31 mars: 4° Dimanche de Carême C
 
 
"Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie"
 

• Première lecture : Josué 5, 10-12
Dieu a donné la Loi à son peuple pour lui indiquer le chemin de la vie et du bonheur. Avant de mourir, Moïse a fermement engagé les fils d’Israël à ne pas dévier de cette voie. Le nom de son successeur, Josué, est de la même racine hébraïque que celui de Jésus : Dieu sauve.
Le livre de Josué s’ouvre avec sa mission de faire traverser le Jourdain au peuple pour entrer en Canaan. Le passage du Jourdain est identique à celui de la Mer Rouge : les eaux se séparent, et le peuple traverse à sec. Puis Josué dresse douze stèles, représentant les douze tribus, en un mémorial circulaire - un guilgal - qui donne son nom à la localité. C’est la fin de l’épreuve du désert, l’entrée dans une terre nouvelle et une vie nouvelle. La première célébration de la Pâque dans ce pays couronne l’action de grâce pour le salut donné. Avec Paul (2ème lecture), onpourrait dire déjà : Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né !
Dès le lendemain, le peuple est en quelque sorte rétabli dans sa dignité et sa responsabilité. Souffrant de la faim dans le désert, il a récriminé contre Dieu en l’accusant de vouloir sa mort. Le Seigneur a alors nourri ses fils en leur envoyant la manne. Un pain venu du ciel que les chrétiens relisent comme l’anticipation de son incarnation en Jésus qui se donnera en nourriture. Aujourd’hui les fils d’Israël peuvent se nourrir des produits de la terre qu’il remet entre leurs mains.
Si les épis grillés manifestent la sédentarité nouvelle du peuple, les pains sans levain les gardent reliés à la Pâque de la sortie d’égypte et à la précipitation du départ empêchant de laisser lever la pâte. Comme la Pâque chrétienne, la Pâque juive est un mémorial : nous reconnaissons que la vie toujours nouvelle que nous recevons nous vient du don sans cesse renouvelé que Dieu nous fait de sa propre vie.

 • Psaume 33,2-7
Les paroles du psalmiste sont bonne nouvelle pour celui qui cherche Dieu, pour le pauvre qui s’en remet à lui. Sommes-nous assez pauvres et blessés ? Assez affamés, apeurés, pour reconnaître que nous ne sommes ni notre propre origine, ni notre propre fin ? Notre vie est dans les mains du Seigneur qui nous veut libres et resplendissants.

 • Évangile : Luc 15, 1-3.11-32
Longues traversées de déserts en tous genres, affrontements communautaires ou familiaux, distanciations volontaires d’avec les parents ou de Dieu pour jouir, croyons-nous, de notre liberté en toute autonomie, etc. Les modalités ne manquent pas pour oublier, renier, rompre avec ceux qui nous ont donnés vie, façonnés, accompagnés. Mais la psychologie comme l’expérience spirituelle savent qu’il n’y a pas d’accès à une vie nouvelle et réellement libre sans pardon donné, sans réconciliation consentie.
La parabole du père d’infinie miséricorde est incluse entre les descriptions de personnages qui, eux, calculent. Pharisiens, scribes et fils aîné estiment que leur observance méticuleuse fait de Dieu leur obligé et jugent qu’il devrait réserver sa générosité à ceux qui en sont dignes. En se situant à mille lieues de celui qui, à l’inverse, se sait indigne d’être appelé son fils, ils s’excluent eux-mêmes de l’amour et demeurent esclaves. Or la joie du Père est de tout partager avec chacun : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !
Se laisser réconcilier avec le Seigneur c’est passer de la mort à la vie ! Paul sait ce qu’il en est d’être réconcilié par le Christ. Dans l’extrait lu aujourd’hui, il emploie cinq fois le verbe ‘réconcilier’ en cinq versets (2ème lecture).
La Pâque célébrée dès l’entrée en Canaan atteste que le peuple reçoit cette terre comme un don absolument gratuit (1ère lecture) : un modèle pour nous situer avec justesse et liberté devant le Seigneur.



On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (2 Corinthiens 5,17-21) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année C/ 2018-2019). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org