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"Heureux les pauvres! Quel malheur pour vous les riches!"
 

• Première lecture : Jérémie 17, 5-8
Jérémie fut un solitaire. En conflit ouvert avec le clan sacerdotal dont il était originaire, il en vint à se couper de la vie sociale ordinaire pour rester comme une sorte de vigie qui conteste les attentes illusoires de ceux qui l’entouraient.
Le royaume de Juda, grâce à la mise en œuvre d’une politique qu’on qualifierait aujourd’hui de pragmatique, fut amené à courber l’échine devant l’égypte et devant la puissance montante à Babylone. L’orage grondait au loin, mais il faisait encore bon à l’abri des remparts de Jérusalem.
Le prophète alerte sur les choix que ses contemporains ont à faire. Ils s’avèreront cruciaux : ce sera ou la vie ou la mort, comme l’expose aussi, à la même époque, le Deutéronome : Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur (…), la bénédiction ou la malédiction (Dt 30, 15-20). Tout dépend de l’horizon vers lequel chacun garde les yeux fixés : le relatif confort de sa situation à court terme ou bien l’avenir enraciné sur les promesses de Dieu.
Les mises en garde de Jérémie devraient nous faire réagir, car nous vivons une période similaire à celle que connaissait alors Israël : nos pays sont les plus riches de la planète, saurons-nous entendre le piétinement des pauvres à nos portes ?
La question qui nous est posée, sous forme de souhaits et de regrets, est celle du fondement réel de notre existence. Jérémie a une expression saisissante quand il avertit celui qui limite sa perspective au court terme : il ne verra pas venir le bonheur. Autrement dit, en fondant notre existence sur la satisfaction immédiate de nos besoins, nous ne nous apercevons même pas que l’essentiel est ailleurs. 

• Psaume 1,1-4.6
Le psautier commence par le mot Heureux et se termine par Alléluia ! Ce n’est pas banal ! Il aura dessiné, entre temps, un itinéraire qui fait droit à tout ce qu’aura connu un orant, de la déréliction à l’émerveillement devant l’action de Dieu.
La rumination longue et habituelle de ces chants nous donne une assurance en Dieu telle que la comparaison de l’arbre près d’un cours d’eau prend tout son sens.
C’est la familiarité avec Dieu qui enracine celui qui prie et le nourrit. Il vit avec une assurance qui lui donne d’aller, dans ce qu’il a à traverser, vers celui qui change tout. Ce qu’il est s’ouvre sans cesse à plus grand que lui. 

• Évangile : Luc 6, 17.20-26
Luc, un peu différemment de Matthieu, montre comment Jésus accomplit la figure de Moïse et incarne une nouvelle alliance. Après avoir institué les douze sur la montagne qui rappelle le Sinaï, Jésus descend vers la foule (cf Ex 19, 25) pour lui délivrer un enseignement qui vient accomplir la Loi déjà reçue : les béatitudes. Elles sont ici suivies de quatre déplorations.
Ce qui caractérise l’ensemble, c’est l’opposition d’un univers où il y a un manque à un autre qui serait totalement nanti.
La jouissance apporte certes une sensation de réplétion, mais elle exige, pour se prolonger, de s’enfermer en elle et de s’y étourdir. Quand le manque est refoulé ou nié, il y a une dépense d’énergie folle dans ce que Pascal appelait le « divertissement », une course sans fin pour reproduire le même.
La vie, avec ses incertitudes, ses échecs, ses souffrances, ses deuils ou simplement ses séparations, se charge pourtant de créer du manque.
Pour être heureux, bien avec soi-même et avec les autres, il y a une voie, et elle est étroite : accepter d’être dépouillé de ses sécurités, faire face à l’incomplétude, vivre simplement dans la « dynamique du provisoire », selon le mot du frère Roger Schutz.
C’est là que Dieu nous appelle et se révèle, nous comblant, bien au-delà de ce que nous avions imaginé, nous rendant déjà participants de la résurrection du Christ.
À ce niveau seulement les béatitudes sont de vraies consolations et les déplorations des invitations à lâcher tout ce qui nous encombre. Nous sommes faits pour vivre libres et ouverts. « Si tu fuis hors de toi-même, ta prison courra avec toi et se rétrécira au vent de ta course ; si tu t’enfonces en toi-même, elle s’évasera en paradis. » (Gustave Thibon).


On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (1 Corinthiens 15,12.16-20) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales (Année C/ 2018-2019). Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre et des pistes pour l'homélie.
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org