier des rencontres : l’établir tout de suite et l’inscrire dans son agenda !

• Membres du groupe : à qui avons-nous parlé de ces rencontres ? Qui pouvons-nous inviter pour la prochaine fois ? Un groupe de lecture biblique ne doit pas fonctionner en cercle clos, en bocal !

• Modérateur de l’équipe : le modérateur n’est pas un expert (voir plus haut). Il/elle n’est pas chargé d’expliquer le texte mais de le faire lire et réfléchir. Avec douceur, il donne la parole aux timides, calme les impétueux et les bavards… C’est un " service ", qui l’accepte ?

• Secrétaire : Il/elle prend quelques notes des découvertes du groupe, des questions qui continuent à faire difficulté, des points qui méritent d’être soumis à des spécialistes ou d’être débattus à un échelon plus large avec les membres d’autres équipes. Qui accepte ce " service " ?

Préparer la première (vraie) rencontre

Chaque membre du groupe s’engage à lire les trois chapitres de l’évangile de Luc, dans la traduction liturgique (celle qu’on entend le dimanche à la messe). S’aidant de la plaquette rédigée par le Service Biblique Catholique " Évangile et Vie ", il note ses observations sur le texte ainsi que les réflexions que ce texte lui suggère, à partir de questions comme : Aujourd’hui, pour chacun de nous, que dit ce texte ? Que me dit ce texte ?

Lors de la rencontre, ces questions sont relayées par une autre : que me dit la parole des autres sur ce texte aujourd’hui ?

Déroulement habituel d’une rencontre (en 90 mn, top chrono !)

D’abord se dire bonjour et se donner éventuellement, mais brièvement, quelques nouvelles de l’un, du groupe, du village, de la paroisse, de l’Église …

Rappel : la méthode proposée s’inspire de la “lectio divina” pratiquée depuis l’origine de l’Église.

- Prier l’Esprit

Si c’est l’Esprit qui nous rend intelligent de la Parole, commençons par prier (ceux qui ont envie). Ouvrons notre intelligence, nos cœurs et nos lèvres.

- 1° temps sur l’ensemble des trois chapitres préparés

Les trois chapitres proposés de l’évangile de Luc ont été lus, médités, interprétés par chacun avant la réunion, entre deux rencontres : réserver un temps pour le partage des découvertes et questions jaillies de cette lecture (les noter).

- 2° temps sur le texte choisi (tiré d’un des trois chapitres en question) :

1. Lecture du texte
Le texte est :

|lu à haute voix, par l’un, au moins une fois (il peut être utile de le relire à un autre moment de la réunion).

écouté, donc personne (sauf le lecteur) n’a le nez plongé dans le texte écrit.

Cette écoute peut être suivie spontanément d’un temps de silence pour que Dieu parle…

Ne pas avoir peur de ce silence… ni peur de le rompre, pour dire ce que le texte éveille, réveille ou révèle en chacun. Partager la Parole, comme le pain.

2. Méditation partagée
On écoute l’interprétation de chacun, on s’écoute, mais on " débat " le moins possible.

En conclusion...

Chacun peut-il résumer ce que nous dit le Christ dans ce texte pour aujourd’hui ? Un court silence peut précéder l’ouverture à la prière

3. Temps de prière
Ceux qui le peuvent s’expriment, ceux qui ne peuvent pas, s’associent, ceux qui ne peuvent pas s’associer se recueillent …

Cette prière est personnelle (mais non individuelle), dialogue avec le Christ, c’est à Lui, présent, que nous parlons, ensemble en Église

4 . Et après ?
Après ce temps d'écoute et de rencontre, il faudra :

• conserver la parole dans son cœur (comme Marie), la laisser se " faire chair " en nous…

• la laisser " agir " dans nos vies… lui " obéir " (= ouïr) " que ta volonté soit fait… ". Ce sera le fruit de l’Esprit, il ne nous appartient pas.

Avant de se séparer, le modérateur 1) précise les trois chapitres de l’évangile à lire pour la rencontre suivante, 2) rappeler la date de cette prochaine rencontre.

Eventuellement le dernier temps peut se faire plus particulièrement convivial (boisson, gâteaux...).

Participation

Les groupes ont été de tous âges, avec davantage de femmes que d’hommes, les plus jeunes ont été moins nombreux, il y avait – il y a car quelques groupes continuent – des curieux, des gens plus ou moins loin de la pratique dominicale, quelques non-croyants mais surtout une majorité de chrétiens pratiquants – dont quelques protestants – qui avaient l’air de découvrir la Parole, de la goûter et qui en redemandaient en disant leur joie. Des conséquences ? Peut-être une autre écoute de la liturgie de la Parole, une motivation nouvelle des équipes liturgiques à prendre du temps pour partager les textes du dimanche, un envie de renouer avec la pratique de la messe du dimanche… Bien sûr, il y a tous ceux qui n’ont pas voulu " s’y mettre ". Tant pis (pour eux, pour nous) !

Que dire en conclusion ?

Que le plus important n’apparaît pas dans cet écho qui est juste la description de la boîte à outils que nous avons utilisée. Car le plus important, c’est le travail de la Parole de Dieu…


© Françoise Rougier et Bernard Dubasque, “Une Année de la Parole à Aire et Dax”. B.I.B. n° 69 (décembre 2007), pages 8-13.



 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org