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"Ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur"
 

• Première lecture : Siracide 27, 4-7
Mis à part les prophètes, Ben Sira est le seul auteur désigné par son patronyme dans le premier Testament. Il appartient à un milieu lettré, proche du pouvoir, enseigne et commente la tradition d’Israël, vers -200, dans une période assez calme à Jérusalem. Bien avant les interventions brutales d’Antiochus épiphane, il met ses disciples en garde contre le risque de dilution de l’identité juive dans le grand tout hellénistique, vecteur alors de la culture universelle.
Sa méthode consiste à réfléchir à partir d’images très évocatrices : un tamis, un four, un arbre. Ce sont des midrashim : des comparaisons, des métaphores, de petites histoires propres à illustrer un enseignement de sagesse. On en retrouvera trois exemples dans l’évangile de ce jour.
La vision de Ben Sira reste très parlante car elle met en lumière la cohérence entre ce qui est dit et la qualité de celui qui l’émet. On sait d’expérience que certaines paroles peuvent combler, quand d’autres sont capables de disqualifier et même de tuer : notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses (Jc 3, 5).
Parmi nos mots, à côté de bavardages, aussi stériles qu’abondants, il y a ceux que nous adressons véritablement à nos interlocuteurs ou que nous recevons. Ils instruisent, consolent, réjouissent, bref, ils font vivre. Parmi eux, se glissent parfois des pierres lancées pour faire mal. Elles peuvent nous abattre comme nous faire avancer.
Et puis il y a les mots de la prière, ceux que nous adressons à Dieu, selon ce que nous sommes : prodigues ou taiseux. Ils montent vers lui comme un encens. Au terme de leur ascension, ils s’effacent pour laisser apparaître un visage, et dans ses yeux nous trouvons ce que nous attendions. Ils nous disent simplement une infinité d’amour. 

• Psaume 91,2-3.13-16
Ce psaume fait écho à celui qui, il y a deux dimanches, nous montrait le juste comme un arbre près d’un cours d’eau. Le voici maintenant dans le temple du Seigneur où sa méditation et son action de grâce lui donne les dimensions phénoménales d’un cèdre.
En hauteur, il cherche le ciel, en largeur, de sa ramure qui s’élargit aux dimensions de l’humanité, il protège et prodigue une ombre bienfaisante. Par sa vie, se révèle à ceux qui viennent vers lui l’immensité de sa quête, dans sa discrétion même. Il ne peut que rendre grâce, assuré de reposer sur l’indéfectible fidélité de celui qu’il recherche.

• Évangile : Luc 6, 39-45
Quand Ben Sira mesure l’homme à ce qu’il dit, l’évangile attire notre attention sur la qualité de notre regard sur autrui. Ce sont souvent deux faces d’une même médaille : la manière dont nous parlons des autres dépend largement de ce que nous sommes et de ce que nous voyons d’eux.
Il ne s’agit donc pas de fermer les yeux, ce serait le meilleur moyen d’effacer l’autre et de courir à la catastrophe ou à l’indifférence.
Pour faire route avec quelqu’un, nous ne pouvons faire l’économie de le considérer dans sa singularité, avec ses forces et ses limites et de nous exposer longtemps à son regard.
Passés les premiers instants d’enthousiasme ou d’émerveillement, il y a l’épreuve du quotidien où les caractères, les humeurs se mesurent et se frottent. Les tensions et les discussions permettent d’avancer. C’est même par là qu’on se renvoie réciproquement une image plus vraie que celle qu’on voulait donner de soi-même.
L’autre est un miroir. Vouloir le débarrasser de ce que nous percevons chez lui comme un obstacle à la relation que nous entretenons avec lui n’est le plus souvent que la projection de nos attentes. Exiger de l’autre qu’il se débarrasse de ce qui nous déplaît, c’est vouloir qu’il renonce, sur ce point, à ce qu’il est, pour ressembler à l’idée que nous nous faisons de lui.
D’où l’importance de la règle d’or : Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux (Mt 7, 12). La mesure c’est l’autre et, quand notre regard évolue, notre discours, lui aussi, gagne en profondeur car il vient du trésor du cœur (Lc 6, 45)



On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (1 Corinthiens 15,54-58) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année C/ 2018-2019). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org