15 mars: 3° dimanche de Carême A
 
 
"Une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle"
 

Première lecture : Exode 17, 3-7 
Après, Adam, et Abraham les deux derniers dimanches, c’est maintenant la figure de Moïse qui nous est offerte à la méditation. Ainsi la liturgie nous fait-elle parcourir les étapes de l’Alliance entre Dieu et son peuple Israël. Ici, nous est narrée l’intervention miraculeuse de Dieu dans le désert, alors que le peuple a soif. L’épisode est difficile à dater, et la composition du récit de l’Exode est finalement assez récente. Mais plus qu’une vérité historique, ce texte nous offre une vérité géographique. Toutes les tribus qui passèrent dans ce coin eurent à endurer la triple épreuve de la faim (cf. le don de la manne Ex16) de la soif (notre texte) et de la guerre (cf. Ex17, juste après notre récit).
On sait que les Bédouins au désert sont capables de voir l’eau dans les renflements du rocher. Ici c’est Dieu qui enseigne à Moïse comment faire. C’est donc bien lui qui donne l’eau au peuple assoiffé. Dieu se présente comme un guide et sa Loi comme un enseignement sage qui apprend à prendre les bonnes décisions.

• Psaume 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9 
Ce psaume médite sur l’épisode qui nous est rapporté dans la première lecture : Dieu est bien le rocher qui accompagne son peuple, puisque c’est lui qui fait jaillir l’eau du rocher ! De cela le peuple n’aurait jamais dû douter : si Dieu fit passer la mer Rouge à pied sec, il n’était pas trop difficile pour lui de désaltérer son peuple.
Pourtant Israël va mettre Dieu à l’épreuve et lui lancer un défi : « Es-tu capable de nous donner de l’eau ? » Cette attitude s’explique, car la soif est dure et mord la chair. Le peuple vit une épreuve, mais il n’a pas pour autant le droit de retourner l’épreuve contre Dieu. Demander des preuves revient à s’interdire d’éprouver la fidélité et l’amour de Dieu. L’épreuve est un espace ouvert devant nous, grand et large comme un désert, dans lequel Dieu conduit son peuple pour lui faire éprouver que sa Parole est comme une eau vive qui désaltère.

• Évangile : Jn 4, 5-42
La première lecture nous a préparés au thème de la soif. L’Évangile nous donne le grand récit de la rencontre entre Jésus et la femme de Samarie qui commence par la soif de Jésus.
Un puits est un lieu où l’on doit faire alliance pour partager l’eau, sinon c’est la guerre. Or, entre juifs et samaritains cela a été la guerre et maintenant il ne reste que la haine réciproque et entretenue. La demande de Jésus est donc incongrue, car c’est une demande d’alliance !
Jésus a soif et c’est pour cela qu’il est venu en ce monde pour être désaltéré. Par quoi ? Par nous-mêmes, notre foi et notre espérance. Jésus a soif de nous jusqu’à mourir et cela constitue son dernier cri sur la croix (Jn19, 28). Cette femme de Samarie, bien réelle, est prise dans les drames de sa propre existence : on n’a jamais vu une femme venir puiser l’eau si tard, à midi, quand il fait chaud. C’est le matin, quand il fait encore frais, que les femmes vont puiser l’eau au puits. Celle-ci doit être suffisamment moquée ou injuriée, pour ne pas venir avec les autres femmes du village et attendre l’heure où normalement il n’y aura personne ! Mais en fait, ce jour-là, il y a Jésus.
Dans ces difficultés, il y a aussi l’histoire de son peuple que l’on accuse d’avoir conservé les idoles importées par l’envahisseur assyrien il y a de cela près de huit siècles. La haine est tenace et fait remonter la querelle le plus loin possible pour s’auto-justifier. Aussi les cinq maris sont-ils le symbole de ces cinq idoles samaritaines.
Juste avant ce récit Jean le Baptiste a présenté Jésus comme l’Époux (Jn3, 29). Dans cet épisode, il vient chercher une épouse inattendue : la Samarie, avant que la mission de l’Église n’aille chercher les nations païennes.
En disant « J’ai soif » sur la croix, Jésus laisse jaillir l’eau et le sang de son côté ouvert. En ayant soif de nous, il nous désaltère. Par sa soif, nous ne sommes plus altérés, mais nous sommes débarrassés de nos idoles et rendus à la liberté.



On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (Romains 5,1-2.5-8) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année A/ 2019-2020). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org