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Livre de Qohéleth
79
Mort
94
Temps
151
Vie
10
Autané Maurice
Le mystère du temps. Commentaire de Qohéleth 3,1-15
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http://www.artbible.net Belles Heures du duc de Berry, XV° : ...
Voilà peut-être la réflexion biblique la plus développée sur le mystère du temps.
 

Les premiers mots du livre de Qohélet donnent le ton : Tout est vanité ! (Qo 1,2). La vie de l'être humain se déploie sans qu’il puisse peser sur son devenir. Que lui reste-t-il ? Dans la vie, bonheur et malheur se côtoient, à part égale. Pour ne pas subir, l’homme doit agir, mais Qohélet prévient : Quel profit y a-t-il pour l’homme de tout le travail qu'il fait sous le soleil ? (Qo 1,3). Aucun, puisque Dieu a fixé un temps pour tout. Une des conséquences logiques serait de profiter de la vie comme elle vient en prenant soin d’éviter chagrin et souffrance. Ce pessimisme est compensé par l’affirmation répétée que Dieu est la providence du monde et des hommes. Le bien-être de l'être humain est un don de Dieu. Pour aujourd’hui. Le poème de Qohélet 3 se déroule dans cette perspective : réflexion sur la dualité du temps (v.2-8), puis application au travail de l’homme (v.9-15)

Le temps de l’être humain

Les v. 2 à 8 déclinent la constatation de départ : Il y a un temps pour tout et un moment pour chaque chose sous le ciel. Qohélet développe 28 termes descriptifs des actes de la vie humaine. A première vue, il s’agit d’oppositions : l’un des termes exprime une action positive : enfanter, planter, guérir… ; l’autre une action négative : mourir, arracher le plant, tuer… Quelle est la logique de ces balancements ? Parfois, le premier des termes décrit une action positive, embrasser, chercher, enfanter, planter, parfois, une action négative, tuer, saper, pleurer… Ainsi, plutôt que d’opposition, il vaudrait mieux parler d’alternance. Il y a comme une fatalité du temps vécue dans une alternance.

L’énumération prend en compte de multiples dimensions de la vie humaine. Toutes ? Une interprétation symbolique de ces 28 actions répondrait positivement (cf. encadré). A-t-on là l’expression d’une totalité : la vie et la mort, et tout ce qui existe entre ces deux pôles extrêmes ? On pourrait le penser s’il n’y avait des manques importants : par exemple, pas question de "jeûner" ou de "se marier". Ainsi, il y a une totalité sans qu’il y ait totalité. C’est l’alternance qui compte, le fait de basculer d’une chose dans l’autre, plus que l’opposition.

Cette alternance qui défile donne l’impression de l’inutilité de l’effort humain : pourquoi amasser des pierres si c’est pour les jeter ensuite ? Pourquoi planter si c’est pour arracher ? C’est comme si on n’avait rien fait. La mort pèse de tout son poids sur la vie, alors à quoi bon se remuer ? Contre ce pessimisme, remarquons que la litanie est encadrée par deux mots ouverts sur la vie et l'avenir : "enfanter" et "paix " ! L'alternance des actions humaines n’aurait-elle pas simplement pour objectif de montrer l’importance du moment présent, de l’aujourd’hui ? Et le temps de l’homme ne serait-il pas autre chose que le balancement d'une action à l'autre ?

Le don de Dieu

Au v. 9, nouvelle étape. Une question interrompt la litanie : Quel profit a l’artisan du travail qu’il fait ? Ou, pour le dire autrement : que reste-t-il de tout ce qui précède ? On a là presque une reprise du début du Livre (Qo 1,3). Mais intervient un nouveau personnage : Dieu. A travers le "faire" de Dieu, on va retrouver le "faire" de l’être humain. Une recherche s'élabore dont la conclusion est au v. 14 : Je sais tout ce que fait Dieu, cela durera toujours. Ainsi face à l’alternance, face à ce qui va et vient, il y a le "toujours" de Dieu, un temps différent dans lequel rien ne se perd. Le temps de Dieu donne sens au temps de l’homme. Que reste-t-il du travail humain ? Réponse : pour Dieu, tout. Une réponse qui ne peut être qu’en Dieu, même si l’homme l’a oubliée.

Qohélet rapporte ce qu’il voit (v. 10-11). Il fait état de son expérience personnelle. Il voit un don de Dieu aux hommes : l’activité. C’est le don de vivre, d’appréhender la durée pour maîtriser le moment présent, mais apparemment, cela non plus ne sert à rien puisque l’homme est incapable de comprendre le sens de la vie.

Qohélet ne rapporte pas seulement ce qu’il voit, il rapporte aussi ce qu’il sait (v. 12-15). Il met l’accent maintenant sur la confiance. Le savoir de Qohélet concerne le bonheur de l’homme et l’œuvre de Dieu. Avec une conviction forte : manger, boire, se réjouir, travailler, ce sont des dons de Dieu. Dieu veut donc le bonheur de l’homme. La joie dans la vie de tous les jours, n’est-ce pas un chemin pour trouver Dieu ? N’est-il pas vain de spéculer sur l’avenir ? Devant ce don de Dieu, la réaction juste de l’homme, c’est de craindre devant sa face. Finalement, chercher à comprendre le sens de sa vie, n’est-ce pas c’est se mettre à chercher Dieu ?

© SBEV. Maurice Autané.

 
Qo 3,1-15
1Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel :
2un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher le plant,
3un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour saper et un temps pour bâtir,
4un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser,
5un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour éviter d'embrasser,
6un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter,
7un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler,
8un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps de guerre et un temps de paix.
9Quel profit a l'artisan du travail qu'il fait ?
10Je vois l'occupation que Dieu a donnée aux fils d'Adam pour qu'ils s'y occupent.
11Il fait toute chose belle en son temps ; à leur coeur il donne même le sens de la durée sans que l'homme puisse découvrir l'oeuvre que fait Dieu depuis le début jusqu'à la fin.
12Je sais qu'il n'y a rien de bon pour lui que de se réjouir et de se donner du bon temps durant sa vie.
13Et puis, tout homme qui mange et boit et goûte au bonheur en tout son travail, cela, c'est un don de Dieu.
14Je sais que tout ce que fait Dieu, cela durera toujours ; il n'y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher, et Dieu fait en sorte qu'on ait de la crainte devant sa face.
15Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu va rechercher ce qui a disparu.
 
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