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Briend Jacques
La création et le déluge d'après les textes du Proche-Orient ancien - Avant-propos
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En présentant les origines de l'homme et de l'univers d'après les textes du Proche-Orient ancien (Mésopotamie, Égypte et Ougarit) ce Supplément veut apporter une contribution limitée, mais réelle, à la compréhension des premiers chapitres de la Genèse...
 

En présentant les origines de l'homme et de l'univers d'après les textes du Proche-Orient ancien (Mésopotamie, Égypte et Ougarit) ce Supplément veut apporter une contribution limitée, mais réelle, à la compréhension des premiers chapitres de la Genèse. Tous ceux qui ont à présenter ces textes à un groupe connaissent les difficultés que l'on rencontre et il est nécessaire d'écarter les incompréhensions dont ils sont l'objet avant d'aboutir à leur véritable signification. Peut-on avoir un regard neuf sur ces vieux textes ? Une des voies possibles pour acquérir ce regard est d'accepter un détour par les textes du Proche-Orient ancien. En effet ces textes nous offrent à leur manière une genèse de l'homme et de son monde, c'est-à-dire une compréhension des origines dans une perspective religieuse.

Avant que le peuple d'Israël à la lumière de sa propre foi se donne sa propre vision des origines, d'autres cultures s'étaient efforcées dans le cadre littéraire du mythe ou de la légende d'apporter une réponse aux grandes interrogations de l'homme vivant en société: Que sommes-nous ? Quelle est notre relation aux dieux ? Comment comprendre ces réalités que sont le travail, le couple humain, I'enfantement, le culte ? Quel est l'ordre de ce monde ? Qui préside aux forces présentes en ce monde et à qui obéissent-elles ? Comment comprendre ces fléaux qui s'abattent sur l'humanité (sécheresse, famine, maladies, déluge) ? Autrement dit, la réflexion d'Israël n'est pas la première en date et, sans cesser de faire œuvre originale, elle s'inscrit dans une longue recherche religieuse; de part et d'autre les questions sont les mêmes si les réponses ne sont pas identiques. A cet égard une comparaison des textes bibliques avec les textes du Proche-Orient ancien doit permettre de relever ressemblances et différences; plus fondamentalement elle doit permettre de saisir l'acte de l'esprit humain par lequel celui-ci s'interroge sur les origines, de comprendre à travers une dramatique et un langage symbolique l'enjeu humain qui se manifeste dans les récits.

Le désir de se comprendre en remontant aux origines n'est pas un jeu puéril, car il en va du sens de l'existence humaine, de son rapport à la divinité et donc d'une certaine espérance. Si la lecture des textes anciens fait découvrir cette perspective, alors il devient difficile de réduire les textes bibliques à quelques images d'Épinal ou encore de leur opposer une vision scientifique du monde et de l'homme.

La première règle de lecture qui s'impose est de prendre au sérieux ces textes, qu'ils soient bibliques ou non, et de ne pas trop vite les considérer comme des tentatives inutiles ou dépassées, incapables de nous instruire. Cette prise au sérieux du mythe comme mode de réflexion sur les origines peut nous aider à lire avec patience les premiers chapitres de la Genèse, ce qui aura pour conséquence de ne pas y projeter nos idées toutes faites ou nos objections.

Faire de Gn 2-3 une histoire de pomme un peu simpliste, c'est ne pas prendre le texte au sérieux, car il dit quelque chose d'important sur i'homme dans son rapport avec Dieu; c'est oublier ce que dit le texte de l'Ecriture: il s'agit de la manducation du fruit de l'arbre de la connaissance; or la manducation, acte fondamental lié à la vie, sert dans le Deutéronome (8, 3) à rappeler que 1'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu et ce qui sort de la bouche de Dieu, c'est la Loi du Sinaï (cf. Mt 4, 4).

Faire de Gn 2-3 un récit de paradis où I'homme ne travaillerait pas n'est pas plus sérieux, car si le texte insiste sur la bienveillance de Dieu à l'égard de l'homme en le plaçant dans le jardin, ce jardin fait partie de la terre et l'homme y est placé par Dieu pour le cultiver et le garder. D'une certaine manière le jardin n'est-il pas symbole de la Terre promise ? Bien loin de nous renvoyer à un passé inaccessible, le texte biblique ouvre un avenir à l'homme en ce monde.

Le texte biblique s'efforce de comprendre le destin de l'humanité face au Dieu vivant, celui qui s'est manifesté à Moise. Il n'y a donc intelligence du texte sacré que dans le cadre de la totalité de l'Écriture, c'est-à-dire dans le cadre de l'expérience croyante d'Israël.

On objectera peut-être à ce rapprochement entre textes bibliques et textes extrabibliques que la Palestine ne pouvait connaître ces écrits élaborés en Mésopotamie ou en Égypte. En guise de réponse, nous nous contenterons d'indiquer quelques données concrètes. À Meguiddo, on a retrouvé il y a quelques années un fragment de l'épopée de Gilgamesh, malheureusement hors stratigraphie puisque la découverte a été faite par un touriste. Les fouilles entreprises sur le site de Haçor ont mis au jour un texte divinatoire sur foie en argile portant une inscription en cunéiforme; I'objet date du Bronze Récent I (1550-1400 av. J.-C.). Enfin, lors de fouilles récentes, on a découvert à Apheq dans la plaine de Sharon un lexique trilingue sumérien-akkadien-cananéen dans un niveau d'occupation du XIIIe siècle av. J.C. Tout ceci montre que l'écriture cunéiforme était répandue en Canaan jusqu'au XIIIe siècle, juste avant l'installation des tribus d'Israël dans le pays. S'il fallait un témoignage supplémentaire, on rappellera l'importante correspondance entre les roitelets de Canaan et le pharaon Aménophis IV trouvée à Tell el Amarna en Égypte; ces lettres du XIVe siècle sont écrites en cunéiforme et comportent des mots et expressions cananéennes. Au même endroit furent retrouvés également des textes mythologiques akkadiens. Ainsi 1a diffusion de la culture akkadienne jusqu'en Égypte est amplement illustrée.

Précisons encore que ce Supplément n'est qu'un instrument de travail; il ne permet pas d'expliquer par le seul jeu des influences tous les détails des textes bibliques, mais il nous fait pénétrer dans un mode de réflexion qui se veut concret. En décrivant une situation originelle, I'homme cherche à se comprendre ainsi que le monde qui l'entoure. Raconter la formation de l'homme et de la femme ou celle de l'univers, ce dont personne n'a été témoin, est une audace extrême, mais une audace nécessaire pour l'homme qui vit en ce monde.

© Jacques Briend, SBEV / Éd du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 64 (juin 1988), « La création et le déluge d’après les textes du Proche-Orient ancien », p. 4-5.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org