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Création
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Déluge
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Seux Marie-Joseph
La création et le déluge d'après les textes du Proche-Orient ancien - Introduction
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L'antériorité de ces textes du Proche-Orient ancien (Mésopotamie, Égypte et Ougarit) par rapport aux pages de la Bible qui traitent de la création et du déluge notamment est indiscutable, parfois même l'emprunt est manifeste...
 

La région de la Mésopotamie ancienne qui s'étendait de l'actuelle Bagdad à l'embouchure d'alors du Tigre et de l'Euphrate dans le Golfe Persique était traditionnellement divisée en pays d'Akkad au nord-ouest et pays de Sumer au sud-est. Dans ce dernier, résidait principalement une population dont on ne sait pas si elle y était venue (mais d'où ?) se superposer à une autre entre 3 500 et 3 000 avant J.C., comme on l'a pensé longtemps, ou si elle y était avec une autre depuis toujours, c'est-à-dire depuis que la basse Mésopotamie était devenue habitable, comme on tend aujourd'hui à le penser. Ces gens avaient une langue qu'ils appelaient l'Émegi mais qu'à la suite des anciens Babyloniens nous appelons le sumérien (Shoumerou), langue de type agglutinant mais qu'on n'a pu rattacher à aucun groupe linguistique du même type. C'est pour cette langue qu'ils inventèrent, vers3 200, I'écriture sur tablettes d'argile fraîche que nous appelons écriture cunéiforme, c'est-à-dire enforme de coins ou de clous par suite de la façon dont était taillé et manié le roseau qui servait à écrire.

Dès le milieu du troisième millénaire, cette écriture fut adoptée pour transcrire leur propre langue par des sémites établis sur le Moyen Euphrate et en basse Mésopotamie et qui devinrent progressivement majoritaires dans une région où un sémite entreprenant, Sargon l'ancien, se fit roi et fonda une capitale, Akkadé (qu'on n'a pas retrouvée). C'est cette capitale qui donna leurs noms au pays auquel on a fait allusion plus haut, le pays d'Akkad, et à la langue qu'on y parlait, l'akkadien (akkadou). Cette langue, totalement différente du sumérien (autant que le français l'est du chinois) et parente de l'hébreu et de l'arabe, supplanta progressivement le sumérien jusqu'à extinction de ce dernier comme langue usuelle vers la fin du 3e millénaire, tandis que disparaissaient aussi les Sumériens comme ethnie; mais le sumérien resta encore longtemps en usage comme langue savante et langue liturgique.

L'époque dite « babylonienne ancienne », qui va du XXe au XVIIe siècle inclus fut en effet une époque où non seulement on recopia avec assiduité les trésors de la littérature sumérienne pour qu'il ne s'en perde pas, mais aussi où on continua à composer en sumérien, et, comme le latin en Occident, le sumérien resta pendant des siècles la langue liturgique par excellence: certaines prières étaient encore faites en sumérien au cours de cérémonies dans le temple du dieu Anou à Ourouk au IIIe siècle avant J.C. ! Mais comme le sumérien devenait de moins en moins familier, on composa des textes bilingues, c'est-à-dire où chaque ligne en sumérien était accompagnée, à côté ou en dessous, de sa traduction en akkadien.

Mais on composa aussi en akkadien dès une époque très ancienne. C'est en cette langue que Sargon et ses successeurs de la dynastie d'Akkadé (de 2300 à 2100) firent rédiger le récit de leurs hauts faits (Sargon le fit aussi en sumérien), à la fin du XIXe siècle, les lois de la ville d'Eshnounna à l'est du Tigre et, au XVIIIe, le célèbre « code » du roi de Babylone Hammourabi (1792-1750) sont en akkadien alors que les recueils de lois antérieurs sont en sumérien; c'est au plus tard au XVlle siècle que fut composé le poème d'Atra-hasis qui sera longuement cité ici; et l'une des plus belles prières de la littérature akkadienne est de la même époque. On pourrait encore citer bien d'autres œuvres des mêmes siècles.

Si dans quelques cas ce sont les originaux eux-mêmes qui nous sont parvenus, par exemple les inscriptions dédicatoires des rois sumériens de la 1re dynastie de Lagash (de 2490 à 2350) ou les inscriptions des statues du prince Goudéa de Lagash(2141-2122) et le récit, sur les deux cylindres d'argile conservés au Louvre, de la dédicace du temple que ce prince construisit au dieu Ningirsou, dans l'immense majorité des cas nous n'avons de la littérature sumérienne que des copies faites aux alentours du XVIIIe siècle. La situation est d'ailleurs analogue pour beaucoup d'œuvres littéraires en akkadien que nous ne connaissons que par les copies qu'en avait fait faire, au VIIe siècle, le roi d'Assyrie Assourbanipal pour sa bibliothèque de Ninive.

Il arrive pourtant qu'on parvienne à dater un original qui ne nous est pas parvenu : ainsi, par exemple, quand un hymne à un roi mentionne explicitement celui en l'honneur de qui il a été composé, il est à peu près certain qu'il a été écrit par un poète de cour du vivant du roi mentionné, ce qui, si ce roi est Shoulgi, nous amène au XXIe siècle; quand une œuvre en sumérien est signée de la poétesse Enhédouanna, fille de Sargon l'ancien d'Akkadé, nous atteignons le XXIIIe siècle. On peut même, exceptionnellement, remonter encore plus haut : ainsi, des fragments d'un hymne connu et représenté par de nombreuses copies des XVIIIe et XVIIe siècles ont été trouvés parmi des tablettes qu'on peut dater des environs de 2500 et la comparaison a montré que le texte primitif avait été transmis fidèlement, avec peu d'omissions ou d'interpolations pendant près de huit siècles.

Ces quelques notes montrent la haute et même parfois la très haute antiquité des textes dont quelques-uns seront présentés plus loin. Leur antériorité par rapport aux pages de la Bible qui traitent des mêmes sujets est indiscutable; parfois même l'emprunt est manifeste, comme dans le cas de la formation de l'homme avec de l'argile ou dans celui du déluge; mais alors les traditions mésopotamiennes ont été filtrées pour les mettre en harmonie avec le monothéisme d’Israël et n'en garder que ce qui était utile à l'évolution spirituelle de ce peuple ou au moins compatible avec elle. Et cela laisse deviner que l'Esprit Saint était à l'œuvre.

© Marie-Joseph Seux, SBEV / Éd du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 64 (juin 1988), « La création et le déluge d’après les textes du Proche-Orient ancien », p. 8-9.

 

 

 
 
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