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Guerre
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Violence
La guerre et la violence dans la Bible
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La guerre et la violence dans la Bible
Recension
 
 
Recension du livre d'Anton van der Lingen : "La guerre et la violence dans la Bible", par Erwan Chauty, s.j.
 

Anton van der Lingen, La guerre et la violence dans la Bible
Éditions du Cerf, « Lire la Bible » n° 189, 2016, 272 p., 24 €

L’ouvrage d’Anton van der Lingen (A.L.), pasteur néerlandais résidant en Bourgogne, est publié dans la collection « Lire la Bible » des éditions du Cerf, qui veut rendre accessible au grand public les problématiques exégétiques savantes. Le livre s’ouvre en soulignant la difficulté que rencontrent les chrétiens d’aujourd’hui devant les textes bibliques marqués par la guerre et la violence, et apporte des précisions méthodologiques sur l’étude qui suivra.

La moitié de l’ouvrage est consacrée à un relevé des emplois de termes liés à la guerre et à la violence. A.L. part ainsi des racines hébraïques et des vocables grecs, pour parcourir les textes où sont nommés la paix, la guerre, l’ennemi, l’étranger, et des verbes comme « piller », « être fort », « agir violemment ». Quelques célèbres épisodes violents sont commentés : la sortie d’Égypte, les batailles de Josué à Guilgal, Sisera dans la tente de Débora, David et Goliath, etc. L’auteur s’oppose alors à la théorie de la guerre sainte de Gerhard Von Rad (Der Heilige Krieg im alten Israel, 1951). Il propose un schéma historique pour tous les textes où Dieu semble cautionner la violence : les sources de ces textes parlaient d’épisodes violents sans mentionner de divinité ; des rédacteurs ultérieurs, dans des moments de détresse comme lors de l’Exil à Babylone, y ont ajouté l’intervention divine, qui se substitue à l’action humaine.

Vient alors une partie originale et savoureuse, basée sur sept textes célèbres. Pour certains d’entre eux, l’auteur imagine leurs rédacteurs discuter de leurs choix rédactionnels ; pour d’autres, il imagine les discussions qui naissent dans une communauté qui vient de les lire. L’ouvrage se termine par une brève apologie de la liberté et de la non-violence.

À qui s’adresse ce livre ? Pas aux spécialistes qui risquent de rester sur leur faim. On aimerait discuter du schéma rédactionnel proposé, qui est énoncé sans justification ; on pourrait regretter une tendance à chercher un message trop unifié de la Bible, sans tenir compte suffisamment des genres littéraires ; on pourrait reprocher à A.L. de trop s’appuyer sur la concordance du vocabulaire. L’introduction herméneutique, comme la conclusion politique sur la non-violence, auraient gagné à se nourrir de la philosophie et de la théologie ; à cela s’ajoutent quelques imprécisions de vocabulaire et de trop nombreuses coquilles.

Mais tous ceux qui, aimant lire la Bible, se trouvent gênés par sa violence, tireront profit de cette lecture. Ils suivront l’auteur qui habite avec passion les Écritures, découvriront la piste de l’étude du vocabulaire pour parcourir un ensemble de textes ; ils acquerront quelques repères historiques essentiels à une juste interprétation, tant des contextes rédactionnels que des processus de réécriture. C’est là l’essentiel : l’auteur se saisit avec courage du dossier crucial de la violence, tant dans la Bible que dans l’humanité, et chemine pour trouver des repères et articuler ses réflexions.

                                                                                          Erwan Chauty, s.j.
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 178 (décembre 2016), « La miséricorde dans la Bible », p. 62.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org