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"Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division"
 

• 1ère lecture : Jérémie 38, 4-6.8-10
En plein siège de Jérusalem par les Babyloniens, Jérémie prône la soumission. C’est avec l’autorité que lui donne son aura prophétique qu’il s’oppose frontalement à la politique en cours, au nom même de Dieu.
Étonnante situation. La volonté de faire taire le prophète nous renvoie aux racines de l’histoire des croyants : à Joseph (Gn 37-50) vendu à des négociants en route vers l’égypte. Comme lui, Jérémie va gagner ce pays avec une poignée de survivants. Il restera dans cette terre étrangère d’où le peuple d’Israël avait fait sa pâque et marché vers la Terre promise : annonce prophétique du retour à Jérusalem.
Jésus aussi sera en butte aux pouvoirs. Lui, la Vie, connaîtra la terre étrangère de la mort et il en reviendra pour nous prendre avec lui dans sa résurrection.

• Psaume 39,2-4.18
On a ici l’impression d’entendre Jérémie au sortir de la fosse. Sa confiance en Dieu est absolue. Il a retrouvé un équilibre et une solidité qui lui permettent de poursuivre son chemin. De sa bouche monte alors un chant inédit, comme si sa mélodie intime avait changé.
Faisons nôtre sa certitude apaisée et laissons monter de nos profondeurs les gémissements inexprimables de l’Esprit (Rm 8, 26).

• Évangile : Luc 12, 49-53
Le propre d’un discours fort, non politiquement correct, est de semer le trouble. La parole prophétique est de cet ordre et apporte, presque toujours, un démenti à ce qui paraît évident. Elle trouve rarement grâce aux yeux de ceux qui se préoccupent de préserver des situations acquises, parfois au nom du bien commun. Richesse, puissance, mais aussi conformismes de la pensée attirent ses mises en garde et sa réprobation, surtout quand ils voudraient justifier ou couvrir des déséquilibres injustes.
Quand il a raison avant les autres, il est tentant de faire taire celui qui soutient ce type de discours, pour éviter le pire, par le discrédit ou le meurtre. On se souvient du verdict de Caïphe : Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas (Jn 11, 50). Ce n’est pas moral, mais c’est pragmatique !
Le grand prêtre avait compris qu’avec Jésus, pas question d’irénisme à court terme qui ferait retomber la tension, jusqu’à la prochaine fois. C’est à une transformation profonde, qui génère combats et divisions, qu’il n’a eu de cesse d’inviter ses auditeurs. Il dénonce sans fin les lieux communs qui se sont imposés comme des vérités incontournables.
Sa paix, car il nous la donne, mais pas à la manière du monde (Jn 14, 27), brûle : elle nous est octroyée au moment de la violence la plus extrême. Quand, à notre tour, nous nous la transmettons, nous nous reconnaissons frères les uns des autres, mais cela ne nous dispense en rien de combattre de toutes nos forces les idoles que nous ne cessons de fabriquer ou d’accepter. La foi est violente car elle est radicale ; la charité  aussi car elle demande des combats sans fin ; l’espérance enfin l’est aussi car elle impose de renoncer à tous nos prêts à penser confortables. C’est à ce prix que nous verrons la lumière.



On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (Hébreux 12,1-4) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année C/ 2018-2019). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org