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Exode
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Moïse
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Abadie Philippe
Moïse (4/7) : La sortie d'Egypte et la traversée du désert
Note historique
 
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Carte du trajet suivi par les Hébreux durant l'Exode (tracé ...
Le récit biblique de l'Exode fusionnerait, sans chercher à les harmoniser, divers exodes israélites, distants dans le temps et l'espace .
 

Pour aborder la figure de Moïse, nous avons noté quelques impasses , essayé de caractériser l’écriture des historiens de l’antiquité et commencé une '' enquête historique '' sur les traces de Moïse et de l’exode .


4 – Hésitations du texte biblique et de la géographie

L’univers sur lequel s’inscrit le récit biblique rend plausible la présence de populations sémites en Egypte mais aussi la fuite ou l’expulsion de groupes de prisonniers ou d’esclaves, en nombre d’ailleurs restreint pour ne pas avoir de traces dans la documentation égyptienne. Telle est la prudente conclusion de l’historien. D’une certaine manière, cela ne rejoint-il pas les hésitations elles-mêmes du récit biblique qui propose différents itinéraires de l’Exode, lesquels sont parfaitement inconciliables !

Plusieurs routes possibles
Selon Ex 13,17-18, la route oblique vers le sud, en direction du golfe d’Aqaba (selon la piste caravanière d’Asie) : '' Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne le conduisit pas par la route des Philistins , bien qu’elle fut la plus directe. Dieu s’était dit : Il ne faudrait pas qu’à la vue des combats, le peuple renonce et revienne en Egypte ! Dieu détourna le peuple vers le désert de la mer des Joncs ''.

Mais d’autres données du récit - comme Ex 15,22 qui situe l’action dans le désert de Shour, au sud de Juda – invite à préférer la route du nord, dite '' des Philistins '', bien connue dans l’Antiquité. Un certain nombre de lieux mentionnés y renvoient :

- D’abord, si le nom de Pitom est de localisation hypothétique, celui de Pi-Ramsès (Ex 12,37) renvoie à la cité somptueuse que Ramsès II fit ériger dans le Delta, aux environs d’Avaris (l’ancienne capitale des Hyksos). Certains voudrait l’identifier à Qantir - plutôt qu’à Tanis ( ?) -, sur la principale voie navigable du Nil dans l’est du Delta, marquant ainsi l’extrémité occidentale des '' Chemins d’Horus '', piste qui conduisait en Canaan et Syrie par le littoral sinaïtique.

- Ensuite, les premières étapes : Sukkot (Ex 12,37), Etam (13,20), Pi-Hahirot, Migdol et Baal-Céphon (14,2.9) jusqu’à la mer des roseaux ('' yam souf ''). Nombre de lieux restent imprécis, mais Pi-Hahirot, '' bouche des canaux '' oriente vers le canal de la frontière orientale, entre le lac Timsah et le lac Ballah, tandis que Migdol désigne un fortin, un poste d’observation, que Jr 44,1 et 46,14 ou Ez 29,10 et 30,6 permettent de situer vers le nord.

- Enfin, le toponyme Baal-Céphon est plus étrange, il signifie '' le Seigneur du nord '' - ce qui renvoie à une divinité cananéenne du panthéon ougaritique. On connaît en Egypte du nord trois sanctuaires dédiés à ce dieu : à Memphis ; à Ras Qasrun (entre la Méditerranée et le lac Sidoris) ; enfin, à Tahpanhès, dans le Delta oriental. Il faudrait chercher alors une localisation dans ces deux dernières désignations.


De suppositions en suppositions
Alors, route des caravanes (au sud) ou route des Philistins (au nord) ? Pour résoudre cette apparente contradiction, on pourrait conjecturer qu’après une escarmouche avec une contingent égyptien – sous-jacent au texte du '' miracle de la mer '' en Ex 14 – les hébreux en fuite auraient quitté la route du nord, trop bien gardée, pour obliquer vers le sud… Ingénieuse, cette solution '' historicisante '' a l’inconvénient majeur de déplacer la tradition conservée en Ex 13,17-18 après les événements rapportés en Ex 14-15, et ce, sans aucun support textuel !

Une autre solution nous paraît nettement préférable, induite déjà par Robert de Vaux dans sa magistrale ''Histoire Ancienne d’Israël '' : le texte fusionne, sans chercher à les harmoniser, divers exodes israélites, distants dans le temps et l’espace ; il y aurait, d’une part, une expulsion consécutive à la fin de la domination Hyksos dans le Delta (route du nord) et une fuite conduite par Moïse (route du sud). Sans résoudre toutes les contradictions, cela respecte mieux le texte, qui incorpore nombre de traditions originairement indépendantes et constitue ainsi un récit fondateur autour d’un unique '' ledearship '', Moïse.

Entre mer et montagne
Bien d’autres localisations du texte restent vagues, à commencer par '' la mer des roseaux ou des Joncs (yam soûf) '' - devenue '' mer Rouge '' (erythra thalassa) dans la traduction grecque des Septante. Mais l’expression désigne plusieurs endroits : le lieu de la traversée de la mer en Ex 15,4 (Ex 14 ne parle que de '' la mer ''), le golfe de Suez en Nb 33,10-11 (texte de tradition sacerdotale qui essaie d’organiser '' l’itinéraire '' de l’Exode), le golfe d’Aqaba en 1 R 9,26 où Eçyon-Geber, le port de Salomon, est localisé '' près d’Elat, sur le bord de la mer des roseaux, au pays d’Edom '' (voir aussi Nb 14,25 ; 21,4 ; Dt 2,1 ; Jr 49,21). On doit tirer de cela que l’indication reste fort vague et s’oppose surtout à la '' grande Mer '' (Nb 34,6 ; Jos 9,1 ; 15,12) ou '' mer Occidentale '' (Dt 11,24 ; 34,2) qui désigne la mer Méditerranée.

La localisation de la '' montagne '' n’est pas plus assurée : la tradition sacerdotale mentionne tantôt '' le désert du Sinaï '' tantôt '' la montagne du Sinaï '' et, plus rarement '' la montagne de Dieu '' ou '' de Yhwh '' - tandis que la tradition deutéronomique ne connaît que '' l’Horeb '' - d’une racine harah qui évoque l’aridité.

Selon les auteurs, trois localisations restent possibles : au Djebel Mousa (2285 m), dans le sud du Sinaï, selon la localisation traditionnelle dont témoigne Egérie, noble dame romaine (ou espagnole) vers 383/384 ap. J.-C. (le monastère Sainte Catherine date du 6 s. ; ou bien près de l’oasis de Cadès, à '' Hor la Montagne '' ; ou bien de l’autre côté du golfe d’Aqaba, à '' El Krob '' – sis dans une région volcanique. Séduisante parce qu’expliquant certains éléments descriptifs du récit d’Ex 19 (feu - grondement - fumée), cette localisation reste plus improbable, et l’on peut expliquer le texte par sa mise en scène d’éléments '' théophaniques '' (= indiquant une révélation de Dieu).

Somme toute, mieux vaut garder la localisation traditionnelle du Djebel Mousa – même si elle n’est pas sans problème.

©  SBEV . Philippe Abadie 

Rappel du plan de cette série de 7 articles sur Moïse :

1. Moïse (1/7) : Le point de vue des historiens

2. Moïse (2/7) : L’écriture des historiens de l’antiquité 

3. Moïse (3/7) : Les Hébreux en Egypte

4. Moïse (4/7) : La sortie d'Egypte et la traversée du désert

5. Moïse (5/7) : La figure de Moïse

6. Moïse (6/7) : L'importance de Moïse

7. Moïse (7/7) : Moïse ''pour l’éternité''


Voir aussi :

Recherches actuelles sur le Pentateuque
Un grand texte à lire : le passage de la mer rouge

 

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
Ex 12 - 15
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org