5 avril: Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur
 
 
"Hosanna au fils de David! Beni soit celui qui vient au nom du Seigneur!
 

• Évangile des Rameaux : Mt 21, 1-11 :
Pour Jésus, cet épisode est une entrée triomphale dans la Ville sainte, sa Ville. Il est acclamé pour le bien qu’il a fait, pour l’espérance qu’il suscite ; il laisse faire permettant aux habitants de Jérusalem de recevoir ainsi le témoignage de cette foule qui l’accompagne depuis quelque temps déjà.
Il choisit de faire cette entrée sur un âne qu’il envoie chercher. Il semble, en lisant bien en détail les différents récits que nous donnent les Évangiles de cet épisode, qu’il s’agisse d’un signal convenu. En laissant ainsi disponible l’âne et l’ânon, les gens de Bethphagé adressent un message à Jésus et lui disent que les autorités hésitent encore à son sujet et qu’ainsi il peut entrer dans la Ville sans être immédiatementarrêté.
Ce détail est intéressant pour nous : il atteste de la liberté de Jésus qui ne tombe pas dans le piège d’une arrestation mais qui souverainement entre dans sa capitale ! Il sait, il l’a maintes fois annoncé à ses disciples, qu’il sera livré aux mains des hommes ; cela aura lieu quand et où il le voudra, quand et où son Père le voudra.

Première lecture : Isaïe 50, 4-7 :
Ce poème du V° siècle nous livre l’expérience d’un prophète, lointain disciple d’Isaïe (VIII° siècle) qui tente, en s’appuyant sur sondevancier, d’éveiller l’espérance du peuple en exil mais qui bute sur le refus de croire la puissance du Seigneur d’Israël. Face à l’opposition, il ne baisse pas les bras comme le dit l’expression française, il fait front (Is 4, 7 : j’ai rendu ma face dure comme pierre).
Ce cri de douleur et d’espérance mélangées est aussi celui d’Israël : à travers heurs et malheurs, malgré les oppositions des nations voisines, le peuple de l’Alliance vit un drame qui le dépasse, celui du refus de la Parole donnée qui attend d’être écoutée pour devenir efficace.
Ce texte qui dit la douleur du prophète et le drame d’Israël, fut lu et médité par Jésus. C’est sûrement un des lieux dans lequel il entendit son Père l’appeler à aller jusqu’à livrer sa vie aux mains des hommes.
Ce poème devient un portrait de Jésus qui fut chaque jour à l’écoute de la Parole du Père. Le lire dans cette liturgie de la Passion nous fait entrer dans le libre consentement du Fils aux événements qu’il subit.

• Psaume 21(22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a :
Ce psaume bien connu dont la première phrase est criée par Jésus sur la croix juste avant de mourir, mérité d’être médité pour lui-même. Porté par la conviction que Dieu habite la louange d’Israël(Ps21 (22), 4) le psalmiste, dont la vie est menacée et la mort imminente, cherche à savoir si Dieu n’habite pas également la plainte de son peuple, celle de chacun de ses membres.
Belle question qui trouve sa réponse dans le poème lui-même « Tu m’as répondu ! » (Ps21 (22), 22). Dieu répond à chacun dans l’assurance que nous avons d’être entendu de lui.
De nombreux de détails de cette prière se retrouvent dans le récit de la passion selon Matthieu : Jésus a prié ce texte, il a fait corps avec lui et le moindre aspect de ce qu’il vécût durant ces heures douloureuses et violentes dit la disposition qui l’habite constamment : Père, je proclame ton Nom devant mes frères(Ps21 (22), 23). Même lié et cloué sur le bois de la croix, Jésus est librement donné à son Père et à ses frères humains qu’il continue d’appeler ainsi.

• Lecture de la Passion selon St Matthieu 26, 14– 27, 66 :
Ce long récit, qui proportionnellement tient une place importante dans l’ensemble de l’Évangile, nous raconte une histoire simple qui tient en quelques lignes : Jésus arrêté à Géthsémani après avoir célébré la Pâque, est mis en procès devant les autorités juives et romaines, condamné, exécuté et mis au tombeau. Pourquoi en dire davantage ? Parce que chaque détail rapporté en harmonie avec les écritures d’Israël atteste de la liberté de Jésus, de la portée de ce qu’il vit en ces instants, en un mot de son amour.
Il ne sert à rien de dire que les soldats partagent les vêtements de Jésus : tout le monde le sait dans la société pour laquelle Matthieu écrit : en effet, le droit romain prévoit qu’il en soit ainsi, permettant à ceux qui ont effectué les basses besognes de se faire un peu d’argent en revendant ainsi aux familles des suppliciés les dépouilles de ses derniers ! Le raconter n’a pas d’autre intérêt que d’établir un lien plus étroit avec le Psaume 22 (23) que Jésus crie au moment de mourir.
Autres détails, les éléments terrifiants qui se produisirent lors de la mort de Jésus : obscurité, tremblement de terre, tombes qui s’ouvrent. Il serait vain de chercher l’historicité de ces événements. Avec des emprunts venus de la littérature apocalyptique, Matthieu nous dit qu’ayant mis à mort le Créateur, la créature a tremblé sur ses bases, que si Jésus n’est plus là, le monde se déconstruit dans les ténèbres mais qu’à ce même moment, les morts rejoignent la Ville Sainte, non pas la Jérusalem terrestre, mais bien la Jérusalem céleste, celle qui vient d’en haut.

Ainsi, l’Évangile des Rameaux proclamé au début de la célébration devient la prophétie de l’ouverture du Royaume.




On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (Philippiens 2,6-11) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année A/ 2019-2020). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org