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Flavius Josèphe
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Collectif
Flavius Josèphe : l'homme et son oeuvre
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Malgré un itinéraire fort discutable, l'historien juif Flavius Josèphe occupe une place privilégiée en tant que témoins de la Palestine au premier siècle de notre ère...
 

Juillet 67  de notre ère... Depuis quatorze mois la guerre fait rage entre Juifs et Romains. Après quarante-sept jours de siège, les troupes de Vespasien viennent de prendre et de détruire Jotapata, une place forte galiléenne. Josèphe, âgé de trente ans, défenseur de la ville et chef des insurgés de Galilée, se réfugie dans une citerne profonde avec quarante compagnons. La cachette est découverte. Vespasien invite Josèphe à se rendre et lui promet la vie sauve.

Pour ses compagnons, accepter serait une trahison : tous mourront plutôt que de se rendre. Josèphe réussit à les dissuader du suicide et leur propose de s'égorger réciproquement selon un ordre fixé par le sort. Il reste bientôt seul vivant avec un compagnon, « faut-il dire par l'effet du hasard ou de la Providence divine ? » précise-t-il, embarrassé. Il semble bien qu'il ait traqué le tirage au sort. Josèphe se livre donc à Vespasien auquel il prédit l'Empire. Sans beaucoup de succès il exhorte ses compatriotes à déposer les armes. Mais le prisonnier monte peu à peu dans la faveur des vainqueurs. La guerre terminée, il devient citoyen romain, ajoutant à son nom celui de la famille de ses protecteurs, Flavius. Riche et considéré, il coulera désormais des jours heureux dans la capitale impériale.

La manière dont il avait sauvé sa vie laissa sans doute quelques remords dans l'âme de Josèphe. De cette mauvaise conscience naquit une œuvre littéraire. Aux yeux de ceux qui l'accusaient de trahison, Josèphe voulut justifier son passage au camp romain et présenter son explication de la guerre juive. Les Juifs se sont détruits eux-mêmes par leurs divisions sectaires. Dieu les a châtiés et a donné aux Romains une force irrésistible. Tel est le thème de son livre : La Guerre des Juifs, dont l'édition araméenne a disparu. La version grecque, développée, parut entre 7C et 79. Josèphe raconte les événements dont il a été témoin, mais il les éclaire en remontant dans le temps jusqu'à la révolte des Maccabées, au second siècle avant notre ère.

Le choix politique de Josèphe ne signifiait aucun abandon de ses convictions religieuses juives. Il souffrait même beaucoup de l'ignorance et du mépris dans lesquels le monde gréco-romain tenait les Juifs et la Bible. Aussi entreprend-il de faire connaitre aux Grecs des traditions aussi vénérables et plus anciennes que les leurs dans ses Antiquités judaïques (ou Histoire ancienne des Juifs) parues en 93 ou 94.

Juste de Tibériade, un ancien compagnon de lutte et son rival en Galilée, vient-il à contester le rôle de Josèphe dans la guerre, aussitôt ce dernier se justifie en publiant sa Vie (Autobiographie) qu'il ajoute en appendice à une nouvelle édition des Antiquités, à la fin du premier siècle.

Des Grecs d'Alexandrie, dont un certain Apion, mettent en cause les affirmations de Josèphe dans les Antiquités : l'ancienneté du peuple juif n'est pas attestée dans les sources grecques. Le témoignage de la Bible est sans valeur. L'antisémitisme colporte des ragots sur les mœurs des Juifs. Alors Josèphe se remet à I'œuvre pour démontrer l'antiquité de la tradition biblique et pour défendre les valeurs du Judaïsme, dans un livre qui nous est resté sous le titre de Contre Apion. Tels sont les quatre ouvrages que nous avons conservés de Josèphe, sans doute les seuls qu'il ait écrits.

S'il n'avait tenu qu'aux Juifs, il est probable que l'œuvre de Josèphe ne nous serait jamais parvenue. Josèphe n'est cité dans la littérature juive qu'à partir du Xe siècle. En revanche ses écrits intéressèrent vivement les chrétiens qui très tôt le citent et l'utilisent : Origène, Eusèbe de Césarée, Jérôme et bien d'autres dans la suite. Les chrétiens ont vu dans Josèphe le complément des Écritures et particulièrement du Nouveau Testament. Comme les Evangiles ou les Actes, Josèphe parle d'Hérode et de ses descendants, des procurateurs de Judée, Ponce Pilate, Félix... Bien plus il parle de Jean-Baptiste, de Jésus et de Jacques. Par ailleurs, le souci de Josèphe de montrer l'antiquité de la religion juive rejoignait les préoccupations de l'apologétique chrétienne : Moïse dont les chrétiens se réclamaient tout autant que les Juifs était antérieur aux philosophes grecs. C'était la preuve de la véracité de la révélation biblique et du christianisme. Enfin Josèphe racontait cette ruine de Jérusalem que Jésus avait prédite. La destruction de la ville sainte montrait la caducité de la religion juive. Un nouvel Israël avait remplacé l'ancien. Les écrits de Josèphe étaient donc bien proches des écrits révélés.

Beaucoup ont souligné les limites de l’œuvre de Josèphe, son peu de rigueur chronologique, son exagération dans les chiffres quand ils concernent les personnes, sa volonté perpétuelle de se défendre ou de se mettre en valeur, ses préjugés de classe, etc... Son comportement pendant la guerre juive, le profit qu'il a tiré de son ralliement aux vainqueurs ne le rendent pas très sympathique. Il faut reconnaître toutefois que l'attachement de Josèphe au judaïsme nous a valu de conserver des événements et des renseignements qu'il est le seul à nous transmettre. « Sans Josèphe, nous ne saurions presque rien des destinées du peuple juif pendant les deux derniers siècles de son existence nationale, rien du milieu historique où a pris naissance le christianisme » (Th. Reinach en 1930). Sans doute, les découvertes de Qumran nuancent-elles aujourd'hui cette affirmation.

Les extraits de l'œuvre de Josèphe proposés ici se veulent un éclairage sur la Palestine du premier siècle et donc sur les origines du christianisme. Ils nous aideront à mieux conaître cette terre et ce peuple où s'enracine l'Évangile.

© Collectif, SBEV / Éd du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 36 (juin 1981), « Flavius Josèphe », p. 5-6.

 
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