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Circoncision
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Guggenheim Antoine
La circoncision
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La circoncision
Recension
 
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Recension du livre d'Antoine Guggenheim : "La circoncision", par Gérard Billon.
 

Antoine Guggenheim
La circoncision
L’Herne, « Carnets », 2016, 80 pages, 9,50 €

 

Dans la belle collection des « Cahiers de l’Herne » au catalogue déjà long de brefs essais anciens ou contemporains, voici une contribution originale. Issue d’une conférence donnée à Lausanne, elle est due à Antoine Guggenheim (A.G.), professeur au Collège des Bernardins (Paris). Sous un petit format, elle cache sa densité et, sous le titre, son vrai propos. En effet, le sous-titre de la page 3 est plus exact : « Circoncision de la chair et circoncision du cœur, une lecture de saint Paul ». A.G. intervient comme chrétien, mais un chrétien qui relit le texte paulinien (Romains, Galates, 1 Corinthiens et Hébreux surtout) avec, à ses côtés, une « voix » juive qu’il ne cesse de solliciter, tant dans la Torah que dans la tradition rabbinique. Dans le sillage de Jean-Marie Lustiger, cité plusieurs fois, A.G. élabore sa problématique sur l’horizon de la modernité et la présence des « blessures en voie de guérison» faites par l’Église à la « relation spirituelle » avec les juifs (p. 9). Disons-le tout de suite, l’ancienne « théologie de la substitution » contre laquelle se bat A.G. aurait mérité d’être présentée plus en détails, au moins pour permettre de mesurer le chemin parcouru. Que le lecteur ne s’effraie pas : si le  discours est parfois elliptique, la démonstration, serrée, reste éclairante.

La relecture de A.G. meten valeur deux pistes pauliniennes: la circoncision comme signe de l’Alliance et comme tête de la Loi. La première, avec la distinction circoncis-incirconcis, vise l’élection d’Abraham, du peuple d’Israël, du Messie, élection qui est mission pour le monde. A.G. aborde très finement le rapport avec le baptême chrétien ou la signification du « sang » de l’Alliance, celui de l’acte rituel, celui des sacrifices, celui du Christ. Il insiste sur la dimension eschatologique du rite, avec l’appui du prophète Élie. La seconde piste paulinienne pointe vers la circoncision comme un symbole de la Loi, « médiation entre l’histoire du peuple et la pratique personnelle, entre l’institution et la liberté, entre la tradition et la responsabilité » (p. 50). Outre l’insistance eschatologique, cela permet de nouer et de distinguer justice et justification, Loi et foi. L’expression « circoncision du cœur » aurait peut-être mérité d’autres développements via Jérémie et Ézéchiel. La discussion, en tout cas, aide à mieux comprendre le reproche de Paul à ces « pauvre fous de Galates » : la grâce divine ne peut autoriser les pagano-chrétiens à se faire circoncire pour prendre la place d’Israël. Il reste toujours deux peuples, celui des circoncis et celui des incirconcis. Ils ne se font pas face. L’un n’a pas à absorber l’autre. Ils sont « relatifs l’un à l’autre » (p. 69). Pour un chrétien, le fait de la circoncision est aussi une question d’ecclésiologie. La réflexion est salutaire.

                                                                                                 Gérard Billon
Niveau de lecture : aisé

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 176 (juin 2016), « Femmes bibliques vues d’Afrique », p. 68.

 

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org