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Agneau
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Corpus johannique
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Blanchard Yves-Marie
L'Évangile du Christ Roi ou la figure johannique de l'Agneau
Recension
 
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Recension du livre de Yves-Marie Blanchard : "L'Évangile du Christ Roi ou la figure johannique de l'Agneau", par Gérard Billon.
 

Yves-Marie Blanchard
L’Évangile du Christ Roi ou la figure johannique de l’Agneau
Éd. Desclée de Brouwer, Paris, 2013, 180 p., 19 €

Dans le C.E. collectif n° 84 (« Évangile et Règne de Dieu », 1993), Y.-M. Blanchard (Y.M.B.), professeur au Theologicum de l’Institut catholique de Paris, avait déjà brièvement abordé la question. Il la développe ici en insistant moins sur le « Royaume de Dieu », expression qui se rencontre peu dans le corpus johannique, que sur la figure même Jésus.

Y.M.B. tient sa problématique de main de maître, dans un parcours du quatrième évangile qui va du témoignage de Jean Baptiste à celui de Jésus devant Pilate où s’opère un basculement de la notion de royauté, avant de rebondir dans une relecture de l’Apocalypse avec la « métaphore contrastée de l’Agneau ». On le devine d’emblée : la démarche adoptée est narrative et canonique, non pas historique ou rédactionnelle bien qu’Y.M.B. rende hommage aux grands maîtres, tels Charles-Harold Dodd et Raymond Edward Brown. Le parti-pris est expliqué dans la conclusion (pp. 165 s.), au service d’une christologie renouvelée.

Le chapitre 1 est donc consacré au « prologue narratif » de l’évangile (Jn 1,19-51). Autour de Jean Baptiste, se lèvent toute une « symphonie de titres messianiques » que les apparitions successives des premiers appelés (André, Pierre, Philippe, Nathanaël) permettent d’explorer et de dépasser, le rôle de « médiateur » (Jésus étant l’échelle de Jacob) perturbant une compréhension trop univoque de la symbolique royale.

Les chap. 2 à 4 invitent à relire l’ensemble du récit évangélique, de Cana jusqu’à l’arrestation au jardin. Pour en tirer tout le profit, le lecteur doit bien connaître le texte ou, au moins, avoir sous les yeux une bonne traduction, Y.M.B. étant rigoureux dans son propos, parfois elliptique, toujours appuyé sur de fines remarques de vocabulaire.

Le chap. 5 est consacré au procès et à la crucifixion, la tension narrative du récit nous y menant de façon implacable. De la question de Pilate : « Es-ce toi le roi des Juifs ? » (Jn 18,33) à la titulature « Jésus le Nazôréen, roi des Juifs » (Jn 19,19), de la mort aux funérailles luxueuses ordonnées par Nicodème et Joseph d’Arimathie, la veille de la semaine pascale, la royauté mise en crise fait éclater, sans autre action spectaculaire que celle du dépouillement, la « gloire » de Dieu. Tout se dérobe, le disciple, aujourd’hui comme hier, se trouvant lui-même arraché à toute évidence sur l’horizon du tombeau vide.

Rebondissement avec le chap. 6 et l’Apocalypse. La métaphore de l’Agneau, évoquée par Jean Baptiste dès le « prologue narratif » du quatrième évangile, revient en force, paradoxale (l’animal est terrestre et céleste, debout et immolé, faible et fort, jeune et immortel…), associée à cette seule évidence : la victoire sur le Mal est acquise et c’est cette victoire, acquise au prix fort, qui est définitivement royale. Là est la compréhension renouvelée de l’Alliance entre Dieu et les humains.

Le titre de l’ouvrage renvoie à la fête qui clôt l’année liturgique catholique. Qui s’interroge sur le sens de celle-ci trouvera ici, au milieu d’analyses pertinentes et de phrases ciselées, bien des réponses : « Messianique dans ses fondements, eschatologique dans sa destination, la royauté du Christ est un motif central de la théologie johannique » (p. 172).

                                                                                            Gérard Billon
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 169.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org