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Hébreux
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Massonnet Jean
L'Épître aux Hébreux
2-204-11065-5
L'épître aux Hébreux
Recension
 
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Recension du livre de Jean Massonnet, "L'Épître aux Hébreux", par Yara Matta.
 
Jean Massonnet
L'Épître aux Hébreux
Ed. du Cerf, collec. "Commentaire biblique: le Nouveau Testament, 15, 2016, 493 p., 39 €

Ce nouvel ouvrage vient prendre place dans la collection « bleue » des éditions du Cerf, collection à la fois critique et accessible, bien précieuse pour les lecteurs francophones. Si l’un des objectifs scientifiques de la collection est de faire apparaître la dynamique du texte pris comme un ensemble, l’entreprise n’est pas facile pour un écrit aussi dense et riche, difficile et énigmatique, que l’épître aux Hébreux. Toutefois, Jean Massonnet (J.M.) relève le défi et conduit son lecteur, de façon systématique et pédagogique, vers une compréhension plus grande et plus claire de cette épître.
J.M. commence par une brève introduction générale, selon les lois du genre, où il tient compte des débats actuels, mais retient en général les positions classiques concernant l’auteur, la date, les destinataires, le milieu culturel et religieux de l’épître. Il est à noter néanmoins que J.M. opte pour une datation plutôt haute sur laquelle il revient à plusieurs reprises : c’est vers les années 60 après J.-C. (p. 31), alors que le culte sacrificiel au Temple est toujours en vigueur (p. 43) ; le rite de Kippour étant « contemporain de notre auteur » (p. 101), etc. Cela n’empêche pas J.M. de mener des comparaisons fréquentes avec la littérature rabbinique, approche bien intéressante certes, mais qui aurait mérité plus de précision quant à la méthode et à la notion de tradition, pour ne pas induire le lecteur dans des confusions de dates.
La structure adoptée suit en général les divisions établies par Albert Vanhoye, sauf pour la partie centrale où J.M. introduit quelques nuances (p. 196 s). Le commentaire présente ensuite chacune des sections délimitées, à partir d’une traduction littérale et des notes de critique textuelle, mentionnant une bibliographie supplémentaire propre à la péricope étudiée, avant d’arriver à l’interprétation du texte et à des « Notes » plus techniques. Le tout est assorti d’une bibliographie générale abondante et de divers index bien utiles pour le chercheur.
Deux grandes qualités de ce commentaire invitent le lecteur à entrer sans peine dans le mouvement du texte et à en apprécier la portée. La première est d’ordre pédagogique : J.M. rappelle brièvement au début de chaque section interprétative le thème principal de la section précédente, traçant ainsi le fil conducteur de l’argumentation d’une unité à l’autre. De même, la structure de chaque micro-unité est reprise dans le mouvement de l’ensemble, en étoffant l’exposé de maints renseignements et connaissances utiles, tant sur le plan littéraire et grammatical que sur le plan historique et culturel.
Un deuxième point de force relève de l’éclairage apporté par les traditions juives, en particulier les points de contact avec le rituel de Kippour, évoqué à plusieurs reprises et dès les premières pages du commentaire. Les excursus sur le repos (katapausis), sur Melkisédeq, sur Kippour sont, entre autres, des exemples réussis de cette mise en parallèle avec des traditions du judaïsme hellénistique ou rabbinique, ce qui permet de lire Hébreux dans une constellation religieuse et culturelle du paysage juif de l’époque, sans parler de dépendance ni de contact direct.
Or, cette attention délicate à l’univers juif de l’épître comporte aussi son revers. À force de nuance, J.M. évite parfois de donner toute la mesure des propos durs de l’auteur de l’épître envers le culte ancien périmé, répétitif, impuissant à purifier les consciences, par opposition à l’offrande unique du Christ qui assure aux hommes le pardon des péchés et la sanctification. Ce contraste frappant serait tributaire de la rhétorique de l’auteur marquée par une « tendance aux extrêmes » (p. 47) ; « Comme souvent, l’auteur va au point extrême de ce qu’il veut exposer » (p. 361) ; mais aussi, selon J.M., « le cadre dualiste, de type platonicien, mis en œuvre pour opposer les deux alliances ou les deux cultes conduit à des affirmations radicales qui demandent à être nuancées » (p. 223). Le lecteur peut avoir quelquefois l’impression que J.M. dialogue lui-même avec l’auteur de l’épître aux Hébreux pour adoucir l’expression de sa critique. Malgré l’insistance sur l’accomplissement parfait de l’ancienne alliance en Christ, souligné par J.M. à plusieurs reprises, quelques affirmations christologiques ou théologiques auraient pu être plus vigoureuses, par exemple en comparant Jésus à Aaron, « les mêmes qualités sont exercées de part et d’autre, mais avec une différence d’intensité qui place Jésus à un niveau éminemment supérieur » (p. 99) ; ou bien, Jésus « apôtre et grand prêtre » est un « délégué, un envoyé pour porter notre confession auprès de Dieu » (p. 102). De même, la mention rapide du thème de la Parole sur le registre de la continuité entre Ancien et Nouveau Testament, contrairement à la discontinuité par rapport au thème du sacrifice (p. 49), aurait mérité un plus ample développement.
Face à un texte complexe et ardu, le commentaire sur Hébreux que nous offre J.M. avec clarté et érudition s’avère important pour tout lecteur qui désire mieux comprendre l’épître, dans le menu de son détail et dans son contexte religieux et culturel. 

■ Yara Matta


Niveau de lecture: aisé

Recension parue dans le Cahier Evangile n° 183, "Les animaux dans la Bible", mar 2018, p.69
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org