9 avril: JEUDI-SAINT (Cène du Seigneur)
 
 
"Il les aima jusqu'au bout"
 

Première lecture : Exode 12, 1-8.11-14 :
Dans ce texte retravaillé à plusieurs périodes de l’histoire d’Israël, Dieu donne à son peuple les prescriptions liturgiques pour la célébration de la fête de Pâques. À l’origine, il s’agit d’une fête de bergers qui sacrifient un animal âgé d’un an pour obtenir de la divinité, lunaire possiblement, la protection pour les femelles qui s’apprêtent à mettre bas, au début du printemps.
Elle devient une fête historique commémorant la sortie d’Égypte : Dieu a arraché Israël à la férule de Pharaon, il a revendiqué ce peuple comme étant le sien, son premier-né qui manifeste par son existence la divine puissance qui engendre à la vie. Le sang n’est plus versé pour obtenir la protection d'une quelconque divinité : il est le signe que Dieu reconnaît et protège son peuple.
Avant que les événements aient eu lieu, avant que le Seigneur n’ait déployé sa force, il dit comment se souvenir de ce qu’il va faire. C’est le signe d’une absolue maîtrise sur les événements et donc de sa puissance divine par laquelle rien n’échappe à sa main.
Le jour choisi pour cela est la première pleine lune de printemps : nuit où le coucher du soleil coïncide avec le lever de la lune ; et lever du soleil avec le coucher de la lune. C’est la nuit sans nuit, promesse d’un jour sans déclin.

Psaume 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18 :
Pourquoi Dieu entre-t-il en conflit avec Pharaon pour libérer Israël, son peuple, de l’esclavage ? Parce que, comme le dit notre psaume : il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens !
Ce psaume, dont nous méditons et chantons un passage, appartient à une série (Ps 112 (113) – (117) 118) que l’on appelle le Halell, c’est-à-dire la louange, et que les juifs chantent aujourd’hui encore mais déjà au temps de Jésus, pour les grandes fêtes dont celle de Pâques. Au cœur de cet ensemble, le Ps 115 (116b) s’interroge sur la manière de rendre grâce devant un tel déploiement de puissance manifesté lors de la sortie d’Égypte. Rien qu’un geste simple : élever la coupe en bénissant Dieu et en permettant ainsi à tous ceux qui vont y boire de confesser ensemble qu’aujourd’hui nous sommes arrachés à l’Égypte et à toutes les ténèbres qu’elle symbolise dans le récit de l’Exode.
Faire mémoire de la Pâque, c’est la vivre aujourd’hui.

Évangile : Jean 13, 1-15 :
La version que nous rapporte Jean du dernier repas de Jésus est fort singulière : il ne raconte qu’un geste de Jésus, le lavement des pieds des disciples, et le fait suivre d’un long discours de Jésus, comme un testament, qui se termine par une prière (Jn 13 – 17).
Ainsi selon Saint-Jean ce qui éclaire la mort et la résurrection de Jésus, le dernier geste qu’il faut prendre en compte si on veut entrer au cœur de la vie de Jésus, c’est ce lavement des pieds. Comme la Pâque dont le rituel est donné avant que l’événement ne se produise, comme la fraction du pain et la bénédiction de la coupe données pour attendre une venue, le lavement des pieds est donné avant que ne soient dites les si belles paroles de Jésus et que ne se réalisent les événements dramatiques qui vont suivre.
La réaction de Pierre donne à comprendre pourquoi Jean focalise son regard sur ce seul geste. En premier lieu, il est inouï : normalement les esclaves sont dévolus à cette tâche. Par cette attitude Jésus atteste donc que lui, le Seigneur va prendre la dernière place : la croix est le supplice pour les derniers des derniers, les esclaves, justement.

En second lieu, il est fait mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus comme d’une purification, une sanctification qui nous rend capables d’être en présence de Dieu.
Jésus nous invite, nous ses disciples, à faire de même. Le service fraternel est la disposition essentielle pour attendre le Seigneur qui s’est fait serviteur de tous. Prendre conscience de ce qu’implique ce geste en le vivant pour nos frères et sœurs est une initiation à nous laisser accueillir par le Christ quand il viendra pour nous introduire dans le Règne de son Père ; lui que nous confessons être le juge des vivants et des morts, prendra un linge, nous lavera les pieds et nous fera passer à table, comme un serviteur



On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (1 Corinthiens 11,23-26) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année A/ 2019-2020). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org