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Bible et cinéma
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Baron Anne-Marie
La Bible à l’écran
2847066470
La Bible à l'écran
Recension
 
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Recension de « La Bible à l'écran » (Anne-Marie Baron, dir.), par Gérard Billon
 

Anne-Marie Baron, direction
« La Bible à l’écran »
Revue CinémAction n° 160, édi­tions Charles Corlet, 2016, 208 p., 24 €

Curieusement, il n’y avait pas, en français, d’ouvrage sur le sujet ; il avait seulement été traité de biais dans un excellent numéro de la même collection intitulé « Croyances et sacré au cinéma » (n°134, 2010). Spécia­liste reconnue de Balzac et de l’adaptation littéraire au cinéma, lectrice attentive de la Bible, Anne-Marie Baron (A.-M. B.) s’y est risquée, entourée de dix-sept auteurs, parmi lesquels on citera Claude Aziza, rompu au genre « péplum », ou Adele Rein­hartz, auteure canadienne d’une étude non traduite en fran­çais : Scripture on the silver screen (2003). La contribution de cette dernière sur les « saints héros d’Hollywood » concerne sur­tout la caractérisation de Jésus comme personnage de cinéma ; on pourrait la continuer en revenant sur sa caractérisation diversifiée dans les évangiles. De même, la référence obligée à Pier Paolo Pasolini (par René Marx) repose la question fort ancienne du « sacré ».

L’ouvrage comprend vingt articles organisés en cinq sec­tions : « Péplums bibliques », « Jésus-Christ vedette de ciné-ma », « Mauvais genres ? Grands cinéastes », « Télévi­sion et cinéma », « Métaphores bibliques : Morale et métaphy­sique en action ». On pourra regretter ici ou là des impré­cisions exégétiques, mais on ne niera pas la compétence proprement esthétique. Deux insistances méritent d’être sou­lignées : d’une part la question est traitée en tenant compte de la réception tant en judaïsme qu’en christianisme et d’autre part des genres tels que le wes­tern ou les séries B sont exami­nées – ainsi que le film docu­mentaire. Enfin, outre l’ombre contrastée de Cecil B DeMille, on (re-)découvre quelques cinéastes majeurs dont les oeuvres, non bibliques, sont travaillées par des récits ou des motifs bibliques : ils sont célèbres tels Daren Aronovsky, les frères Coen, Terrence Malick ou moins connus tel John Michael McDonagh.

A.-M.B. signe plusieurs articles dont l’un, avec Italo Manzi, sur les « héroïnes bibliques, icônes cinématographiques » ; la typolo­gie même (Matriarches, Vierges, Traîtresses, Courtisanes) est tiraillée entre les sources scripturaires et la réception libre où l’imaginaire (individuel, social) s’affole : éloquent est le parcours de Salomé, jamais nommée dans la Bible, ou de Marie-Madeleine, « inventée » à partir de données éparses. Mais on lira aussi avec intérêt son Préambule. Ample (avec hommage à Northrop Frye et Robert Alter), il invite à pour­suivre le sillon de « l’histoire de la réception ». En suspens, une question : la réception – ici par le cinéma – permet-elle de relire à nouveau (et comment ?) les textes sources ?

                                                                                                  Gérard Billon

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 179.

 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org