462
Marie Madeleine
465
Textes gnostiques
35
Burnet Régis
Supplément au cahier Evangile N° 138
Dans les textes gnostiques
Contexte littéraire
 
Approfondir
 
Rétable de l'autel de sainte Madeleine , Lucas Moser (1432). ...
Dans les textes gnostiques, Marie-Madeleine est souvent l'initiée par excellence...
 

Alors que, dans les autres apocryphes, Marie-Madeleine est cantonnée à un rôle relativement subalterne, dans les textes gnostiques elle participe à égalité avec les autres protagonistes, Pierre, Thomas, Lévi.

L’ "Évangile selon Marie" et l’ "Évangile selon Philippe" la présentent même comme l’initiée par excellence, celle à qui le Christ confie son enseignement le plus secret. Dans l’ "Évangile selon Marie", un texte probablement composé dans les années 150 en Syrie, cette position privilégiée est clairement affirmée.

" Évangile selon Marie" 10,1-6 :

Pierre dit à Marie : " Sœur, nous savons que le Sauveur t’aimait plus qu’aucune autre femme. Dis-nous donc les paroles du Sauveur dont tu te souviens, celles que tu connais, que nous ne connaissons pas et que nous n’avons pas entendues. " Marie répondit et dit : " Ce qui vous est caché, je vais vous l’annoncer. "
Une séparation très nette est faite entre Marie et les disciples : celle-ci, par sa proximité avec Jésus, possédait plus de "gnose" (savoir) que ceux-là.

De la même façon, le "Dialogue du Sauveur", un texte du IIe s. trouvé à Nag Hammadi (Codex III), lui attribue une place de choix auprès du Seigneur.

"Dialogue du Sauveur" 140,15-19 :

Marie dit : " Dis-moi, Seigneur, pourquoi suis-je venue ici-bas ? est-ce pour trouver un profit ou souffrir une perte ? " Le Seigneur dit : " C’est l’abondance du révélateur que tu manifestes. "
Marie-Madeleine s’inquiète de son rôle sur cette terre qui est vue par les gnostiques comme un monde mauvais. La réponse du Christ est claire : elle a un rôle missionnaire, elle doit manifester "l’abondance du révélateur" , c’est-à-dire la connaissance et le salut que lui-même procure. Marie-Madeleine est l’apôtre par excellence du Sauveur, son meilleur relais.

Comment expliquer ce nouveau rôle ? Plusieurs interprétations complémentaires ont été fournies :

1. Les Églises gnostiques conservent avec plus de fidélité que la Grande Église le souvenir du rôle prépondérant de Marie-Madeleine dans le christianisme primitif.

Cette première explication résulte d’une analyse de la présentation évangélique : la présence de Marie-Madeleine depuis la croix jusqu’à la mise au tombeau ainsi que son privilège de la première apparition – que l’on songe à la délicatesse des gestes du " Noli me tangere " – plaide en faveur d’un rapport étroit entre elle et Jésus qui a pu se traduire par une place d’honneur dans la première communauté. Il est cependant difficile de préciser quelle fut exactement cette place car les témoignages extra-canoniques font défaut, les apocryphes ne s’intéressent pas à la biographie de Marie-Madeleine et se bornent à noter qu’elle doit être rangée parmi les apôtres. Il convient donc d’adopter la plus grande prudence dans la définition du rôle que la sainte a pu jouer dans la primitive Église et ne pas faire de l’absence de témoignage une preuve "a contrario" de sa prépondérance.

2. Les Églises gnostiques font une plus grande place que la Grande Église aux femmes.

La présence de femmes parmi les gnostiques a souvent été l’occasion de décrire ces communautés à la marge du courant majoritaire comme des féministes avant la lettre. On voit toute l’utilisation polémique qu’on a pu en faire : alors que la Grande Église (qui a conduit à l’Église actuelle, laquelle est la cible sous-jacente) a mené une sorte de complot contre les femmes, les gnostiques, en vrais gardiens de la tradition initiée par Jésus, ont fait une véritable place aux femmes. Plusieurs passages doivent pourtant inciter à la prudence. "L’Évangile selon Thomas", cette compilation de paroles éparses de Jésus (nommés "logia") réalisée peut-être au tournant du IIe s. en Syrie et qui connut par la suite une série de réécritures allant dans un sens gnostique, contient en effet un passage extrêmement clair à ce sujet.

"Évangile selon Thomas" 114 :

Simon-Pierre leur dit : " Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. " Jésus dit : " Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. "
On est bien loin d’un discours féministe ! Certes les gnostiques permettent aux femmes de rejoindre leurs assemblées, mais c’est à la condition qu’elles se "fassent homme". Cette expression se réfère sans doute à la pensée gnostique selon laquelle le monde d’ici-bas qui connaît la division et l’ignorance contient des semences spirituelles féminines qui doivent rejoindre, dans le monde à venir, leur pendant mâle et éternel. On retrouve cette théorie dans les "Homélies pseudoclémentines" II, 15, 2-3 : "Le monde présent est femelle et enfante les âmes comme une mère ses enfants ; le siècle à venir est mâle, comme un père qui accueille ses enfants."


© Régis Burnet, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 138  (décembre 2006), "Figures de Marie-Madeleine", p. 56-58.

 

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org