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Judas
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Ameur-Zaïmeche Rabah
Histoire de Judas (DVD)
Recension
 
 
Critique du DVD de Rabah Ameur-Zaïmeche : "Histoire de Judas", par Gérard Billon.
 

Rabah Ameur-Zaïmeche, Histoire de Judas
Histoire de Judas (DVD)

Scénario de Rabah Ameur-Zaïmeche ; avec Nabil Djedouani (Jésus), Rabah Ameur-Zaïmeche (Judas), Mohamed Aroussi (Karabas), Patricia Malvoisin (Suzanne), Régis Laroche (Pilate) ; Arte France et Sarrazink Production, Agnès b DVD, 2015, 99 mn, autour de 16 €

Ce n’est pas « l’ »histoire de Judas, discutée par les exégètes et les historiens. C’est « une » histoire de Judas, partiale, engagée, étonnante.

En France, le cinéma d’inspiration « biblique », même non religieux et à gros budget (voir le Cahiers Évangile n° 173, 2015, pp. 81-82), a un succès relativement mitigé. Ce film franco-algérien, épuré, fluide, tourné avec des moyens limités, n’a pas trouvé non plus son public, malgré l’aura cinéphilique du réalisateur. La sortie DVD va-t-elle réparer cette injustice ? Des amis à qui je l’ai recommandé ne m’ont pas caché leur déception : trop grande sobriété d’une part et, de l’autre, discours prévisible de réhabilitation du personnage.

De fait, Rabah Ameur-Zaïmeche ne cherche aucunement à comprendre le Judas des évangiles. En poète, il compose (et interprète) un autre personnage, attentionné et loyal, proche de Jésus. Quant à Jésus, il possède ingénuité et noblesse : sa force est de réveiller la douceur et l’espérance tant de la femme adultère (appelée Bethsabée) que de la mère de celle-ci (appelée Suzanne), du centurion romain ou du gouverneur Pilate (néanmoins trop prisonnier de la realpolitik). Le seul personnage vraiment négatif est le scribe de Qoumrân qui, figeant miracles et mots sur ses papyrus, s’y attache au point de devenir meurtrier.

Dès la première séquence, nous savons que le rythme sera contemplatif. Judas vient chercher Jésus au terme d’un séjour au désert et il le porte sur son dos. D’emblée, ils font corps. Ce sera en faveur des enfants, des exclus et des pauvres, contre les Romains, les scribes et toute forme d’emprisonnement – dans la lignée d’Esaïe et des prophètes.

Cependant, c’est seul que Jésus accomplit son destin. Seul, au début, après son jeûne, il se purifie dans une oasis, se laissant porter au fil de l’eau. Seul, il affronte Pilate. À la fin, seul, il sort de la végétation luxuriante de l’oasis. Il n’est plus dans le tombeau, mais dans la vie. Peu avant, Judas qui a été gravement blessé avant l’arrestation de Jésus – et qui n’a donc participé en rien à la crucifixion résumée ici à des cris de rue et trois croix nues – se glisse à la place du mort dans le vide du tombeau.

Quelques échanges sont arrachés à l’Évangile selon Jean (la femme adultère, le lavement des pieds, le procès). Le réalisateur en explore les interstices, en déploie des matrices narratives (tout ce qui concerne Suzanne d’un côté, Pilate de l’autre). Il ajoute le personnage du fou Karabas, tiré du Contre Flaccus de Philon d’Alexandrie (vers 38 apr. J.-C.), qu’il met en parallèle avec Jésus le sage. Il souligne le rôle du scribe dont les écrits pourraient rendre mortifères les paroles du prophète, les hirondelles du lac de Tibériade se changeant en poignard.

Ce futur des mots est-il fatal ? Le film ne répond pas. Âpre et lumineux, de la montagne initiale au silence du tombeau, il plaide pour une relation personnelle avec Jésus – dont le nom, lié à l’espérance, survit à l’Empire romain –, une relation toujours menacée par les institutions (malheur aux scribes !). Mais, s’il n’y avait pas d’écrits, qui connaîtrait Jésus ?

Gérard Billon, Cahier Évangile n° 175, p. 69-70.

 
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