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Moïse
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Passage de la mer rouge
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Service Biblique catholique Évangile et Vie
Bible, mythes et récits de commencement
2020093798

Pierre Gibert,  Seuil, Paris 1986 

Le passage de la mer (Ex 14) Regards pluriels sur un récit fondateur

André Wénin

Le passage de la mer (Ex 14) Regards pluriels sur un récit fondateur, «Horizons de la foi» n°54, Bruxelles 1993

Pour Lire L'Ancien Testament
2204078182

Les Editions du Cerf, Nouvelle édition 2007

Auteurs :

  • Gérard Billon
  • Philippe Gruson
  • Maurice Autané
Le passage de la mer Rouge avec Moïse. Commentaire de Ex 14,1-31
Commentaire au fil du texte
 
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http://www.artbible.net Paris, Bibl. Mazarine, ms. 0034 , f. ...
Le passage de la mer Rouge : récit historique ? récit liturgique ? récit théologique ?
 

Le récit du passage de la mer est célèbre et a marqué aussi bien l'imaginaire des negro-spirituals que celui des films hollywoodiens comme Les Dix Commandements (1956) ou Le Prince d'Égypte (1998). Le texte-source principal est celui de Ex 13,17-15,21.

Repérer des incohérences
Il y a dans notre texte des bizarreries, des incohérences. Un seul exemple : Ex 14,21-22 : « et Moïse étendit sa main sur la mer et YaHWeH refoula la mer par un fort vent d'est toute la nuit et il mit la mer à sec et les eaux se fendirent. Et les enfants d'Israël vinrent au milieu de la mer sur la terre sèche et les eaux étaient pour eux une muraille à leur droite et à leur gauche. » Le lecteur peut s'étonner : comment peut-il y avoir deux murailles d'eaux si la mer a été refoulée ? Comment la mer peut-elle être fendue (activité soudaine) alors qu'un fort vent a agi toute la nuit ?

Voilà l'indice d'un collage de deux ''sources'' différentes qui ont été rapprochées pour former le texte actuel. La première parlait de l'action de YaHWeH comme d'une utilisation continue et longue du vent d'est. La seconde décrivait l'action comme une séparation soudaine de la mer. La même action de YaHWeH n'est pas vue de la même manière, mais d'après l'une et l'autre source, elle sortait de l'ordinaire ! C'est ainsi qu'un certain nombre d'indices littéraires amènent à distinguer dans notre récit actuel deux ou trois sources différentes.

Le texte le plus récent serait le chant guerrier du chapitre 15. Quand aux deux autres, malgré quelques attributions hypothétiques, on peut les déboîter et intituler le premier «stratégie de combat» et le second «les eaux fendues». Voici un exemple sur une partie du texte.

En vert, le récit de ''stratégie de combat''
En rouge, le récit des ''les eaux fendues''
[…]
Ex 14,15 YaHWeH dit à Moïse : «Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux fils d'Israël de repartir. 16 Toi, lève ton bâton, étends la main sur la mer et fends-la, que les fils d'Israël viennent au milieu de la mer sur la terre sèche. 17 Moi, j'endurcirai le cœur des Egyptiens, ils pénétreront à leur suite et je me glorifierai aux dépens de Pharaon, de toute son armée, de ses chars et de ses cavaliers. 18 Les Egyptiens sauront que je suis YaHWeH quand je me serai glorifié aux dépens de Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers.»

19 L'Ange de Dieu qui marchait en avant du camp d'Israël se déplaça et marcha derrière eux, et la colonne de nuée se déplaça de devant eux et se tint derrière eux. 20 Elle vint entre le camp des Egyptiens et le camp d'Israël et elle fut nuée et ténèbres et elle illumina la nuit et ils ne s'approchèrent pas l'un de l'autre de toute la nuit. 21 Moïse étendit la main sur la mer et YaHWeH refoula la mer toute la nuit par un fort vent d'est ; il la mit à sec et toutes les eaux se fendirent. 22 Les fils d'Israël vinrent au milieu de la mer sur la terre sèche, et les eaux leur formaient une muraille à droite et à gauche. 23 Les Egyptiens les poursuivirent, et tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses cavaliers pénétrèrent à leur suite au milieu de la mer. 24 A la veille du matin, YaHWeH regarda de la colonne de feu et de nuée vers le camp des Egyptiens. 25 Il enraya les roues de leurs chars qui n'avançaient plus qu'à grand peine.
Les Egyptiens dirent «Fuyons devant Israël car YaHWeH combat avec eux contre les Egyptiens !»

(d'après Pierre Gibert, Bible, mythes et récits de commencement, Seuil, Paris 1986 p.174-176, et André Wénin, Le passage de la mer (Ex 14) Regards pluriels sur un récit fondateur, «Horizons de la foi» n°54, Bruxelles 1993, p.6-7.11-12.17)


Un premier récit, critique du pouvoir

On peut résumer l'histoire du texte en trois étapes. Première étape : le récit de ''stratégie de combat'', qui comprend des indications ''réalistes'' (manœuvre pour déjouer les poursuivants égyptiens) et des indications de type relecture et interprétation de foi (présence de l'Ange de Dieu; colonne de nuée et de feu). Il y a là un souci d'historien (raconter les faits et les expliquer) que l'on retrouve en d'autres endroits du livre de l'Exode. On l'attribue habituellement à un ou plusieurs rédacteurs successifs datant de la fin de l'époque royale (7e siècle), sans doute à partir d'anciennes traditions orales ou écrites.

Ce récit laisse entendre que Moïse s'est arrangé, à la faveur de la nuit et des brouillards causés par la nature marécageuse des lieux, pour mettre les marais entre les Hébreux et les Égyptiens. Ceux-ci lancés à la poursuite des Hébreux s'y seraient embourbés (v. 25) à moins qu'il y ait eu combat avec l'arrière-garde israélite. Quoiqu'il en soit, Israël fut sauvé sans avoir eu véritablement à combattre, le récit reportant sur Dieu le bénéfice d'un tel salut… La vraisemblance d'un tel récit ne doit pas nous abuser : il ne s'agit en aucune façon d'un compte-rendu des faits. N'oublions pas qu'entre ceux-ci (quels qu'ils aient été) et ce premier récit, il y a peut-être 600 ans !

Cette source ancienne qui apparaît plusieurs fois dans la première partie du livre de l'Exode, comprend, à y bien regarder, une critique du pouvoir politique : Israël est d'abord un peuple qui a été libéré de la servitude avant d'être une main d'œuvre pour des travaux pharaoniques ou royaux. Dieu seul est son libérateur.

Un deuxième récit, pour ouvrir l'espérance

Deuxième étape : le récit des ''eaux fendues'' est venu s'ajouter un peu plus tard. Sa caractéristique principale est de souligner l'intervention continuelle de Dieu : discours à Moïse, endurcissement du cœur de Pharaon [comparer 4,4 et 4,5-6]. Son langage et son usage des symboles (nuit, lumière, eau, vent…) évoquent les grands récits de commencement et de recommencement comme Gn 1 (la création du monde) ou Gn 6-9 (le déluge) ; il sera repris en Jos 4 (le passage du Jourdain) : presque à chaque fois, on retrouve l'opposition entre ''les eaux'' et ''la terre sèche'', l'action de YaHWeH qui les ''fend'', et la présence dominante du ''vent''.

Au 6e siècle, pendant ou juste après l'exil, ce texte a pu raviver la mémoire de l'antique délivrance, gage et signe de la délivrance de Babylone (attendue ou réalisée). Son (ses) auteur(s) serai(en)t à chercher parmi les prêtres; il(s) aurai(en)t repris le langage de création des liturgies babyloniennes pour dire que la création du peuple d'Israël par le Dieu unique est assimilable à la création de l'univers.

Par ailleurs, l'étude de cette source ''sacerdotale'' en Ex 1-15 fait apparaître l'affrontement de deux sagesses, celle de YaHWeH et celle des magiciens (en vogue alors à Babylone). Le récit des plaies (Ex 7-9) montre la force des interventions de YaHWeH dans la nature, tout en n'étant que des signes avant-coureurs du ''jugement'' divin dans l'histoire (l'engloutissement des oppresseurs dans la mer). YaHWeH se manifeste comme le souverain de l'Histoire, au cœur de toute détresse, celle d'autrefois (l'Égypte) comme celle d'aujourd'hui (Babylone).

Un récit final pour dire le mystère de Dieu

Troisième étape : la dernière rédaction du livre, au 5e siècle, qui reprend les deux récits et les fond ensemble pour faire saisir l'action extraordinaire de Dieu aux fondations du peuple d'Israël. L'écriture sacerdotale aurait néanmoins recouvert l'écriture ancienne, peut-être à cause de la force des symboles (un symbole a une dimension souvent permanente et universelle).

La place et la fonction qu'il a tenu dans la vie du peuple hébreu ne font-elles pas partie de l'historicité de l'événement ? Fonction religieuse et politique. Le peuple hébreu a reconnu là son acte de naissance comme peuple de YaHWeH. Tout au long de son histoire, le peuple n'a cessé de se référer à cette naissance, pour mieux comprendre qui il était, d'où il venait, et qui était son Dieu ! YaHWeH, le seul vrai Dieu, et Moïse, son porte-parole, ont mis au monde le peuple d'Israël.

© SBEV, Gérard Billon.

Voir : Gros plan sur… l'énigme Moïse

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
Ex14,1-31
1Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :
2« Dis aux fils d'Israël de revenir camper devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer - c'est devant Baal-Cefôn, juste en face, que vous camperez, au bord de la mer.
3Alors le Pharaon dira des fils d'Israël : "Les voilà qui errent affolés dans le pays ! Le désert s'est refermé sur eux !"
4J'endurcirai le coeur du Pharaon, et il les poursuivra. Mais je me glorifierai aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, et les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR. » Ils firent ainsi.
5On annonça au roi d'Egypte que le peuple avait pris la fuite. Le Pharaon et ses serviteurs changèrent d'idée au sujet du peuple et ils dirent : « Qu'avons-nous fait là ? Nous avons laissé Israël quitter notre service ! »
6Il attela son char et prit son peuple avec lui.
7Il prit six cents chars d'élite, et tous les chars d'Egypte, chacun avec des écuyers.
8Le SEIGNEUR endurcit le coeur du Pharaon, roi d'Egypte, qui poursuivit les fils d'Israël, ces fils d'Israël qui sortaient la main haute.
9Les Egyptiens les poursuivirent et les rattrapèrent comme ils campaient au bord de la mer - tous les attelages du Pharaon, ses cavaliers et ses forces - près de Pi-Hahiroth, devant Baal-Cefôn.
10Le Pharaon s'était approché. Les fils d'Israël levèrent les yeux : voici que l'Egypte s'était mise en route derrière eux ! Les fils d'Israël eurent grand-peur et crièrent vers le SEIGNEUR.
11Ils dirent à Moïse : « L'Egypte manquait-elle de tombeaux que tu nous aies emmenés mourir au désert ? Que nous as-tu fait là, en nous faisant sortir d'Egypte  ?
12Ne te l'avions-nous pas dit en Egypte : "Laisse-nous servir les Egyptiens ! Mieux vaut pour nous servir les Egyptiens que mourir au désert." »
13Moïse dit au peuple : « N'ayez pas peur ! Tenez bon ! Et voyez le salut que le SEIGNEUR réalisera pour vous aujourd'hui. Vous qui avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les reverrez plus jamais.
14C'est le SEIGNEUR qui combattra pour vous. Et vous, vous resterez cois ! ».
15Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Qu'as-tu à crier vers moi ? Parle aux fils d'Israël : qu'on se mette en route !
16Et toi, lève ton bâton, étends la main sur la mer, fends-la, et que les fils d'Israël pénètrent au milieu de la mer à pied sec.
17Et moi, je vais endurcir le coeur des Egyptiens pour qu'ils y pénètrent derrière eux et que je me glorifie aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, de ses chars et de ses cavaliers.
18Ainsi les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR, quand je me serai glorifié aux dépens du Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers. »
19L'ange de Dieu qui marchait en avant du camp d'Israël partit et passa sur leurs arrières. La colonne de nuée partit de devant eux et se tint sur leurs arrières.
20Elle s'inséra entre le camp des Egyptiens et le camp d'Israël. Il y eut la nuée, mais aussi les ténèbres ; alors elle éclaira la nuit. Et l'on ne s'approcha pas l'un de l'autre de toute la nuit.
21Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d'est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent,
22et les fils d'Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
23Les Egyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux - tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers - jusqu'au milieu de la mer.
24Or, au cours de la veille du matin, depuis la colonne de feu et de nuée, le SEIGNEUR observa le camp des Egyptiens et il mit le désordre dans le camp des Egyptiens.
25Il bloqua les roues de leurs chars et en rendit la conduite pénible. L'Egypte dit : « Fuyons loin d'Israël, car c'est le SEIGNEUR qui combat pour eux contre l'Egypte ! »
26Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Etends la main sur la mer : que les eaux reviennent sur l'Egypte, sur ses chars et ses cavaliers ! »
27Moïse étendit la main sur la mer. A l'approche du matin, la mer revint à sa place habituelle, tandis que les Egyptiens fuyaient à sa rencontre. Et le SEIGNEUR se débarrassa des Egyptiens au milieu de la mer.
28Les eaux revinrent et recouvrirent les chars et les cavaliers ; de toutes les forces du Pharaon qui avaient pénétré dans la mer derrière Israël, il ne resta personne.
29Mais les fils d'Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
30Le SEIGNEUR, en ce jour-là, sauva Israël de la main de l'Egypte, et Israël vit l'Egypte morte sur le rivage de la mer.
31Israël vit avec quelle main puissante le SEIGNEUR avait agi contre l'Egypte. Le peuple craignit le SEIGNEUR, il mit sa foi dans le SEIGNEUR et en Moïse son serviteur.
 
Vidéo
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