1020
Afrique
526
Parole de Dieu
417
Poucouta Paulin
Quand la Parole de Dieu visite l’Afrique. Lecture plurielle de la Bible
2811105402
Quand la Parole de Dieu visite l'Afrique. Lecture plurielle de la Bible
Recension
 
Approfondir
 
Recension du livre de Paulin Poucouta : "Quand la Parole de Dieu visite l'Afrique. Lecture plurielle de la Bible", par Elvis Elengabeka et Gérard Billon.
 

Paulin Poucouta
Quand la Parole de Dieu visite l’Afrique. Lecture plurielle de la Bible
Karthala, 2011, 250 pages, 24 €

Congolais, Paulin Poucouta (P.C.) enseigne l’exégèse à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC), à Yaoundé. Spécialiste de l’œuvre johannique, il ne s’y enferme pas comme en témoigne cet ouvrage – et bien d’autres.

Le titre le dit clairement : l’ouvrage aborde une tension entre deux réalités, à savoir l’expérience existentielle africaine et la version biblique de la Parole de Dieu. Ces deux pôles renvoient à deux mondes scientifiques. Nous pensons d’abord à une relation ad intra, que l’auteur lui-même confesse au seuil de sa réflexion (p. 16). Ad extra, il s’inscrit dans une tradition exégétique bien vivante inaugurée par l’historique congrès de Jérusalem en 1972 sur l’Afrique noire et la Bible, assumée depuis par l’Association panafricaine des exégètes catholiques (APECA). Il est ouvert à une actualité qui repose d’une part sur les synodes des évêques pour l’Afrique (1994 et 2009) et celui sur la Parole de Dieu (2008), d’autre part sur la prise en compte d’une herméneutique féminine de la Parole de Dieu en milieu africain (dont témoigne le Dossier de ce Cahiers Évangile). C’est l’objet des quatrième et septième chapitres de l’ouvrage. Pour le reste, P.C. manie des matériaux de nature historique, herméneutique et ecclésiale.

D’un point de vue historique, les grandes étapes chronologiques de l’évangélisation de l’Afrique et l’épopée exégétique africaine sont articulées sur fond de l’histoire générale du continent. On visite Alexandrie et l’Éthiopie ; on découvre la Septante ; on rencontre Tertullien, Cyprien, Samuel Ajayi Crowther, prêtre anglican nigérian, auteur de la première traduction complète de la Bible en langue africaine (le Yoruba), Engelbert Mveng. On suit les différents congrès de l’Association panafricaine des exégètes catholiques. On fait la connaissance des pionniers de la pastorale biblique en Afrique tels que le cardinal Joseph Albert Malula, Mgr Barthélémy Batantu, ancien archevêque de Brazzaville, Mgr Godefroy Emile M’Pwati, ancien évêque de Pointe-Noire, à qui le livre est dédié…

La question herméneutique se perçoit au travers des traductions et dans l’interprétation de certains textes polémiques (cf. Cham en Gn 9,22-27). Elle apparaît dans les options méthodologiques des exégètes africains. En accord avec son sous-titre (« Lecture plurielle »), P.C. plaide pour un métissage herméneutique : fécondation réciproque entre le diachronique et le synchronique, ouverture à la critique littéraire et à l’intertextualité, sans oublier pour autant l’apport de l’histoire, l’archéologie, la papyrologie, la géographie… Demeure la confrontation entre exégèse et théologie biblique : l’accès au sens du texte passe par le détour de l’analyse et cette dernière s’avère stérile sans un atterrissage existentiel. Le regard condescendant de l’une et le complexe inavoué de l’autre n’ont plus lieu d’être.

Les trois synodes déjà mentionnées soulignent le caractère ecclésial. Celui-ci porte aussi sur l’œcuménisme, la liturgie, la vulgarisation et la formation biblique, l’implication sociale des chrétiens : la Bible peut-elle éduquer à la paix ou éclairer des problèmes aussi épineux que la fameuse guérison de l’arbre généalogique ?

En somme, l’ouvrage, sans être très volumineux, frappe par son caractère encyclopédique, la clarté de son style, son ouverture méthodologique. Il pointe des défis que les exégètes africains d’un côté, européens de l’autre, ont à relever. Pour l’Afrique, cela concerne tant le bon fonctionnement de l’APECA, la traduction de certaines formules sans équivalents réels dans la culture africaine, la contribution de la Bible à l’éducation et à la résolution de problèmes liés à la sorcellerie ou aux nouveaux mouvements religieux et philosophiques, par exemple. Pour le lecteur européen – ou du moins français –, les questions concernant la traduction, le rapport entre recherche scientifique et appropriation existentielle et/ou ecclésiale, la lecture contextuelle – si peu mise en œuvre –, la formation biblique, pourraient bien frapper de plein fouet certaines de ses (pseudo-)évidences et certitudes. Une lecture salutaire.

                                                                    Elvis Elengabeka et Gérard Billon
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 176 (juin 2016), « Femmes bibliques vues d’Afrique », p. 66.

 

 

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org