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Ancien Testament
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Apocryphes
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Sacchi Paolo
Les Apocryphes de l’Ancien Testament, une introduction
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Les Apocryphes de l'Ancien Testament, une introduction
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Recension du livre de Paolo Sacchi : "Les Apocryphes de l'Ancien Testament, une introduction", par Paul Agneray.
 

Paolo Sacchi
Les Apocryphes de l’Ancien Testament, une introduction
Éd. Cerf, Paris, 2014 ; 210 p., 24 €

Paolo Sacchi (P.S.), professeur émérite à l’Université de Turin et spécialiste des apocryphes de l’A.T., nous offre ici une excellente introduction au monde complexe des écrits intertestamentaires, qui vient utilement compléter l’édition scientifique et volumineuse de la « Bibliothèque de la Pléiade » (dir. A. Dupont-Sommer et M. Philonenko, 1987).

Une longue première partie explore les questions de base, et d’abord : qu’appelle-t-on « Apocryphe de l’A.T. » ? Autrement dit, comment délimiter le corpus à étudier ? Différents critères peuvent entrer en jeu, dont aucun n’est parfaitement satisfaisant. Ce peut être la non-appartenance au « canon », mais lequel ? Celui de la Bible hébraïque ? Celui de l’une ou l’autre des églises chrétiennes ? Ce peut être l’idée de fausseté, d’hérésie : il s’agirait de livres « cachés », parce qu’interdits. Mais ce n’est pas toujours le cas : selon le Quatrième livre d’Esdras, composé vers 100 et en partie chrétien, Dieu a voulu qu’une part notable de la révélation demeurât secrète. Le critère peut être aussi la pseudépigraphie proprement dite ; beaucoup de ces livres – mais pas tous – sont fictivement attribués à un grand personnage du passé. On sait d’ailleurs que les protestants appellent « pseudépigraphes » les livres que les catholiques disent « apocryphes ». Un autre critère serait le lien à l’apocalyptique, comprise comme simple genre littéraire et/ou comme courant théologique. Enfin il faut décider les limites chronologiques de la collection, ce qui soulève entre autres la question : peut-on parler « d’intertestament » quand certains de ces livres sont plus anciens que plusieurs ouvrages de l’A.T. ou plus récents que ceux du N.T. ?

P.S. présente ensuite les différentes listes (à partir du vie siècle) et les différentes éditions d’apocryphes, lesquelles privilégient l’un ou l’autre des critères qu’on vient d’évoquer : Fabricius (début xviie siècle) ; Migne (1856-58) ; Kautzsch (1900) ; Charles (1913) ; Riessler (1928). Les éditions contemporaines (depuis 1973) sont nombreuses : Kümmel ; Sacchi ; Dupont-Sommer et Philonenko ; Charlesworth ; Sparks ; Diez-Macho.

Dans la deuxième partie, sont présentés vingt livres composés en Judée ou dans les contrées limitrophes entre 400 av. J.-C. et 100 apr. J.-C. Les plus anciens sont des parties de l’Hénoch Éthiopien, que l’on peut dater avec certitude depuis qu’on en a trouvé des fragments à Qoumrân. Les plus récents sont l’Apocalypse syriaque de Baruch, le Quatrième Esdras et l’Apocalypse d’Abraham, certainement postérieurs à la destruction du Temple. Le point de vue est à la fois historique et théologique. Il s’agit de décrire l’histoire de la pensée juive à l’époque du Second Temple. Il n’est pas possible de parler d’une théologie apocryphe homogène mais on peut repérer quelques courants principaux : d’une part, évidemment, la théologie « légaliste-sadocite » qui a donné les livres canoniques ; d’autre part un courant « hénochien », remontant peut être au temps de Néhémie, et un courant essénien qui pourrait être lié au livre des Jubilés et aux Testaments des Douze Patriarches. Ces trois ensembles proposeraient en quelque sorte des histoires du salut concurrentes, depuis les origines jusqu’à l’eschatologie.

Un des multiples intérêts du livre de P.S. est de nous amener à repenser le problème des origines chrétiennes. Le judaïsme au temps de Jésus était plus diversifié qu’on l’imaginait naguère et c’est en inter-agissant avec ses divers groupes qu’a grandi le premier christianisme.

                                                                                              Paul Agneray
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 168.



 
 
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