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Cana (noces de)
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Giotto
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Pierre Dominique
Giotto peint Cana
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Au début du XIVe siècle, Giotto (1267-1337) décore la chapelle de l'Arena qui appartient à une grande famille de Padoue, les Scrovegni.
 

Les Noces de Cana par Giotto, chapelle Scrovegni de Padoue (vers 1306)

Au début du XIVe siècle, Giotto (1267-1337) décore la chapelle de l'Arena qui appartient à une grande famille de Padoue, les Scrovegni. En une cinquantaine de fresques de 200 x 185 cm, il conte les vies parallèles de la Vierge Marie et du Christ. Formé dans la tradition iconographique chrétienne antique et médiévale dont il connaît toutes les richesses symboliques, le peintre, marqué par la spiritualité franciscaine, est un novateur. En abandonnant les conventions traditionnelles de représentation du corps humain et en cherchant à se rapprocher de la réalité anatomique, il va humaniser l'art, permettre aux personnages sacrés d'exprimer enfin des sentiments : tendresse, souffrance, compassion, etc.

Pour l'épisode de Cana, Giotto reprend la disposition de la table en L venue de la tradition médiévale byzantine – avec le Christ à l'extrémité gauche – mais il donne sa propre vision de la scène. Les trois nimbes dorés de Jésus, du disciple et de Marie se détachent sur le fond de tenture rayée qui rythme l'espace. À gauche comme à droite, objets et personnages forment deux masses relativement compactes qui mettent en évidence l'espace central où se trouve la mariée. Dans la tradition, les Noces de Cana étaient considérées comme une prophétie annonçant l'union à venir du Christ et de l'Église. La mariée représente donc plus qu'elle-même, elle est la figure de l'Église. Tournée vers le spectateur, elle semble vouloir le convaincre que ce qu'elle tient entre ses deux doigts délicats est une nourriture précieuse. Son geste, qui rappelle l'élévation de l'hostie, est naturellement une allusion à l'eucharistie : il reprend comme en écho ceux du Christ et de la Vierge. Sur la corniche de la salle, bien au-dessus de sa tête, un vase élégant accentue encore l'axe vertical central et évoque le vin eucharistique.

Les traits du maître du repas goûtant le vin nouveau n'ont pas la finesse habituelle des personnages de Giotto. Cet homme ventru et lourd ne semble pas apprécier à sa juste valeur le breuvage et Marie pose sur lui un regard attristé. Il forme contraste avec l'accueil et la beauté de l'Épouse et pourrait être la figure de l'Ancienne Alliance qui ne perçoit pas la richesse du don du Christ. Cette lecture allégorique est soulignée par un médaillon placé à gauche du panneau des Noces de Cana (et non représenté ici) où Moïse fait jaillir l'eau du rocher. Giotto – et ceux qui ont conçu ce programme iconographique – suivraient ainsi les mots de l'auteur médiéval pour qui ''le Christ substitue le vin de l'Évangile à l'eau de l'Ancienne Loi, l'Église à la Synagogue.'' Mais la puissance d'actualisation du tableau ne va-t-elle pas plus loin, dépassant l'antagonisme entre juifs et chrétiens ? L'opposition de la belle et du lourdaud porte comme un appel grave et silencieux : qui peut se déclarer digne du vin du Royaume sinon par grâce ?


© Dominique Pierre,
SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n°117 (octobre 2001), "Les noces de Cana", p. 84.

 
 
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