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Bénédiction
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Lichtert Claude
L’intrigante bénédiction. Lectures narratives
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L'intrigante bénédiction. Lectures narratives
Recension
 
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£Recension du livre de Claude Lichtert : "L'intrigante bénédiction.Lectures narratives", par Jean-Marie Carrière.
 

Claude Lichtert, L’intrigante bénédiction.Lectures narratives
« Lire la Bible » n° 177, Éd. du Cerf, 2013, 144 p., 13 €

Acte de parole, la bénédiction se distingue de la promesse. Mais, comme la promesse, elle est bien présente dès le début du livre biblique, dans le livre de la Genèse, et surtout elle est prise, et elle joue son rôle, dans les récits dont ce premier livre est tissé. En d’autres termes, la bénédiction ne se comprend pas seulement à partir de son contenu, mais aussi à partir de la manière dont elle est située dans l’intrigue narrative. D’où l’intérêt de proposer des « lectures narratives » de la bénédiction, qui est dite « intrigante », c’est-à-dire en relation précise à l’intrigue. La bénédiction est-elle introduite par le narrateur, ensuite confirmée par lui ? Aide-t-elle à la caractérisation des personnages ? À quels changements conduit-elle ? Est-elle objet d’une condition, d’un jugement ? Telles sont les questions auxquelles Claude Lichtert (C.L.) se livre à la recherche de la bénédiction biblique.

Comme on l’a dit, la bénédiction est très présente dans le livre de la Genèse. C.L. commence donc par ce livre, nous faisant découvrir au fil du motif (c’est-à-dire lorsque le mot apparaît, ou que la bénédiction provoque un effet dans le récit) que la bénédiction rythme l’intrigue narrative dès le récit de Création, avec Abraham, Isaac, Jacob, Joseph. Comme acte de parole qui relie deux êtres, la bénédiction ouvre un espace de vie, que l’humain peut ou non aider à étendre harmonieusement. L’intensité de la bénédiction et sa qualité proviennent des relations qui se tissent et se racontent. Dans le livre de la Genèse, elle rencontre confiance et jalousie, désir et convoitise, fidélité et tromperie, autonomie et mainmise... La bénédiction certes relie le père et le fils, dans une transmission plus ou moins facile, mais elle parcourt aussi le cercle familial, et finalement rejoint les nations, comme l’indique la promesse à Abraham. Ce premier chapitre sur Genèse s’achève par un prolongement avec la lettre aux Hébreux, où la vie que porte avec elle la bénédiction trouve son achèvement dans le mystère du Christ, le Fils qu’habite une puissance de vie indestructible.

La bénédiction est aussi bien présente dans le livre de Tobit où, selon C.L., elle constitue un motif renversant l’intrigue narrative. Si c’est surtout la relation filiale qui canalise la bénédiction, celle-ci va s’épurer, dans cette histoire, de toute transaction possible. Dans l’évangile de Luc (troisième chapitre), le motif de la bénédiction englobe l’intrigue, puisqu’elle participe à la mise en place de la christologie dans les deux premiers chapitres, et qu’elle réapparaît nettement au temps de la Passion, puis de la Résurrection (récit d’Emmaüs). En suivant ce parcours, on pourrait se demander si la bénédiction caractérise de quelque manière la fonction sacerdotale. Mais ce n’est pas là l’objet de l’ouvrage, qui lui donne cependant sa place ; car l’intérêt de cette enquête est précisément de ne pas réduire la bénédiction à un rituel, bien plutôt de la voir circuler dans les récits où la relation de Dieu aux humains se déploie. Et cependant ! Un dernier chapitre propose d’intéressantes réflexions sur le rapport entre bénédiction et récits de vie en Église, notamment à partir de récits en milieu hospitalier. Ce qui suggère que la bénédiction circule aussi grâce à des gens qui ont reçu une mission d’Église. Ils soulignent surtout les potentialités de la bénédiction pour la pratique ecclésiale.

                                                                                      Jean-Marie Carrière
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 173.

 




 
 
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