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Blanchard Yves-Marie
L’Église mystère et institution selon le quatrième évangile
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Voici l’homme. Éléments d’anthropologie johannique
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L'Église mystère et institution selon le quatrième évangile – Voici l'homme. Éléments d'anthropologie johannique
Recension
 
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Recension des livres d'Yves-Marie Blanchard : "L'Église mystère et institution selon le quatrième évangile" et "Voici l'homme. Éléments d'anthropologie johannique", par Gérard Billon
 

Yves-Marie Blanchard
• L’Église mystère et institution selon le quatrième évangile
Desclée de Brouwer, « Théologie à l’Université » n°26, 2014, 240 p., 23 €
• Voici l’homme. Éléments d’anthropologie johannique
Artège-Lethielleux, « Théologie Biblique », 2016, 184 p., 22 €

Yves-Marie Blanchard (Y.-M.B.) professeur émérite de l’Insti­tut catholique de Paris, a déjà publié en 2013 L’Évangile du Christ-Roi ou la figure johan­nique de l’Agneau (voir Cahiers Évangile n°169, 2014, p. 61). La parution de son dernier ouvrage, Voici l’homme, permet de revenir sur ce qui s’avère une trilogie.

L’étude christologique du cor­pus johannique – Y.-M.B. tient à l’unité évolutive de l’évangile, des lettres et de l’Apocalypse (celle-ci est néanmoins peu pré­sente dans ses deux dernières études) – s’ouvre sur un volet ecclésiologique avec L’Église mystère et institution (2014). Dans une première partie (« Les figures d’autorité dans la communauté johannique »), il commence par distinguer net­tement Pierre (relié aux Douze) et le Disciple bien-aimé (relié aux autres disciples) avant un chapitre novateur sur les per­sonnages féminins, résumés en quelque sorte dans Marie de Magdala, caractérisée par une relation « fondatrice » à Jésus Christ, une conversion qui adhère au mystère de la Croix et la « capacité de por­ter aux autres le témoignage d’une expérience de foi, per­sonnelle et radicale » (p. 118). La deuxième partie (« Les méta­phores de l’Église dans l’Évan­gile johannique ») s’attache aux images du berger, de la porte, de la vigne, avant de s’attarder, avec Jn 13–17, sur l’Esprit Saint. Son rôle de Paraclet (défenseur) se comprend sur fond d’hosti­lité à l’égard des chrétiens et de crises internes de l’Église. Il permet d’articuler la figure de Jésus, envoyé du Père, avec le mystère pascal en son entier et le magistère historique reconnu au Disciple bien-aimé. En conclusion, Y.-M.B. revient sur cette conviction : l’Église est bien plus qu’une institution puisqu’elle est « mystère », non exempte de défaillances – dont la moindre n’est pas le péché contre l’unité. Mais il ajoute, acteur oecuménique convaincu, que le modèle ecclésial johan­nique discute les pôles d’auto­rité. La figure de Pierre – surva­lorisée dans sa réception mat­théenne – « joue » avec celle du Disciple bien-aimé mais aussi de Nathanaël, de Nico­dème, des soeurs de Lazare, de Marie de Magdala. Pour le dire autrement que Y.-M.B., le jeu n’est pas ludique mais musical, symphonique – et sans doute, aujourd’hui, utopique.

Le dernier volet de la trilo­gie, Voici l’homme (2016), est anthropologique, dimension en général peu valorisée dans les études johanniques. Mais, on le pressent dès le titre, il ne cesse pas d’être christologique, dans la mesure où Jésus, « être de chair » – et donc parado­xalement éloigné de la réalité du Père – porte à l’extrême les quatre verbes aimer-vivre-croire-connaître. Face à lui, grâce à lui, l’homme vrai est le croyant, celui qui est sauvé, la « créature comblée de l’amour divin et recevant de l’adoption filiale le plein épanouissement de son être » (p. 151). Un peu plus ardu que les précédents ouvrages à cause d’une approche moins narrative et plus « résolu­ment sémantique, centrée sur les mots eux-mêmes » (p. 9), il demande une lecture plus lente, si possible avec le texte évangé­lique devant soi. L’évangile de Jean et la première épître sont parcourus et, d’un chapitre à l’autre, on retrouve les mêmes épisodes ou ensembles. Pour apprécier l’argumentation, il convient de les relire, le sens des mots n’étant pas accessible hors de leur contexte immédiat. Qui accepte la règle va au-devant de belles analyses groupées théma­tiquement en sept chapitres : « Qu’est-ce que l’homme ? », « Un être de chair », « Lumière et ténèbres », « Amour et vie », « Justice et péché », « Voir et croire », « Connaître et témoi­gner ». Au final, le vocabulaire johannique, même abordé dans d’autres ouvrages, retrouve ici souffle et vigueur. Tout converge, me semble-t-il, vers le « connaître ». Bien loin de la gnose (salut par la connais­sance), la notion se veut rela­tionnelle, existentielle, exi­geante et « vécue dans l’amour » (p. 149). On retrouve alors la dimension ecclésiologique avec l’action de l’Esprit Saint quand le disciple devient un témoin dans le sillage du Christ, témoin véritable.

                                                                                                 Gérard Billon

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 179.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org