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Cana (noces de)
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Vercruysse Jean-Marc
Les noces de Cana
2848322117
« Les noces de Cana »
Recension
 
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Recension du livre « Les noces de Cana » [Jean-Marc Vercruysse (dir.)], par Erwan Chauty.
 
 Jean-Marc Vercruysse (dir.)
« Les noces de Cana »
Graphè, n° 24, Artois Presses Université, 2015, 196 p., 18 €

L’université d’Artois poursuit sa revue Graphè avec un numéro consacré aux relectures littéraires et artistiques des noces de Cana. On trouve d’abord deux solides articles d’exégèse, montrant tant la logique du texte dans le contexte biblique que ce qui y invite à une pluralité de lectures. Appuyés sur une bibliographie ample et actualisée, ils articulent avec rigueur sens symbolique et littéral. Vient ensuite l’époque patristique. Irénée de Lyon s’appuie sur ce récit pour réfuter la gnose : Jésus a eu besoin de l’eau et, par le miracle du vin, a célébré l’aspect charnel du mariage ; l’association avec la multiplication des pains permet de fonder une théologie des sacrements. Augustin veut réfléchir à l’ensemble de l’action divine : pourquoi s’étonner de ce miracle, qui est bien peu de choses par rapport à toute l’œuvre de Dieu ? Il associe aussi la transformation de l’eau en vin à la réinterprétation de l’Ancien Testament à la lumière du Christ. Puis vient un texte de Nonnos de Panopolis (Alexandrie, Ve siècle), qui composa en vers des Dionysiaques ainsi qu’une paraphrase de Jean : belle manière de réfléchir au problème du rapport entre le récit de Cana et le culte de Dionysos. Une étude iconographique – avec sarcophages, fresques et vitraux – montre qu’au-delà d’une simple illustration est en jeu une « théorie visuelle de la transformation ». On en vient à Maître Eckhart, qui interprète le miracle comme naissance de Dieu dans l’âme, puis à deux Passions du XVe siècle, amples gloses servant à des représentations populaires. Autre étude, ces charlatans du XVIIIe siècle qui prétendaient avoir assisté aux noces de Cana, symptômes d’une époque cherchant à poser rationnellement la signification des miracles. Le volume se termine par trois moments littéraires : l’évangile de Cana comme tournant narratif des Frères Karamazov, le commentaire du poète Jean Grosjean (1912-2006) et des romans de Michel Tournier associant eucharistie, vampirisme et repas sacré.

Le bibliste ne pourra qu’être intéressé par ce volume qui offre une ouverture passionnante sur l’histoire de la réception. Le spectre couvert est large et, à côté de références attendues, il trouvera des pépites inconnues en dehors des cercles spécialisés. Deux pistes d’approfondissement exégétique pourront enfin se dégager. Alors que la plupart des chapitres, traitant de la réception de la péricope par une œuvre particulière, ont été rédigés par des spécialistes de ces dernières œuvres, il y aurait en retour à engager un dialogue avec l’exégèse biblique, voire avec la tradition dogmatique parfois : Ces relectures sont-elles fidèles ? Une seconde piste serait de revenir au texte pour une exégèse contemporaine qui s’enrichirait du parcours effectué : En quoi sont ici révélés des aspects négligés du texte ? Ou bien, quels sont ses points durs, dont l’histoire s’est écartée, qui mériteraient approfondissement ? Invitation, donc, à poursuivre aujourd’hui la réception…

                                                                                                 Erwan Chauty

Niveau de lecture : exigeant

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 174, « La Judée au temps de Jésus » (décembre 2015), p. 91.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org