771
Cana (noces de)
772
Exégèse médiévale
189
Miracle
116
Dahan Gilbert
Le miracle de Cana
Théologie
 
Approfondir
 
Le thème principal de la péricope est celui du miracle. Commentaire par Albert le Grand et Rupert de Deutz.
 

Exégèse et prédication médiévales

Le miracle

Le thème principal de la péricope est celui du miracle. L'étude de la situation du récit nous a montré l'importance de l'épisode, qui marque d'une part la manifestation de Jésus et d'autre part le début de sa mission publique. Du reste, plusieurs commentateurs s'interrogent sur l'affirmation du v. 11 : Jésus fit ainsi le début de ses signes à Cana de Galilée, en faisant observer que d'autres miracles avaient eu lieu auparavant, qui déjà manifestaient sa gloire.

ALBERT LE GRAND, Commentaire de Jn 2,11 :

Il dit : Voilà le début des miracles faits par lui. En effet, les miracles antérieurs avec l'étoile, pendant le baptême, avec Siméon et autres furent accomplis par le Père; celui-ci par Jésus. Ce qui est dit des nombreux miracles rapportés dans les livres de l'Enfance du Sauveur et de l'Évangile des Nazaréens est donc faux. [ces deux ouvrages sont apocryphes]

Quant au miracle lui-même, il suscite plusieurs questions. Celle qui revient le plus souvent demande pourquoi Jésus a fait remplir d'eau les six jarres, alors qu'il aurait pu créer ce vin ex nihilo, comme il l'avait fait lors de la création de l'univers. Voici un commentaire de Rupert de Deutz

RUPERT DE DEUTZ, Commentaire de Jn 2,1-2 :

À partir de l'eau il fit du vin : son humilité précède sa gloire, toujours nouvelle, qu'il faut prêcher avec toujours le même émerveillement. En effet, bien que chaque année ce même Dieu, avec la même puissance, transforme en vin l'eau reçue dans le sein de la terre et que notre intelligence ne puisse pas comprendre l'efficacité de ce fait, le louant tous, nous tendons notre esprit avide de louange divine vers ce miracle. Par cet usage naturel est montré ce qui est connu de tous, que Dieu est tout-puissant, mais par ce nouveau miracle est prouvé ce qui est cru des seuls fidèles, que le Dieu tout-puissant s'est fait homme.

C'est avec la coopération de tous les éléments que se produit ce fait que, dans les vignes, l'eau soit vin. D'abord, l'eau est reçue dans le sein de la terre ; sans elle, elle ne pourrait offrir de richesse nutritive aux racines des vignes, des plantes ou des arbres. Puis la douce température de l'air l'invite à produire des sarments, qui se couvrent de feuilles grâce à la chaleur qui grandit, la grappe fleurit et peu à peu le raisin mûrit. Mais ici, où l'ordre de la nature manque à tous, le vin est produit à partir de l'eau, puisqu'ici un homme est supérieur à la nature, il est le Seigneur de la nature. Nous sommes remplis d'étonnement devant la verge d'Aaron qui se couvrit de feuilles et de fleurs, qui prirent la forme d'amandes. Nous avons davantage d'étonnement et d'admiration devant cela que devant le fait que tous les cèdres du Liban et les autres arbres reverdissent et portent des fruits ou une graine, chacun dans son espèce, et cela chaque année, selon le cours habituel de la nature. Non que le miracle de la verge d'Aaron soit plus considérable que cela mais parce que, avec le miracle même, cela nous montre un signe de la présence divine de sa volonté et de sa providence veillant sur nous. En effet, nous ne nous étonnons pas tant de ce que Dieu ait pu faire du vin à partir d'eau, que nous ne nous réjouissons de ce que celui qui a pu faire cela, s'étant fait homme, ait vécu trente ans parmi les hommes dans la cachette de la chair.

Rupert revient sur le thème du miracle en commentant le v. 7. Il observe qu'au commencement le Seigneur créa ex nihilo les éléments primordiaux de toutes choses et que pendant les six jours, il forma les espèces sans rien créer mais en donnant des formes par sa Parole, à partir des éléments premiers. L'ouvrage du Seigneur se prolonge jusqu'à présent, puisqu'il gouverne les différentes espèces et les multiplie, le genre humain tout particulièrement. Ce sont là des matériaux pour une réflexion sur le miracle et le problème de ses rapports avec les lois naturelles. Cette réflexion sera développée par les auteurs du XIIIe siècle.

© Gilbert Dahan, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n°117 (octobre 2001), "Les noces de Cana", p. 54-55.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org