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Jude
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Chandernagor Françoise
Vie de Jude, frère de Jésus
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Vie de Jude, frère de Jésus
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Recension du livre de Françoise Chandernagor : "Vie de Jude, frère de Jésus", par Roselyne Dupont-Roc et Gérard Billon.
 

Françoise Chandernagor
Vie de Jude, frère de Jésus
Albin Michel, 2015, 388 p., 22,90 €

Voilà un beau roman historique. Selon un principe éprouvé depuis L’Allée du Roi (1981), Françoise Chandernagor (F.C.), de l’Académie Goncourt, donne la parole à son héros, ici Jude. On sait si peu de choses de lui que la liberté romanesque est entière – contrôlée par une sérieuse enquête (voir « L’atelier de l’auteur », en fin d’ouvrage). Signalons quand même que le terme « Palestine » est anachronique au ier siècle et la transcription du nom divin par « l’Éternel » maladroite (pourquoi pas « le Seigneur » comme dans la Septante et le Nouveau Testament ?).

L’appel à un pseudo écrit apocryphe semblera usé mais il permet d’entrer dans une vision du monde différente de la nôtre. Le manuscrit retrouvé comporte cinq « livres » fragmentaires – dont les « trous » stimulent l’imaginaire (ou la foi) du lecteur. Ajoutons que si « Jude » raconte, le style de F.C. est tout imprégné de langage biblique.

Jude, né cinq ans après Jésus, deviendra l’un de ses disciples. Il sera le chef d’une de ces petites communautés dites « judéo-chrétiennes » qui survivront à la Guerre juive de 70, avant de disparaître au cours des premiers siècles. Il se dit frère de sang de Jésus (avec Jacques, Simon et José). Cet a priori romanesque – débattu par ailleurs – permet à F.C. d’explorer comment Jésus a pu marquer et diviser ses contemporains, à commencer par ses proches.

Avec les premier et deuxième « livres », F.C. nous installe dans un monde galiléen qui a le cadre et la saveur des paraboles évangéliques, avec leur dimension rurale et artisanale, le quotidien des petits paysans et des saisonniers, l’avidité des grands propriétaires, le mépris des pharisiens ou des religieux proches du Temple. La figure de Jésus apparaît à travers le regard aimant de son petit frère. Nous assistons au mariage des sœurs, aux ambitions sociales des autres frères, à l’autorité croissante du sévère Jacques. Marie est une mère courageuse qui garde une tendresse et une confiance sans faille dans son fils aîné déroutant, son « fils unique ».

Les troisième, quatrième et cinquième « livres » suivent les aléas des petits groupes de disciples après la crucifixion puis la rencontre de Jésus ressuscité – dont Marie espère le retour. Sont exposés les premiers débats sur la figure de ce frère, le « Messie » de Dieu (le lecteur de Paul reconnaît même certaines affirmations de l’Apôtre dans la bouche de Jacques !). Paul apparaît, pharisien converti, exalté, que Jacques considère comme un fou : Jésus serait « Fils de Dieu » ? Que Paul aille son chemin ! Mais le « petit Jude au stylet », lui, pressent qu’il y a du vrai et, dans un dialogue magnifique, il montre à Paul que la part charnelle de Jésus est indissociable d’un message que Paul spiritualise trop vite (pp. 296-297).

Vient la Guerre juive. F.C. en fait partager la complexité et l’horreur. Elle décrit le désarroi des jeunes chrétiens venus d’un judaïsme rural que Jacques puis Jude peinent à maintenir dans un refus de prendre part à la violence. On devine les futures difficultés des groupes restés proches du judaïsme, appelés « ébionites » et « nazôréens » (sur le sujet, voir le Cahiers Évangile n° 135, 2006).

Ce roman qui se lit d’un trait invite à reprendre à nouveau frais la lecture des évangiles, à réfléchir sur nos images de Jésus, de Jacques, de Paul ou encore sur la part juive du christianisme – ce qui demeure d’actualité.

                                                          Roselyne Dupont-Roc, Gérard Billon
Niveau de lecture : très abordable

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 172.

 

 

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org