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Joseph (Livre de la Genèse)
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Collectif
Suppl. au n° 130. Le roman de Joseph
Théologie
 
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L'histoire de Joseph, le dernier des fils du patriarche Jacob, ne serait-elle que prétexte à un roman ? Bien sûr que non ! Parcourons ici l'aventure de ses interprétations....
 

L’histoire de Joseph, un roman ? Il ne s’agit pas, ici, d’examiner le genre littéraire du récit biblique  (Gn 37-50), mais de parcourir l’aventure de ses interprétations. Aventure riche en péripéties juives, chrétiennes et musulmanes. Cela commence discrètement. Dans la Bible elle-même, le personnage de Joseph est peu évoqué. Pourtant, trois motifs principaux sont déjà posés.

Tout d’abord, la foi en Dieu. Le livre des Maccabées le loue d’avoir «gardé le Commandement» (1 M 2,53). Le Testament des douze patriarches lui fera dire qu’il est «resté dans la vérité du Seigneur». Le Coran, fait rare, consacre une sourate à Youçef, modèle du croyant.

Ensuite,le rapprochement «typologique» qui discerne en Joseph un «type» ou «figure» du Christ. Le livre des Actes, par la bouche d’Étienne mourant, met en parallèle les épreuves du patriarche et la passion de Jésus (Ac 7). Ce parallèle sera au cœur des commentaires chrétiens – hélas non exempts parfois d’antijudaïsme.

Enfin, le mouvement abaissement-exaltation qui voit l’esclave se transformer en «seigneur» (déjà en Ps 105,17-22). Dans ce mouvement, les docteurs chrétiens verront une annonce de la glorification du Christ étendue à l’Église.

La typologie chrétienne, prédominante, répétitive, n’empêchera pas l’expression d’autres motifs, comme la chasteté, l’art politique de gouverner ou les chemins du pardon fraternel… Dans le Cahier Évangile n° 130, André Wénin nous invitait à une lecture narrative de cette histoire somme toute énigmatique. L’ambition de ce Supplément n’est pas de lever les énigmes, mais de souligner qu’elles ont pu faire rêver et réfléchir tant d’exégètes et de poètes.


Auteurs : Gérard Billon, Gilbert Dahan, Alain Le Boulluec
avec la collaboration de Michel Berder, Matthieu Collin, Hugues Cousin, Jean-Louis Déclais, Philippe Gruson, Marie-Thérèse Gousset, François Laplanche, Marie-Pauline Martin, Annie Noblesse-Rocher, Dominique Pierre, André Wénin


Suppl. au n° 130
«Le roman de Joseph (Genèse 37 –50)»
(décembre 2004)
136 p., SBEV / Éd. du Cerf, 2004.

SOMMAIRE

I - Joseph dans la Bible
L’histoire qui conclut le livre de la Genèse porte, dans son intrigue entre Égypte et Canaan, un constat : le Dieu qui a tout créé par sa parole (Gn 1) se tait désormais, laissant aux hommes la liberté d’énoncer son action. Joseph le dit à ses frères : «Ne craignez rien. Suis-je en effet à la place de Dieu ? Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien» (Gn 50,20). Le récit raconte tout cela patiemment. Or le reste de la Bible ne s’y réfère presque pas. Et, à chaque fois, c’est pour insérer Joseph dans une histoire plus large, comme si l’aventure du fils de Jacob n’avait pas de sens en elle-même…

p. 3 - Entre Égypte et Mésopotamie (G. Billon) >>> Extrait à lire
10 - En dehors de la Genèse (Ph. Gruson)

7 - Encadré : La prison de Joseph (Ph. Gruson)
9 - Encadré : Le tombeau de Joseph (Ph. Gruson)
13 - Encadré : Le serviteur souffrant et Joseph (G. Billon)


II - Dans le judaïsme ancien
La tradition de lecture juive, sans doute impressionnée par la qualité narrative du récit de la Genèse, a transformé Joseph un héros populaire. De récritures en commentaires ou en expansions romanesques, la variété des textes est aussi variété d’accents. Pour des Juifs en situation de diaspora ou bien, après 135 ap. J.-C., sommés de vivre hors de Jérusalem, la figure du patriarche prenait un relief particulier. Ses aventures en Égypte ont pu être rapprochées du destin d’Israël au milieu des nations, avec son lot d’épreuves morales, politiques et religieuses. Et la certitude que Dieu, quoique discret, n’abandonne pas son élu.

17 - Littérature intertestamentaire (H. Cousin)
25 - La tradition midrachique (M. Collin)
31 - Un Messie fils de Joseph ? (M. Collin)

23 - Encadré : Philon et l’ambiguïté de la figure de Joseph (H. Cousin)


III - Lectures patristiques
Dans l’interprétation patristique de l’histoire de Joseph, le trait proprement chrétien, peut-on dire, au risque de friser la tautologie, est la lecture christologique, celle qui use de la «typologie» pour trouver dans la geste du patriarche des correspondances prophétiques avec l’œuvre de salut du Christ et, par voie de conséquence, avec le rôle de l’Église. De la fin du Ier s. au milieu du Ve s., période que nous envisageons ici, on a aussi largement développé le commentaire moral du récit de la Genèse, faisant de Joseph un modèle de vertu.

37 - Lectures typologiques (A. Le Boulluec)
51 - La vertu de Joseph (A. Le Boulluec)
60 - Recours ponctuels à l’histoire de Joseph (A. Le Boulluec)


IV - Joseph en Islam
Dans le Coran, la sourate 12 est entièrement consacrée à Youcef. D’emblée, elle affirme qu’elle en donne le récit «le plus décisif». Manière d’en souligner le caractère péremptoire pour décider de ce qui est vrai, de ce qui est droit. Par la suite, contes et légendes se sont emparé de l’histoire pour en développer les implications morales, édifiantes, mystiques, en particulier dans les relations entre Youcef et la femme de son maître égyptien, appelée à devenir, chez les conteurs, la belle Zuleïkha

64 - La sourate Youçef :un récit décisif (J.-L. Déclais)
73 - Yuçuf et Zuleïkha (J.-L. Déclais et G. Billon)


V - Au moyen âge
La pensée chrétienne du moyen âge est tout enracinée dans le texte de la Bible, qui lui fournit à la fois ses sujets de réflexion et ses moyens d’expression. Le récit de la vie de Joseph, au-delà de son côté romanesque, offrait une série de leçons aussi bien morales (Joseph est un modèle de chasteté) que politiques (son rôle auprès du roi d’Égypte). Mais la raison principale de l’importance de cette figure est que, mieux que beaucoup d’autres personnages du Premier Testament, il préfigure la vie du Christ incarné.

75 - Joseph, figure du Christ (G. Dahan) >>> Extrait à lire
80 - Joseph, homme modèle (G. Dahan)
87 - L’Écriture sainte, moyen d’expression (G. Dahan)

85 - Encadré : Un drame liturgique, le Jeu de Joseph de Laon (G. Dahan)


VI - Au temps des Réformes
Pour la Réforme française, l'Ancien Testament inaugure la Révélation de Dieu et offre la clef de l'intelligence de l'œuvre salutaire du Christ. Luther (1483-1546) et Calvin (1509-1564), à leur manière, restent attachés à l’exégèse médiévale qui les a nourris, même si la prédilection accordée à la «lettre» du texte leur fait entrevoir de nouveaux territoires.

89 - Joseph chez Luther et Calvin (A. Noblesse-Rocher)
95 - Note sur deux types d’exégèse catholique (F. Laplanche)


VII - Joseph en images
Les images de l’histoire de Joseph se sont développées principalement à partir du IVe siècle et ont investi la plupart des champs iconographiques. Guidée par les Pères, la chrétienté a, certes, vu très tôt en Joseph une préfiguration du Christ. Cependant, cette interprétation typologique n’a jamais été exclusive, s’enrichissant de considérations morales, économiques ou politiques. Il est à noter que, plus qu’ailleurs dans la Bible, l’histoire de Joseph sera souvent envisagée dans sa narrativité, une scène ne prenant sens que dans une série.

99 - Le premier âge de l’iconographie chrétienne (D. Pierre) >>> Extrait à lire
105 - Parcours dans les manuscrits médiévaux (M.-Th. Gousset)
109 - Mutations et renouveau d’un thème pictural (M.-P. Martin)

104 - Encadré : Joseph dans l’art juif (G. Billon)
113 - Encadré : Joseph au cinéma (G. Billon)


VIII - Musique et littérature
En 1764, Voltaire remarquait que l’on trouvait dans l’histoire de Joseph «tout ce qui constitue un poème intéressant : exposition, nœud, reconnaissance, péripétie et merveilleux» et il y voyait une marque du «génie oriental.» Mais ce «poème intéressant» ne semble pas avoir donné, au XVIIIe s., d’œuvres majeures. Néanmoins, alors que la peinture avait pratiquement abandonné les cycles narratifs des époques précédentes, l’oratorio puis l’opéra d’une part, le théâtre puis le roman d’autre part prenaient la relève. Du XVIIIe s. au XXe s., quelques créateurs ont ainsi exalté la fête du récit.

114 - Musiques pour Joseph (M. Berder)
120 - La digression de Charles Péguy (G. Billon)
121 - L’expansion romanesque de Thomas Mann (A. Wénin)

119 - Encadré : Choix discographique (M. Berder)


IX - Exégèses d’aujourd’hui
Les exégètes contemporains se sont intéressés à l’historicité des personnages et des faits racontés, aux étapes supposées de la rédaction de Gn 37-50, à la fonction des caractéristiques littéraires pour le(s) premier(s) public(s). Après un survol des résultats successifs de la méthode historique, nous nous attarderons sur quatre exégèses qui, dans leurs variations, s’attachent au déploiement des significations pour le lecteur d’aujourd’hui.

127 - Pérégrinations d’un patriarche (G. Billon)
128 - Nature humaine et intentions divines (G. Billon)
131 - Figures de l’Unique (G. Billon)


16 - Sélection bibliographique
36 - Origine des éditions et des traductions
133 - Index des citations

 
Gn 37-50
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org