580
Isaïe
1383
Livret de l'Emmanuel
89
Nieuviarts Jacques
Le livret de l'Emmanuel
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Les ch. 6 à 11 du livre d'Isaïe forment un ensemble souvent désigné sous le nom de "livret de l'Emmanuel"...
 
Les ch. 6 à 11 du livre d’Isaïe forment un ensemble souvent désigné sous le nom de "livret de l’Emmanuel". Le ch. 6, qui l’ouvre, dit la vocation du prophète : mission difficile d’annonce d’une longue épreuve et d’une perte dont subsistera une souche, "semence sainte".


Le mot hébreu qui désigne la "souche" évoque discrètement la stèle royale, la royauté. Et nous sommes là au cœur du message du livre d’Isaïe : Dieu veille sur le roi, son "messie". Il veille aussi sur Sion, la ville sainte, le lieu de sa demeure. Au fil de l'histoire douloureuse du peuple, la présence de Dieu en la personne du roi appelle sur celui-ci la désignation unique d’Emmanuel, "Dieu-avec-nous".

La structure du livret

Le récit de la vocation du prophète au ch. 6 désigne cette partie du livre comme le noyau de l'ensemble. Au cœur de l’épreuve, le peuple et le roi, en un moment de doute, sont invités à croire : « si vous ne tenez pas sur Dieu, vous ne tiendrez pas ! » (Is 7,9). À Akhaz qui refuse tout signe divin, le signe est comme imposé : la reine elle-même (ligne d’interprétation la plus commune de ce texte difficile) va enfanter un rejeton. Oui, il aura pour nom "Emmanuel" (Is 7,14 ; cf. 8, 8). Isaïe, envers et contre tout, chante cette présence de Dieu. Le ch. 11 ouvrira cette espérance sur l’avenir, au moment où le peuple et le roi – sans doute Ezékias – cessent, une fois de plus, de croire. Parole alors lancée dans la nuit de la foi et de l’histoire par le prophète, comme le chant du veilleur de nuit, jadis, dans la ville endormie.

La naissance du futur roi, "fils" donné au peuple, fait passer l’ensemble de l’histoire des ténèbres à la lumière. C’en est fini des choses anciennes (Is 8,23). Dès son avènement, c'en est fini des bruits de bottes « car un enfant nous est né, un fils nous est donné, il a l’empire sur ses épaules… » (Is 9). Ce nouveau roi, Ezékias, a-t-il déçu le prophète ? Sans doute, sinon pourquoi celui-ci annoncerait-il que Dieu fera surgir à nouveau, de cette terre desséchée et sans foi, un "surgeon" (Is 11) ? Lui réalisera pleinement le projet de Dieu : justice et droit pour son peuple et paix pour tous. Peut-être faut-il lire en Is 52,13 – 53,12 la réalisation étrange de cette promesse et de ce don sans retour de Dieu : le mystérieux "serviteur souffrant" y est en effet décrit comme un surgeon méprisé…

Le contexte historique

On date communément les événements relatés dans le livret de l’Emmanuel des années 735-732. L’Assyrie emporte alors le Proche-Orient dans le feu et l’effroi. Quelques rois se coalisent. Ils voudraient le royaume de Juda dans leur alliance. Akhaz refuse et se vend à l’Assyrien. Mais face à ce roi perdu dont la foi est morte, Dieu redit qu’il veille par la promesse de l’Emmanuel (Is 7), sur qui « reposera l’Esprit du Seigneur » (Is 9, puis 11). Si l’ensemble de ces chapitres est en clair-obscur, c’est qu’ils ressemblent aux tourments de ces années difficiles. Peut-être aussi à la foi si lente d’Akhaz et de son peuple. Et peut-être à la nôtre…

© SBEV.  Jacques Nieuviarts

Pour aller plus loin :

> > > L'oracle de la fin de la fin de la nuit

> > > Les prophéties

> > > Qu'est-ce qu'un prophète ? L'exemple d'Amos

> > > La mission du prophète
 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org