451
Résurrection
1621
Thomas d'Aquin
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Emery Gilles
La manifestation du Ressuscité chez Thomas d'Aquin
 
 
Les rencontres du Ressuscité trouvent place dans deux lieux majeurs de l'oeuvre de Thomas d'Aquin : ses synthèses théologiques et ses commentaires évangéliques...
 

Frère Thomas d'Aquin (1224/1225 - 1274) fut tout d'abord, suivant le nom désignant officiellement le maître enseignant la théologie au XIIIe siècle, un "maître en Écriture Sainte" (magister in sacra pagina). Lire et expliquer la Bible constituait la tâche ordinaire du maître en théologie : c'est ainsi que Thomas lui-même comprit sa nouvelle tâche lorsqu'il prononça sa leçon inaugurale à Paris, en 1256. Suivant l'adage formulé par Pierre le Chantre à la fin du XIIe siècle (« lire, disputer, prêcher »), que l'œuvre de Thomas d'Aquin illustre assez amplement, c'est en lisant l'Écriture que le théologien élabore une réflexion destinée à nourrir la prédication.

Les rencontres du Ressuscité trouvent place dans deux lieux majeurs de l'œuvre du maître dominicain: ses synthèses théologiques et ses commentaires évangéliques. La redécouverte de l'œuvre scripturaire de Thomas invite à ne pas séparer ces deux domaines: la lecture des évangiles ne se limite pas aux commentaires bibliques proprement dits, pas plus que la réflexion théologique n'est réservée aux œuvres de synthèse.

Ces dernières témoignent ici d'une option remarquable: à la suite de la Somme attribuée à Alexandre de Halès, Thomas d'Aquin est l'un des premiers théologiens scolastiques ayant tiré la résurrection du Christ du traité des "fins dernières" où, dans une approche généralement fort réduite, l'avaient confinée ses prédécesseurs, pour lui accorder une place de choix au sein de sa christologie. À cette "réintégration" christologique de la résurrection, dont Thomas s'attache désormais à souligner la portée salvifique, s'ajoute une autre option, neuve elle aussi dans le contexte théologique du XIIIe siècle : lorsque, à Paris puis à Rome (1271/72 - 1273), Thomas d'Aquin rédige la troisième partie de sa Somme de théologie (où l'exposé de la foi au Christ prend place), il y insère une vaste section de théologie biblique exposant les mystères évangéliques de l'humanité du Christ, de la sanctification de la Vierge Marie jusqu'à l'exaltation du Christ pour le jugement (questions 27-59).

Les enjeux ne sont pas négligeables: d'une part, la résurrection du Christ, manifestée par ses rencontres avec les témoins, finalisé le regard que Thomas porte sur l'incarnation, la vie du Christ et sa passion. D'autre part, la lecture des récits de rencontres du Ressuscité comporte un net accent sotériologique, puisque la réflexion sur le Christ et celle sur le salut sont unies dans le même corps de doctrine: le Christ est ressuscité et s'est manifesté aux disciples pour notre salut.

Cette lecture théologique est observée ici à l'œuvre dans le commentaire de S. Thomas d'Aquin sur Jean 20,19-23. Rédigée à Paris, vers 1270-1272 probablement, la Lectura supet Ioannem est l'aboutissement d'un long travail préparé par la consultation de nombreux commentaires patristiques, grecs et latins, que Thomas a rassemblés dans sa Glose continue sur les évangiles, appelée plus tard "Chaîne d'or" (Catena aurea). Le commentaire sur Jean, fruit du dernier enseignement de Thomas, fut recueilli par son secrétaire et ami Raynald de Piperno, puis très probablement révisé par le maître. il s'inspire abondamment d'Origène, d'Augustin et de Jean Chrysostome en particulier. La lecture s'attache au sens littéral, mais sans dédaigner les sens spirituels de l'Écriture.

© Gilles Émery, SBEV / Éd du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 108 (juin1999), « Les rencontres pascales avec le Ressuscité », p. 75-76.

 

 
 
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