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David
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Dulaey Martine
Heurs et malheurs du roi David (2 Samuel lu par les Pères)
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Il n'est aucun des épisodes de la vie de David, même tes plus scabreux, où tes Pères n'aient réussi à voir en lui une figure de Jésus qui devait naître de sa descendance...
 

Il n'est aucun des épisodes de la vie de David, même tes plus scabreux, où tes Pères n'aient réussi à voir en lui une figure de Jésus qui devait naître de sa descendance. Pourtant, à côté cette exégèse figurative très importante, ils peuvent aussi voir en David une figure du chrétien.

La catéchèse. David apparaît peu dans la catéchèse, sinon comme prophète et ancêtre du Messie; l'iconographie la plus ancienne, reflet des enseignements reçus, ne s'intéresse guère qu'au combat de David contre Goliath. On ne sait trop dans quelle mesure on lisait les livres des Règnes dans la liturgie. Ils y occupaient vraisemblablement une place très modeste. La Didascalie des Apôtres, écrit de la première moitié du IIIe s. (région d'Antioche) recommande aux chrétiens cultivés de lire, pour y apprendre les leçons de l'histoire sainte, non seulement le Pentateuque, les prophètes et des livres sapientiaux, mais aussi les livres des Rois, ce qui montre bien leur place secondaire dans l'enseignement chrétien.

Les commentaires. David est le personnage de l'Ancien Testament le plus souvent mentionné dans les livres saints, peut-être aussi celui dont le nom revient le plus dans la littérature patristique. Pourtant, on ne possède aucun commentaire ancien des livres de Samuel (1 & 2 Règnes, selon l'appellation ancienne). Les textes traitant proprement de David sont rares. Hippolyte écrit au début du IIIe s. un opuscule sur le combat de David contre Goliath. Il faut attendre la fin du IVe s. pour trouver deux petits traités sur David : L'Apologie de David, où Ambroise de Milan a seulement pour base le Ps 50, considéré comme la prière de David repentant après son adultère avec Bethsabée, et une Seconde Apologie de David, rédigée par un lecteur d'Ambroise qui est loin de partager toutes ses vues. Augustin avait eu l'intention de prolonger ses Questions sur l'Heptateuque par des Questions sur les livres des Règnes, mais n'a jamais eu le loisir de le faire. Jérôme n'a pas travaillé sur ces sujets. Même les savants grecs qui ont beaucoup commenté l'Ancien Testament, Cyrille d'Alexandrie, Théodoret de Cyr et Procope, consacrent peu de place à l’histoire de David. Ce n'est qu'au VIIe siècle qu'on s'efforce de prendre en considération les livres de Samuel dans leur déroulement linéaire : Isidore de Séville a condensé ce qu'il trouvait chez ses prédécesseurs, et nous constatons qu'il ne disposait guère de plus de documents que nous. Le premier vrai commentaire suivi est celui de Bède, au VIIIe s.; encore ne concerne-t-il que le premier livre de Samuel.

Les homélies. Si l'on regarde du côté de l'homilétique, on ne trouve que peu de sermons s'attachant à l'histoire de David, et ceux qui le font se limitent à de rares épisodes. On possède trois sermons Sur David et Saul de Jean Chrysostome, qui concernent exclusivement la patience et la mansuétude de David aux prises avec le roi qui le persécute. Trois homélies de Basile de Séleucie s'étendent longuement sur l'onction de David, la victoire sur Goliath, David qui chasse le démon de Saul par sa musique, la magnanimité de David pour Saul, son adultère et sa pénitence, mais elles sont plus rhétoriques qu'exégétiques. Des auteurs anciens attestent qu'Augustin, avait consacré au second livre de Samuel trois sermons, qui traitaient respectivement de David dansant devant l'arche, du mariage du roi avec Bethsabée et de ses démêlés avec Absalom, mais ces homélies sont perdues, et déjà Isidore ne les connaît plus. Un sermon attribué à Fulgence de Ruspe traite de la lutte de David contre Goliath et un autre de la conduite abominable et du sort final d'Absalom.

Citations tans les commentaires des psaumes. Pour comprendre comment les anciens interprétaient l'histoire de David, il faut donc aller à la pêche aux citations éparses dans les homélies et traités divers que nous ont laissés les anciens. C'est dans les commentaires des psaumes qu'on trouve le plus de matériaux. En effet, 73 psaumes sont directement mis en rapport avec David par leur titre dans le texte massorétique, et 84 dans la Septante. Treize d'entre eux sont des « titres historiques » qui situent le psaume dans un épisode de la vie de David. Convaincus que ces en-têtes devaient orienter la compréhension du psaume, les exégètes anciens ont souvent cherché à les expliciter et les commentaires des psaumes sont donc pour nous une source non négligeable sur David.

Interprétation symbolique. Les récits qui ont David pour acteur sont à la source de bien des leçons morales, mais leur fréquente interprétation symbolique est beaucoup plus caractéristique de l'exégèse ancienne. Celle-ci s'est engagée dans une voie tracée par la Bible même, où le roi est un prophète qui a composé des psaumes annonçant la venue du Messie (voir Ac 1,16), où le Christ est issu de sa descendance (Mt 1,1); non seulement il est le dépositaire de promesses éternelles (Ps 88,20-30), mais il est lui-même la figure du roi Messie (Ez 34,23). « Comment se pourrait-il que tout cela n'ait pas un sens symbolique », disait Augustin à propos de David, « quand l'Apôtre dit en toute clarté : “ces événements leur arrivèrent en figure, mais itls ont été écrits pour nous qui nous trouvons à la fin des temps” (1 Co 10,11) ? » (Sur le Psaume 33, 1, 3).

Pour les Pères, la signification de la figure de David transparaît d'emblée dans son nom, dont l'étymologie la plus courante est manu fortis (Jérôrne). Comme l'explique l'évêque d'Hippone : « David signifie : “à la main puissante”. C'était en effet un grand guerrier. Comptant sur le Seigneur son Dieu, il a mené à bien toutes les guerres, abattu tous ses ennemis avec l'aide de Dieu, selon la situation de cet empire-là; cependant, il préfigurait celui qui aurait la main puissante pour la défaite de ces ennemis que sont le diable et ses anges » (Sur le Psaume 131, 3). Il est « le Libérateur à la main puissante qui a vaincu ce monde », dit-il encore (Sur te Psaume 17, 51). Toute l'histoire de David est lue sous cet angle de vue.

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© Martine Dulaey, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 166, (décembre 2013), "Le roi David (1 S 16 à 1 R 2)", p. 48-50.

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
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