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Femmes
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Ebeling Jennie
Vies de femmes aux temps bibliques
2-204-09605-8
Vies de femmes aux temps bibliques
Recension
 
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Recension du livre de Jennie Ebeling : "Vies de femmes aux temps bibliques", par Paul Agneray.
 

Jennie Ebeling
Vies de femmes aux temps bibliques
« Lire la Bible » n° 180, Éd. du Cerf, Paris, 2013, 254 p., 25 €

J. Ebeling (J.E.), professeur d’archéologie à l’université d’Evansville, Indiana, veut nous faire découvrir une réalité dont la Bible ne parle pratiquement pas : la vie des femmes du peuple dans l’ancien Israël. Pour cela, elle choisit un lieu, la région montagneuse du centre d’Israël, et une époque, le premier âge du fer (1200 – 1000 av. J.-C.). Nous sommes donc dans le contexte du livre des Juges, ou au début de celui de Samuel, non loin de Silo. Comme on le sait aujourd'hui grâce à l’archéologie, il n’est pas question de « conquête ». Pendant la période précédente, l’âge du bronze, la région était dominée par l’Égypte, mais depuis lors, l’intrusion des « peuples de la mer » a tout bouleversé et provoqué des déplacements de population. Des petits villages se sont créés, assez dispersés et vivant plus ou moins en autarcie.

Avec beaucoup de rigueur scientifique, J. E. s’efforce de reconstituer les multiples aspects de la vie quotidienne d’une femme dans ce contexte. Elle utilise plusieurs sources. D’abord, les textes bibliques, mais ceux-ci sont écrits par des auteurs masculins, qui vivent plutôt dans des centres urbains et qui s’intéressent plus aux événements politico-religieux qu’aux aspects pratiques de la vie de la majorité des femmes. L’archéologie apporte des données précieuses, par exemple sur l’habitat, mais ces données doivent souvent être complétées par les apports de l’archéologie égyptienne, beaucoup plus riches en raison du climat. L’iconographie, complétée elle aussi par celle des peuples voisins est une autre source. Enfin il faut quelquefois avoir recours à l’ethnologie : la manière de vivre des habitants du Proche Orient aux siècles derniers peut utilement compléter le tableau.

Pour rendre moins austère la lecture de ce dossier, J. E. invente un personnage : Orah, dont elle raconte l’existence en sept brefs récits situés au début de chaque chapitre, chaque épisode correspondant à quelques aspects de la vie quotidienne, travaux des champs, travaux ménagers, vie familiale... On assiste donc à la naissance d’Orah, avec la description de la maison. On la retrouve âgée de huit ans, quand elle apprend à travailler comme une femme. À douze ans, ce sont les changements de la puberté (dans cet épisode comme dans les suivants, la déesse Astarté joue un rôle important). À quinze ans, elle se marie avec un homme d’un village voisin. À dix-huit ans, elle a son premier enfant. À vingt-huit ans, elle a eu plusieurs enfants dont deux ont survécu ; elle vient de sevrer sa fille de trois ans et part en pèlerinage au sanctuaire yahviste de Silo. Enfin elle meurt aux approches de la quarantaine, épuisée par les durs travaux, mais vénérée comme une grand-mère qui a réussi sa vie.

Question – incongrue peut-être – à la lecture de ces lignes. J. E. s’intéresse aux divers aspects pratiques de la vie féminine et, comme elle le dit elle-même, ne se focalise pas spécialement sur la vie religieuse. Cependant on peut se demander : si l’histoire se passait quelques deux cents km plus au nord, quelque part dans l’arrière-pays de Tyr… ne serait-elle pas exactement la même, quitte à remplacer « Yahvé » par « Baal » ?

                                                                                              Paul Agneray
Niveau de lecture : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 168.



 
 
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