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Nouvelle évangélisation
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Paul
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Morin Eric
La nouvelle évangélisation selon l'Apôtre Paul (Seconde partie)
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Conférence du P. Éric MORIN, enseignant à l’École Cathédrale - Collège des Bernardins (Paris)

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5. Une troisième étape : l’annonce aux païens
À partir de là, commença la troisième étape de la mission. Elle fut dès lors directement adressée aux païens, en repassant dans les villes où se tenaient des petites communautés, fruit des voyages précédents, comme à Lystre, Iconium, Thessalonique et ailleurs. L’objectif était d’affermir, d’encourager et d’organiser ces communautés, fondées il y avait maintenant plusieurs années[1], afin qu’elles puissent à leur tour faire rayonner l’Évangile[2]. Paul prit soin de leur donner une structure repérable et une visibilité compréhensible par la société avoisinante. Une composante importante de cette étape consistait à éviter le repli identitaire[3].

Les événements qui se sont déroulés lors du premier séjour à Thessalonique ne permirent pas aux apôtres d’y revenir : la tentative de lynchage, la caution de Jason, ne furent sûrement pas restées sans suite, et Paul se trouvait dans l’impossibilité de se rendre à Thessalonique[4]. Il écrivit donc à cette Église afin de lui délivrer ce qu’il ne pouvait lui faire entendre. La première épître aux Thessaloniciens est par conséquent, pour nous, un témoignage de la maturation théologique et spirituelle qui conduisit les apôtres à s’engager dans la mission envers les païens.

En premier lieu, cette lettre donne la possibilité de comprendre les éléments essentiels qui constituent une communauté chrétienne[5]. Il s’agit d’une assemblée[6], convoquée par l’Évangile, qui attend le retour du Christ[7], ce moment où tous entreront dans la résurrection et seront avec le Seigneur (1 Th 4,17). Elle se distingue « des autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4 13) et « ne connaissent pas Dieu » (1 Th 4,5). Elle est portée par l’Esprit Saint, le don Dieu (1 Th 4,8) qui fait vivre la Nouvelle Alliance ; aussi, tous les baptisés qui la composent sont-ils « enseignés par Dieu » (1 Th 4,9), recevant par là ce dont ils ont besoin pour vivre l’amour fraternel. La communauté ne peut donc pas devenir sectaire[8] et se replier sur elle-même ; c’est pourquoi, chacun des membres se doit de travailler pour gagner son pain. Cette assemblée sainte est composée de ceux que le Seigneur sanctifie, transformant la perception que chacun a de son corps[9] (1 Th 4,4) et se détournant ainsi de la licence sexuelle et de la boisson.

Cette distinction des baptisés avec les ivrognes étonne à première lecture, tant elle semble obvie. Il est cependant un fait que les mœurs de l’empire ne brillaient pas par la sobriété. Or, boire un verre entre amis est une belle et bonne chose que Paul ne conteste nullement, mais consommer du vin pour tuer le temps, et donc se soûler, est incompatible avec l’attente du retour du Christ qui, loin d’extraire le baptisé de l’histoire de ce monde, l’engage pour y vivre l’amour fraternel (1 Th 4,9-12), écho humain de l’amour dont tous sont aimés de Dieu.

Il nous faut apprendre à voir le nécessaire, l’essentiel dans ces quelques paragraphes que Paul rédigea aux Thessaloniciens ; l’apôtre juge que leur contenu suffit pour permettre aux communautés de vivre l’attente du retour de Jésus, celle-ci distinguant les baptisés du reste du monde ; l’Esprit est donné pour que l’Église apprenne de lui quelles sont les lignes qui la démarquent, et pour qu’elle se comprenne en tant que communauté eschatologique de la Nouvelle Alliance, sans se replier sur elle-même[10]. La première lettre aux Thessaloniciens est une véritable leçon pour s'imprégner de la finalité eschatologique de la mission. Cette dernière a pour objectif d’ouvrir l’accès au Royaume, que chacun se sache attendu dans le Règne du Père.


6. La foi : un engendrement par le Christ

D’étape en étape, schématiquement présentée, la mission apostolique s’affirma et s’affina. Mais l’évolution ne fut pas exclusivement d’ordre stratégique ; elle s’accompagna également d’une transformation de l’apôtre lui-même. Si la première lettre aux Thessaloniciens permet d’entrevoir la maturation ecclésiale qui soutient la mission, elle offre également le témoignage d’une transformation intérieure, d’une sanctification de Paul.

En effet, Paul raconte que, pour rejoindre les Thessaloniciens, il a lui-même été engendré à cette mission. Il prend soin d’exposer qu’à Philippes, les difficultés rencontrées furent une initiation (1 Th 2,1-4). Qu’arriva-t-il à l’apôtre avant d’arriver à Thessalonique ? Il fut « contraint de batailler et fut raillé » (1 Th 2,2)[11]. Il raconte sobrement cet épisode comme une libération[12] par laquelle il acquit l’assurance nécessaire à la prédication, et la certitude que l’Évangile ne peut se faire entendre si le prédicateur n’accepte pas le combat[13]. Cette expérience fut pour l’apôtre une épreuve, une occasion pour éprouver la puissance de Dieu qui examine, c’est-à-dire qui teste ses apôtres et les met en adéquation[14] à la mission qu’il leur confie. Il s’agit d’une transformation par assimilation et adaptation[15] : assimilation des exigences apostoliques, adaptation aux besoins de la communauté naissante. L’annonce de l’Évangile fait advenir l’apôtre pour que l’annonce soit reconnue pour ce qu’elle est.

Pour Paul, cette aventure va ouvrir un devenir[16]. La mission conduit à un véritable enfantement réciproque de l’apôtre et de la communauté. L’apôtre dit accéder à la sainteté et à la justice que requiert sa mission (1 Th 2,10), ne revendiquant rien de l’autorité que lui confère son rôle apostolique[17] ; il devient doux[18], lui l’ancien persécuteur habité de violence. Ainsi, engendré par sa mission, l’Évangile qu’annonce l’apôtre devient (1 Th 1,5) ce qu’il est réellement : une parole de Dieu transformant les Thessaloniciens qui, par la suite, imiteront Paul (1 Th 1,6), en devenant,: à leur tour, un exemple (1Th 1,7).

En peu de lignes, avec la pudeur qu’on lui connaît, l’apôtre raconte comment la mission est engendrement réciproque de l’apôtre et de la communauté. En 1 Th 2,7 et 2,10, le verbe devenir pourrait être compris comme un synonyme du verbe être. Mais justement, alors que Paul emploie déjà ce terme pas moins de six fois en deux pages, il l’utilise à nouveau pour affirmer que les Thessaloniciens sont devenus pour lui des bien-aimés et qu’il a eu ainsi accès à la sainteté (1 Th 2,7 ; 2,10).

Mais ne faut-il pas faire remonter plus en avant le commencement de cet engendrement ? Le point de départ ne serait-il pas la rencontre avec le Messie, ressuscité-crucifié, dont la présence a toujours pour effet de soulever la question et le principe des commencements. Celui qui fut mis à part dès le sein de sa mère, découvre, par la rencontre avec le Christ, qu’il fut engendré pour cette dernière et que, par la mission qu’il reçut en cette occasion, il devint autre. Quelle est cette puissance transformante ? L’Évangile, nous permet de répondre à la première lettre aux Thessaloniciens !

L’Évangile n’est pas seulement discours (1 Th 1,5) ; il est puissance. Avec à propos, Agamben souligne que, pour penser le rapport de l’Évangile et de la foi, Paul recourt aux catégories d’origine aristotélicienne de la puissance et de l’acte[19]. Par l’annonce apostolique, une puissance, une possibilité est offerte ; la foi permet le passage à l’acte. Le résultat est le transport du croyant dans la plénitude divine (1 Th 1,5), à l’état de persuasion que provoque la transformation de l’annonce en réalisation : « L’annonce est la forme que la promesse prend dans la contraction du temps messianique »[20]. En effet, quand Dieu parle, il réalise ce qu’il dit ; ainsi, quand Dieu promet, il parle ; par le fait même, il réalise déjà partiellement ce qu’il promet. La foi est donc bien la mise en acte d’une puissance, la Parole de Dieu qui, de promesse, devient annonce de sa propre réalisation.

Les nombreuses phrases qui annoncent, en 1 Thessaloniciens, le retour de Jésus-Christ, sont un acte d’évangélisation (de ré-évangélisation ?) par lequel la présence non réalisée du Seigneur transforme déjà l’existence présente. La foi est la disposition par laquelle le croyant laisse sa vie être décidée par la présence de Celui qui vient. Il en va de même lorsque nous attendons des amis pour dîner : quelque temps avant qu’ils arrivent, leur prochaine venue commande notre agir (préparation du repas, décoration…). Ils ne sont pas là, mais nous vivons déjà, en quelque sorte, de leur présence.

La foi est la réponse à l’Évangile qui, lui-même, propose la foi[21] ; la foi des Thessaloniciens est ainsi devenue un exemple qui contribue à faire résonner l’Évangile (1 Th 1,7-8). La foi est la mise en œuvre de l’Évangile ; elle est donc indissociable de l’amour qui la fait agir (cf. Ga 5,6), mais également de l’espérance. Paul, par conséquent, rend grâce pour « la foi active, l’amour qui se met en peine et la persévérante espérance » des Thessaloniciens (1 Th 1,3). Il est émouvant de constater que la première phrase du plus ancien texte chrétien parvenu, associe les trois vertus théologales dans une même expression où domine le vocabulaire de l’action. La foi paulinienne n’est pas paresseuse ; elle est passage à l’acte et implication dans l’histoire humaine.

Les développements sur le travail de 1 Th 4 et 2 Th 3 prennent ici tout leur sens. Ils manifestent combien la sagesse de Paul fut grandement à l’œuvre pour tenir deux éléments que l’Église, à travers les siècles, ne sut pas toujours conserver : conscience eschatologique et refus du repli identitaire. De ce point de vue, l’ensemble des deux lettres aux Thessaloniciens constitue un chef-d’œuvre d’équilibre. La question la plus significative à cet égard est celle du travail : ces deux paragraphes, qui donnent son sens chrétien à l’activité humaine, obligent la communauté chrétienne à ne pas se replier sur elle-même, à rester ouverte sur le monde, sans oublier que toute la vie des baptisés est saisie par la compréhension apocalyptique de leur vocation : c’est l’avenir qui commande le présent, et non pas le passé. L’Évangile est cette puissance qui fait coïncider l’avenir avec le présent ; la foi fait coïncider le "maintenant" avec Celui qui vient.


7. Annonce et catéchèse

Cette concentration du message avec sa réponse, offre un lien essentiel avec la problématique de la nouvelle évangélisation qui, quant à elle, veut entre autres établir un rapport intrinsèque entre première annonce et catéchèse[22] : la première épître aux Thessaloniciens n’est pas une première annonce mais une catéchèse ; Paul ne peut pas ne pas y exprimer directement l’Évangile, car ce dernier est coextensif à la foi qu’il veut voir grandir. Seule, une juste compréhension de cette dernière permettra de faire de toutes occasions l’opportunité offerte pour évangéliser.

En 1 Th 1,3, foi, amour et espérance sont dites du Christ et devant Dieu[23]. La foi du Christ, expression que l’on lit principalement en Ga 2,16, signifie avant tout la foi qu’il est lui-même[24]. Ici encore, on retrouve la coïncidence entre l’Évangile et la foi, maintenant associé avec le couple foi-fidélité qui, en grec, ne sont qu’un même mot. Jésus-Christ est la foi qui fait croire, l’espérance qui fait espérer, l’amour qui fait aimer. Ainsi s’articulent théologiquement, sous la plume de Paul, première annonce et catéchèse. La première annonce propose la foi, l’amour et l’espérance qu’est le Christ ; la catéchèse trace les chemins de foi, d’amour et d’espérance qui accueillent et répondent à l’Évangile. Ainsi, le fait que le Magistère enjoigne d’unir première annonce et catéchèse n’est pas une simple question de circonstance liée au fait que ceux qui demandent une catéchèse n’ont pas encore accueilli la première annonce − même si cette situation doit réellement être prise en compte dans sa spécificité. La lecture de 1 Th semble montrer qu’il ne s’agit pas tant de deux étapes d’un processus que de deux facettes qui les rendent inséparables par nature. En effet, l’engendrement que suscite l’évangélisation conduit devant Dieu notre Père (1 Th 1, 3) pour une contemplation plus apurée du Christ, incarnation de la foi, de l’amour et de l’espérance du Père ; et donc, par la suite, tout approfondissement du mystère du Christ (catéchèse, homélie, enseignement, etc.) engendre une autre forme de foi, d’amour, d’espérance pour vivre la Nouvelle Alliance ; en cela, toutes ces activités sont évangélisation et ne peuvent pas ne pas l’être. L’Évangile nous met ainsi dans le présent face à Dieu qui donne la clé du monde et de l’histoire, en en dévoilant le terme, son Fils qui vient à nous.

Encore une fois, l’attention n’est pas sur la méthode d’évangélisation mais sur le contenu, sur l’Évangile. La parole évangélique, celle qui est disposée à être entendue pour ce qu’elle est réellement (cf. 1 Th 2,13), trouvera d’elle-même les chemins pour se faire entendre de qui est prêt à l’accueillir.

 

CONCLUSION

 
8. La foi, une expérience de la nouveauté

 La mission paulinienne est, en soi, une expérience radicalement nouvelle. Cette nouveauté est éprouvée par le missionnaire comme par le destinataire de l’Évangile. Elle n’est autre que l’expérience du Christ qui, lui-même, fait toutes choses nouvelles et rend ainsi vétuste ce qui n’est pas en Lui. Le paradigme entre la Loi et la foi intervient ici. La Loi n’est nullement invalidée par le Christ ; elle est désactivée une fois sa mission accomplie : conduire au Christ. Ce rôle qu’elle occupe dans l’histoire de l’Alliance, cette étape entre Abraham et Jésus-Christ, doit donner à penser sa place dans la vie de l’Église et des croyants : puisque le Fils lui-même y a été soumis, sa lecture christologique est aujourd’hui une expérience filiale radicalement nouvelle.

Au début de cet exposé, s’imposait le constat qu’une ancienne évangélisation puisse être un contrepoison pour la grâce à accueillir : la seule attitude est de concevoir, et surtout d’accepter, que l’expérience passée doit impérativement devenir vétuste pour que l’Évangile aujourd’hui entendu suscite la foi qui lui corresponde. Par le paradigme de la Loi et de la foi, Paul invite le lecteur moderne à désigner ce qui, en lui-même, résiste à la nouveauté du Christ. Faire l’expérience de cette nouveauté radicale est, selon Paul, une révélation, une apocalypse, donc une déchirure de l’être. La foi d’hier devient loi qui conduit au Christ devant qui tout devient vétuste.

Il n’y a pas d’autre expérience possible, le Christ étant Celui qui est la nouveauté, qui fait toutes choses nouvelles, en qui le monde ancien passe. Son corps est la fondation d’une réalité nouvelle et future. L’Eucharistie peut être ainsi comprise comme le sacrifice de la nouvelle fondation, celui qui réitère le geste inaugural par lequel l’avenir vient au-devant de tous.



[1] Le premier séjour de Paul à Thessalonique peut être daté de l’année 41, ou peu après. La troisième étape de la mission commence en 47 environ.

[2] Il semble à cet égard que les Thessaloniciens n’aient pas attendu que Paul revienne les visiter. L’apôtre rend grâce à Dieu car il a appris qu’au travers de la jeune communauté « résonne la Parole de Dieu, non seulement en Macédoine mais également en Grèce » (1 Th 1,8).

[3] Cf. Marie-Françoise BASLEZ, Comment notre monde est devenu chrétien, p. 46.

[4] Soit parce qu’il était interdit de séjour comme à Antioche de Pisidie, soit parce que le risque était trop grand et que jamais Paul n’eut un comportement suicidaire.

[5] En fait, la première épître aux Thessaloniciens est la compilation de deux billets rédigés au début de l’année 50 :

-  Un premier (1 Th 1,1-2.12 ; 4,3-12 ; 5,14-15 ; 5,23-28), porté par Timothée que ne connaissent pas les Thessaloniciens puisqu’il n’était pas présent lors de l’évangélisation de la ville ;

-  Un deuxième (1 Th 2,13 - 4,2 ; 4,13 - 11 ; 5,16-22, plus une salutation finale perdue), porté sans doute par Timothée qui répond à la déception des Thessaloniciens que Paul ne soit pas venu en personne, et qui donne des précisions sur les questions posées par les disciples de Thessalonique auxquelles Timothée n’a pas pu répondre mais dont il s’est fait le porte-parole.

Cette compilation permet de décrire l’histoire de la communauté : sa foi pour accueillir l’Évangile (1 Th 1), l’arrivée de l’apôtre et l’accueil réservé pas les Thessaloniciens (1 Th 2), l’empêchement de Paul à retourner à Thessalonique (1 Th 3) et les différentes exhortations données par l’apôtre (1 Th 4-5).

Pour l’état de la discussion et plus détails, avec des nuances concernant le découpage du chapitre cinquième, qu’il soit permis de renvoyer à un précédent travail : Éric MORIN, Paul et les Corinthiens face à l’oracle de la Nouvelle Alliance, Collection Études Bibliques n°59, nouvelle série, Gabalda, Paris,2009, pp. 133-138.

[6] Selon la compréhension première du mot grec que nous traduisons par Église : une assemblée de personnes qui répondent à une convocation.

[7] Le lecteur tant soit peu attentif ne peut pas ne pas constater ces ponctuations eschatologiques qui émaillent le texte : 1 Th 1,9-10 ; 2,19-20 ; 3,13, sans compter 1 Th5,1-11.

[8] Au sens moderne du mot.

[9] L’interprétation de 1 Th 4,4 constitue un des points les plus discutés : littéralement, le texte dit que chacun possède son propre vase. Le verbe posséder signifie ici contrôler et ne pose pas de difficultés, mais de quoi veut-il parler au sujet du vase ? Pour certains (traduction liturgique, cf. Béda RIGAUX, ofm, Saint Paul ; Les épîtres aux Thessaloniciens, Études bibliques, Gabalda, Paris, 1956, p. 503), Paul emploie une métaphore rabbinique pour parler de la femme. Plus récemment  (Simon LEGASSE, Les épîtres de Paul aux Thessaloniciens, Collection Lectio Divina Commentaires n°7,Éditions du Cerf, Paris, 1999, p. 214), il a été confirmé qu’il s’agissait du corps humain, cette comparaison du vase étant usitée de façon semblable en 2 Co 3,7. Pareillement, Daniel J. HARRINGTON, First and Second Thessalonicians, Sacra Pagina Series, volume XI, A Michel Glazier Book, Collegeville, Minnesota, 1995, p. 198.

[10] Si les expressions « vous savez bien, il n’est pas besoin qu’on vous écrive » (1 Th 4,9 ; 5,1 ; 5,2) sont importantes du point de vue rhétorique, en permettant de créer une complicité avec le lecteur, elles sont aussi très significatives théologiquement. Elles expriment, à leur façon, dans un ensemble d’allusions à Jr 31,31-34, que la communauté vit une caractéristique de la Nouvelle Alliance : tous connaissent le Seigneur (cf. Jr 31,34) et, selon Ezéchiel, cela était rendu possible par le don de l’Esprit (Ez 36,27 ; cf. 1 Th 4, 8). Pour plus de détails, voir Éric MORIN, Paul et les Corinthiens face à l’oracle de la Nouvelle Alliance, pp. 138-144.

[11] Cf. HARRINGTON, First and Second Thessalonicians, pp. 78.90-91. Le premier des deux verbes employés par Paul, pour décrire les difficultés qu’il a rencontrées à Philippes, a un sens actif : il dut s’impliquer pour faire entendre l’Évangile. Le second renvoie à l’expérience des prédicateurs itinérants dont on se moque, d’où la traduction ici proposée.

[12] Ici encore, le verbe usité par Paul est extrêmement précis : il est employé pour parler de la capacité juridique − donc la liberté − d’un citoyen à prendre la parole dans les délibérations publiques concernant la cité.

[13] Littéralement, l’agonie : terme qui, en grec, désigne le combat, la lutte. Dans le langage chrétien, il est employé pour décrire l’angoisse du Christ à Gethsémani, son agonie − c’est-à-dire sa lutte intérieure à travers la souffrance et l’angoisse − par laquelle il accepte la volonté du Père.

[14] Cf. 1 Th 2,4. L’étymologie du verbe examiner, et les champs d’application dans la langue grecque, renvoient à l’idée d’adapter, de mettre en adéquation à ce qui convient. Cf. Pierre CHANTERAINE, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Collection Histoire des mots, Klincksieck, Paris, 1999, p. 291.

[15] Cf. Jean PIAGET, Le structuralisme, Collection Que sais-je ?, n°1311, PUF, Paris, 1996, pp. 74-81. L’auteur y présente la doctrine d’acquisition du langage en établissant ces catégories de l’assimilation et de l’adaptation.

[16] Ce verbe devenir est fréquemment répété au début de 1 Th 1,5 ; 1,6 ; 1,7 ; 2,1 ; 2,5 ; 2,7 ; 2,8 ; 2,10 ; 2,14.

[17] Il semble que Paul parle du fait de travailler de ses mains, nuit et jour précise-t-il en 1 Th 2,9. Ce choix, adopté par Paul et Barnabé, n’était pas celui de tous les apôtres qui, suivant en cela les directives de Jésus-Christ, recevaient de la communauté les subsides dont ils avaient besoin. À Corinthe, cette attitude de Paul n’a pas été comprise, et Paul dut se justifier longuement sur ce point en 1 Co 9,1-18.

[18] Les manuscrits à notre disposition hésitent entre deux lectures du verset 1 Th 2,7 : selon certains (P65, a, B), il faut comprendre que Paul est devenu tout petit, au sens où Jésus parle des tout-petits qui accueillent l’Évangile (cf. Mt 11,25) ; selon d’autres, Paul s’est fait doux (A, C, D). Une seule lettre distingue les deux mots en grec. La qualité comparée des manuscrits ne permet pas de trancher, mais il semble probable que Paul ait écrit doux et que, par association avec les paroles de Jésus, un copiste ait rajouté une lettre à ce mot qui devint ainsi tout-petit.

[19] Giorgio AGAMBEN, Le temps qui reste. Un commentaire de l’Épitre aux Romains. Traduit de l’italien par Judith Revel, coll. Petite Bibliothèque, Rivages poche, Paris, 2004, p. 154.

[20] AGAMBEN, Le temps qui reste, p. 156.

[21] Cf. AGAMBEN, Le temps qui reste, p. 155.

[22] Sur les liens progressivement établis par le magistère entre première annonce et catéchèse, cf. Jean-Louis SOULETIE, « La nouvelle évangélisation selon les lineamenta du prochain Synode des évêques (Rome 2012) », Documents Épiscopat n°12, Secrétariat Général des Évêques de France, Paris, 2011, pp. 7-12.

[23] La construction de 1 Th 1,3 est complexe. Il semble que la finale : « de Jésus-Christ notre Seigneur, devant Dieu notre Père » soit à mettre en dénominateur commun de foi, amour et espérance. Pour le sens particulier de l’expression foi du Christ, cf. Hans Urs von BALTHASAR, La foi du Christ, Bibliothèque Chrétienne de Poche, coll.  Foi vivante, éditions du Cerf, Paris,1994, pp. 38-42.

[24] BALTHASAR, La foi du Christ, p. 42.

 
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