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Peuple de Dieu
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Collectif
« Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » (Ez 36,28). Réalisations et promesse.
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Recension du livre : "« Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » (Ez 36,28), Réalisations et promesse. XXVe Congrès de l'Acfeb, Lyon, 1er-4 septembre 2014" (François Lestang, Marie-Hélène Robert, Philippe Abadie, Marc Rastoin, éds), par Françoise Laurent
 

François Lestang, Marie-Hélène Robert, Philippe Abadie, Marc Rastoin, éds
« Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » (Ez 36,28). Réalisations et
promesse. XXVe Congrès de l’Acfeb, Lyon, 1er-4 septembre 2014
Lessius, « Le livre et le rouleau », n° 51, 2016, 488 p., 47 €

Richesse et profondeur jaillissent des Actes du Congrès de l’Acfeb centré sur le peuple de Dieu. Ils manifestent une certaine complétude et homogénéité traversant les choix tant la double approche biblique et théologique contient de questionnements, perspectives, croisements implicites échappant à la diversité qui fragmente. Vingt-quatre contributions (12 AT, 8 NT, 4 en théologie) travaillent la citation d’Ez, le dynamisme de sa signification à travers des réalisations et des promesses déjà accomplies dans l’histoire, encore en devenir et avenir eschatologique.

Une typologie en quatre étapes de l’histoire montre l’identité d’Israël comme peuple du Seigneur se définissant dans la tension entre assimilation aux autres nations et singularité irréductible (J.-L. Ska). Des origines à l’époque hellénistique, les interventions en dégagent les fondements et les déplacements. Fondements : humain capable d’alliance (C. Vialle), alliance de présence (S. Anthonioz) mais aussi l’émergence du concept (T. Römer). Déplacements : de la monarchie davidique à Esdras à travers l’épaisseur du texte (J. Vermeylen), dans la parole prophétique avec un jeu de données (terre, filiation, Serviteur) (B. Gosse). Des polarités interprètent ce qui se joue, particularisme et universalisme, perspectives exclusive ou inclusive. Ces dernières sont fortes dans les relectures deutéronomiste et sacerdotale (T. Römer), dans les modèles de l’époque perse, identitaires, exodique ou autochtone, interrogeant le vrai peuple de Dieu (P. Abadie). Les approches se conjuguent, historique et rédactionnelle, narrative, dans un dialogue entre Ex et Is (D.  Luciani). Ce sont aussi des façons variées de cerner la notion de peuple du Seigneur, à travers une alliance, une élection, mais aussi dans le rapport éthique à la Loi en Josué (M.-F. Dion et C. Jamieson), chez Amos et Osée (P. Martin de Viviès), dans le rapport d’Israël à la terre (K. Berthelot). D. Boyarin pose alors la question de la reconnaissance du peuple avec celle du judaïsme comme religion.

Le déplacement introduit par la prédication du Christ est lisible dans le lexique, « peuple » et « nations » (laos et ethnos) étant le lieu d’une subversion diversement exprimée car le peuple s’étend aux dimensions des nations (C. Grappe). La nouveauté de ce qui définit les disciples du Christ engendrent des questions, la distance avec Israël n’est jamais dissociée d’un ancrage inaliénable et des relations église/Israël. Les frontières glissent selon des notes variées : universalisme tout en suggestion dans le récit matthéen (C. Rohmer), place de l’accueil du Royaume attendu en Lc et Ac (D. Angers), mutation inscrite dans un récit fondateur apparenté aux mythes grecs en Ac (S. Butticaz), interprétation de Paul par des substitutions verbales et des silences pour dire la nouveauté et la place d’Israël (J.-N. Aletti), transformation avec la nouvelle Alliance (S. Beauboeuf et C. Tassin), notion élargie du « peuple de Dieu » caractérisé par la foi et relié à la tradition d’Israël en Hb (J. Massonnet), par des catégories typiques d’Israël tues ou attribuées aux destinataires, une formule (race, royaume, nations, peuple) en 1 P engageant un rapport positif à Israël (F. Lestang). 

La partie théologique permet, avec recul, de faire apparaître des lignes de force. La relation Juifs-chrétiens est vivante avec le propos de R. Krygier sur la terre dans la conscience juive,. L’expression, « peuple de Dieu », rare dans la Bible mais au cœur de Vatican II, est vue dans son rapport au peuple d’Israël avec des avancées et des limites, ouverte vers un accomplissement (M.-H. Robert). Elle est interrogée dans son association nécessaire à des concepts tels que la communion ou le Royaume (M. Rastoin). Sa fécondité pour l’église, mission et dialogue, est valorisée par A. Guggenheim qui souligne la lecture des écritures engagée, lecture spirituelle, unité des écritures, analogie de la foi, éclairant la double approche du Congrès. Au terme, celle-ci souligne une double promesse dans le lien implicite entre l’objectif inouï de la Montagne sainte pour « toutes les familles de la terre » (R. Krygier) et la pluralité de sens de peuple de Dieu, « humanité entière selon la protologie et l’eschatologie », à la fois « un » peuple de Dieu et « des » peuples de Dieu (A. Guggenheim).

                                                                                            Françoise Laurent

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 179.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org