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Apôtres
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Disciples
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Douze (Les)
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Schlosser Jacques
Le groupe des Douze. Les lueurs de l’histoire
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Le groupe des Douze. Les lueurs de l'histoire
Recension
 
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Recension du livre de Jacques Schlosser : "Le groupe des Douze. Les lueurs de l'histoire", par Gérard Billon.
 

Jacques Schlosser
Le groupe des Douze. Les lueurs de l’histoire
« Lire la Bible », n° 184, Éd. du Cerf, 2014, 128 p., 16 €

D’une conférence donnée lors d’un Congrès néotestamentaire, Jacques Schlosser (J.S.), professeur émérite de Nouveau Testament à l’université de Strasbourg, a tiré une étude à la fois simple et rigoureuse, capable d’intéresser un public large. Soulignons-le : il n’est pas besoin d’être un spécialiste pour suivre l’enquête, les notions techniques étant à chaque fois bien expliquées (le fait synoptique, le « critère de l’embarras », le sens du mot ekklesia…).

On parle habituellement des « douze apôtres ». Tout au long de son étude, J.S. distingue les trois mots : « douze », « apôtre » et « disciple » dont il précise les emplois suivant les situations textuelles. Il travaille plus particulièrement sur la dénomination « les Douze », présente d’abord chez Paul (1 Co 15,5) puis chez Marc (Mc 3,16). Que le terme désigne les compagnons de Jésus ne fait aucun doute. Cependant, la signification de ce nombre, habituellement rapportée aux douze tribus d’Israël (avec un renvoi très intéressant au livre des Nombres), méritait d’être examinée tant du point de vue de l’histoire (selon le sous-titre de l’ouvrage) que dans ses incidences théologiques. Partant du témoignage ancien de Paul (chapitre 1), J.S. s’attarde longuement sur la diversité littéraire des évangiles (chap. 2) avant de reprendre la question sous l’angle historique (chap. 3, le plus long) et d’en tirer les fils théologiques (chap. 4).

Il y a en effet une énigme : plus personne aujourd’hui ne conteste que le Jésus de l’histoire lui-même ait pris l’initiative de constituer le groupe des Douze. Or, dans l’Église primitive, d’après les Actes des apôtres puis les écrits patristiques, on constate un effacement progressif du groupe – dont certains membres ne sont plus alors que des noms (Barthélémy, Thaddée [doit-on le confondre avec Jude ?], Simon le zélote [identique à Simon le Cananéen ?], et même Matthieu). Passionnant à cet égard est l’examen des « catalogues » de Mc 3,16-19, Mt 10,2-4, Lc 6,14-16 et Ac 1,13 confrontés à ceux de l’Évangile des Ébionites et des Constitutions apostoliques. Ne voulant pas refaire l’étude quasi exhaustive de John P. Meier (Un certains juif : Jésus. Les données de l’Histoire, III, Attachements, affrontements, ruptures, 2006, pp. 27-191), J.S. s’attarde quelque peu sur quatre figures fondatrices : Judas, Pierre, Jacques et Jean.

Or la signification des Douze dépasse la personnalité de ceux-ci. Elle est à chercher du côté de l’espérance d’Israël que Jésus a voulu renouveler – de manière bien différence des esséniens, brièvement appelés à la barre. « Les Douze représentent de manière permanente le geste prophétique posé par Jésus. [Ils] ont quelque chose à voir avec le royaume eschatologique de Dieu dont Jésus déclare la proximité et même la venue effective » (pp. 91-92). Cette venue, accomplie dans la résurrection de Jésus et le don de l’Esprit, portée désormais aux nations, expliquerait l’effacement des « Douze » au profit des « apôtres ». Pour être rapide, la démonstration n’en est pas moins convaincante.

                                                                                                        Gérard Billon
Niveau de lecture : aisé

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 174, « La Judée au temps de Jésus » (décembre 2015), p. 88.

 

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org