Note sur l'exégèse juive médiévale
 
 
 

L’exégèse juive de récit concernant la fille de Jephté prend appui sur les données fournies par le targum (traduction araméenne) et la littérature rabbinique ancienne (voir ci-dessus le chapitre sur « Les traditions juives anciennes »). On se rappelle que le Targum Jonathan insère dans la traduction de Jg 11,39 une addition notant que Jephté « n’avait pas demandé son avis au prêtre Pinhas et que, s’il l’avait fait, il aurait racheté sa fille moyennant finances ». C’est une donnée qui se trouve dans la tradition midrashique (notamment dans les recueils rédigés entre le veet le xie siècle, Genèse Rabba et Lévitique Rabba et dans le traité du Talmud de Babylone Ta‘anit).

Ces textes rabbiniques développent trois points à propos de Jephté : 1. le vœu de Jephté a été formulé d’une manière imprudente ; il déplaît à Dieu, qui punit Jephté en lui faisant rencontrer en premier sa fille (qui reçoit le nom de Sheilah) ; 2. ce vœu est mis en parallèle avec les vœux formulés par Éliézer (le serviteur d’Abraham, voir Gn 24,14), Saül (voir 1 S 17,25) et Caleb (voir Jos 15,17) ; le vœu de Jephté est considéré comme le plus répréhensible ; 3. la seule personne susceptible de résoudre le problème était le grand prêtre Pinhas : mais son orgueil et celui de Jephté ont rendu la consultation impossible (voir le poème d’Edmond Fleg, texte [88]). En outre, plusieurs de ces textes attribuent un rôle actif à la fille de Jephté, notamment en détaillant son argumentation auprès de son père et en donnant le contenu de sa lamentation dans les montagnes.

Les commentateurs médiévaux intègrent ces données, sans cependant accorder trop d’importance aux traditions midrashiques et en posant des questions semblables à celles que nous avons lues chez les commentateurs chrétiens : sur la licéité du vœu de Jephté, sur la possibilité de l’annuler, sur le sacrifice lui-même. Ils envisagent également les problèmes grammaticaux ou sémantiques suscités par le texte (comme le masculin du v. 34 : « il n’avait pas de garçon ou de fille en dehors de lui »). Nous évoquerons rapidement deux des trois commentateurs figurant dans la « Bible rabbinique » imprimée à Venise en 1524 par le chrétien Daniel Bomberg et qui allait servir de modèle aux bibles commentées courantes des juifs, dites Miqra’ot gedolot, « Grandes écritures ».

Rashi (Salomon ben Isaac, Troyes 1040-1105 – les auteurs juifs sont désignés par un acronyme ; donc ici Rabbi Shelomoh ben Isaac) est le commentateur de base dans les études juives : son commentaire très diffusé joue dans le monde juif le même rôle que la Glose ordinaire en milieu chrétien. Comme pour la Glose, ses remarques sont souvent de forme brève, parfois elliptique. On retiendra son commentaire de Jg 11,37 : en dehors d’une remarque sur l’emploi étonnant du terme « je descendrai sur les montagnes » (en hébreu : we-yaradti ‘al heharim), qu’il explique par Is 15,3 (le terme signifierait « pleurer »), Rashi donne une explication midrashique, issue peut-être du Midrash attribué à Tanhuma bar Abba (ive siècle), mais qui figure sous le nom de Nehemiah dans Exode Rabba xv, 4 :

 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org