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Bible
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Matrix
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Billon Gérard
Matrix et la Bible
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Les films de la série Matrix empruntent beaucoup à la Bible. S'agit-il d'emprunts superficiels ?
 
Succès mondial en 1999, le film Matrix a été suivi de Matrix Reloaded (sorti en mai 2003), de Matrix Revolutions (attendu pour novembre 2003) et Enter the Matrix, stupéfiant jeu vidéo.

Dès le premier film, l'intrigue de Matrix empruntait beaucoup à la Bible : pêle-mêle, on y retrouvait les thèmes de l'exode, de la prophétie, du Messie. Allusions superficielles ?

Une inspiration tous azimuts
Les frères Wachowski ne manquent pas de culture : ils nomment la ville des résistants "Sion" et un vaisseau de combat "Nebuccanedzar" (Nabuchodonosor). La situation de base (la mise en esclavage de l'humanité dont un Élu doit assurer la libération) évoque le livre de l'Exode. L'itinéraire du héros (passion – avec trahison ! – mort et résurrection) est typiquement "christique". Mais l'inspiration biblique n'est pas la seule convoquée. S'y ajoutent la mythologie grecque (Morpheus, Niobé, Persephone), le Moyen-Âge (avec Merovingian), l'Égypte (Trinity-Isis "ressuscite" Neo-Osiris), les films de kung fu (Neo ne porte pas une soutane, comme on l'a dit, mais un vêtement japonais), les bandes dessinées et les jeux vidéo.

Une trinité de choc
L'univers de Matrix est simple : notre monde est une illusion, une "matrice" trompeuse, une simulation fabriquée par des machines pour masquer la réalité. Car la réalité, la vraie, c'est que les machines ont asservi les humains. Cela, Morpheus, chef des résistants, le révèle à Neo, pirate informatique. Car, né dans la Matrice, Neo, selon une ancienne prophétie, a le pouvoir de la remodeler. À eux trois, Neo (l'élu), Morpheus (le "père"), et Trinity (la compagne fidèle) forment une nouvelle race de héros, une sorte de… trinité.

Le diable et le monde virtuel
L'univers où ils évoluent est anonyme et plein de pièges. Ils se battent contre des clones ou des virus mais le véritable ennemi reste invisible. On le nommerait ailleurs le Système. Il est diabolique. Le Diable chrétien, rappelons-le, a de multiples visages et n'en a aucun ; il est une non-personne, un inhumain qui dévore l'humain. Ce qui est le cas ici.

Que penser de ces emprunts bibliques ? On peut les trouver superficiels. Dans la Bible, Nebuccanedzar détruit Jérusalem ; pourquoi donner son nom à un vaisseau de résistants ? Quant aux variations christico-trinitaires, elles renouvellent certes la figure du héros, mais elles sont loin du dépouillement évangélique. L'agglomérat des mythologies n'arrange rien. Les machines dominent le monde ? Mais les films sont eux-mêmes d'une telle perfection technique qu'ils emprisonnent le spectateur, malgré quelques notes d'humour ! Il manque à ces beaux objets, sans cesse "rechargé" (reloaded) par les effets visuels, un peu de fragilité, d'humanité.

Ceci dit, les éléments de la fiction tels que l'intelligence artificielle, le monde virtuel et la manipulation des images font partie de notre réalité d'aujourd'hui. Je ne sais s'ils sont diaboliques, mais ils méritent notre attention.


The Matrix Reloaded de A. et L. Wachowski (USA, 2003) avec Keanu Reeves (Neo), Laurence Fishburne (Morpheus), Carrie-Anne Moss (Trinity)
Les machines s'attaquent à Zion. Neo, Morpheus et Trinity réusiront-ils à les contrer ? Ce n'est pas ce mince fil narratif qui aiguise notre intérêt, mais les intrigues secondaires (rivalités à Zion - qui supposent de connaître, semble-t-il, le jeu vidéo - , rôle ambigu de l'Oracle, quête du maître des clés) et surtout les combats. A la question philosophique du réel et du virtuel s'ajoutent celle des choix qui orientent notre destin et celle des erreurs dans les programmes informatiques les plus élaborés. Monde virtuel, choix, programme : l'univers du film est bien celui des jeux vidéo. Pour qui aime jouer, c'est génial. Les autres s'ennuient.

© Gérard BILLON
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org