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Sacrifice
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Rideau Jacques
L'eucharistie est-elle un sacrifice ?
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Peut-on dire que chaque eucharistie est un "sacrifice ?
 

"Sacrifice pur et saint, sacrifice parfait, pain de la vie éternelle et coupe du salut", dit une prière à propos de l'action eucharistique. Comment comprendre cela ?

Depuis le 16e siècle et la Réforme, la question a été l’objet de vifs débats entre catholiques et protestants. Aujourd’hui, l’études des prières eucharistiques anciennes, que les orientaux appellent "anaphores" (élévation, offrande présentée), apporte un éclairage nouveau. Deux lignes de force s’entrecroisent.

L'offrande pure

Selon une première ligne, l’eucharistie est comprise en référence à Malachie 1,11 : "Du levant au couchant, mon Nom est grand chez les nations, et en tout lieu un sacrifice d’encens est présenté à mon Nom et c'est une offrande pure." Répandue sur toute la terre, la communauté messianique fait monter vers Dieu, par son eucharistie, ce sacrifice non sanglant agréable à Dieu.

Déjà, au 1er siècle de notre ère, des mouvements juifs considéraient que les prières étaient des substituts équivalents aux sacrifices quotidiens du Temple de Jérusalem. Renouvelant selon leur foi cette manière de voir, les chrétiens font de l’action de grâce rendue à Dieu le sacrifice pur qui lui est agréable : sacrifice des lèvres qui confessent son Nom, sacrifice d’action de grâce pour l’œuvre divine accomplie en Jésus Christ mort et ressuscité. De ce point de vue, l'eucharistie (et la prière qui la constitue) se rapproche de l'antique sacrifice "avec louange". Dans l’un et l’autre cas, le récit des merveilles de Dieu pour ceux qui offrent le sacrifice est un élément nécessaire - et peut-être même essentiel - du sacrifice. Bref, selon cette première ligne, l’action de grâce de l’Église est en elle-même un acte sacrificiel.

Le mémorial de la Pâque

Les "anaphores" développent une deuxième ligne qui relie le sacrifice au mémorial de la Pâque. En effet, l’action de grâce n’est pas faite de la seule louange des lèvres. Elle s’accomplit dans le lien strict au repas que le Seigneur a laissé en mémorial de sa Passion. Dans les faits, la mort du Christ n’est pas un rituel sacrificiel mais une brutale exécution ; pourtant, le geste prophétique du Christ à la Cène pose les jalons d’une lecture sacrificielle de sa mort : il a donné sa vie afin que le Père soit glorifié et que les hommes reçoivent la vie en abondance. La croix et la résurrection scellent la réconciliation entre Dieu et les hommes, une fois pour toutes. Paul commente : "Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu’il vienne" (1 Co 12,26). Le repas du Seigneur est le mémorial qui tient, au fil de l’histoire, l’éternelle actualité du sacrifice du Christ. En rendant grâce et en communiant à ce sacrifice, les chrétiens font de leur vie une offrande, un sacrifice spirituel qui n’est rien d’autre que leur charité pour Dieu et leurs frères.

© SBEV. Jacques Rideau.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org