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Epître aux Romains
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Barth Karl
L'épître aux Romains
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L'épître aux Romains
Recension
 
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Recension du livre de Karl Barth : "L'épître aux Romains", par Christophe Raimbault.
 

Karl Barth, L’épître aux Romains
Traduit de l’allemand par Pierre Jundt, avant-propos de Chris­tophe Chalamet, Labor et Fides, réédition 2016, 516 p., 29 €

Alors que les protestants com­mémorent les 500 ans de la Réforme, voilà une nouvelle édi­tion de ce grand commentaire qui a fait date. Pourquoi ? Quelle actualité a-t-il aujourd’hui ? Dans son avant-propos inédit, Christophe Chalamet (C.C.) pose ces questions. Le commen­taire de Romains par Karl Barth (1886-1968) est paru en alle­mand en 1918, puis sous forme révisée en 1921. Il a été réédité six fois et traduit en français en 1972. Dans cette réédition, on retrouve la note liminaire du tra­ducteur et la préface de chacune des six éditions en allemand.

Pour C.C., ce commentaire « était une bombe » dans le paysage théologique, dès le départ et encore aujourd’hui. Relativisant l’exégèse histori­co-critique, il propose une exé­gèse théologique. Barth entre dans la compréhension et le sens du texte (verstehen), sans en rester à une simple mise en contexte ou à une simple com­paraison avec d’autres textes contemporains (erklären). Ce projet demeure ambitieux : « Là où Luther a réformé l’Église, Barth a cherché à réformer la théologie protestante. » S’ap­puyant sur quelques données biographiques de Barth, C.C. explique de façon très intéres­sante comment la pensée de l’auteur s’est forgée peu à peu dans le concret de son expé­rience pastorale et dans une confrontation avec les courants de pensée de son époque. On peut alors mieux comprendre la « pensée tortueuse » de Barth (p. VIII) selon le mouvement des voies de Dieu, la dialec­tique du « oui » et du « non », la « théologie de la crise ». Dieu, en Jésus mort et ressuscité, juge et dit « non » à l’hybris humaine, la violence et la religion mais, en même temps, il fait grâce et fait un « volte-face » vers le « oui » à l’homme.

C.C. donne alors sa propre appréciation. Le commentaire de Barth est toujours d’ac­tualité. Il est incontournable quand on lit Romains, en dépit de sa difficulté de pensée, « de la terminologie et de l’apparat philosophique parfois dépas­sés comme aussi certaines fai­blesses au niveau du contenu » (p. X). Il réussit une heureuse reprise théologique de l’escha­tologie, tant attendue au début du xxe siècle, et ouvre une arti­culation, comme un chemin, entre le Jésus historique et Jésus le Christ, entre le Créa­teur et la créature, entre Dieu et l’homme. Gageons que cet avant-propos, comme une clef de lecture, donnera au plus grand nombre l’envie de plon­ger ou de replonger dans ce grand commentaire pour mieux comprendre la pensée protes­tante du xxe siècle et le goût de relire la source inépuisable qu’est la lettre aux Romains.

                                                                                                    Christophe Raimbault
Niveau de lecture : exigeant

Recension parue dans le Cahier Évangile n°178 (décembre 2016), « La miséricorde dans la Bible », p. 68.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org