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Lire la Bible
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Schlumberger Sophie
Animation biblique - Lire la Bible selon la pédagogie de la découverte et du dialogue
Fiche de travail
 
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Par Sophie Schlumberger, bibliste et animatrice biblique (Église protestante unie de France)
 

Un colloque "Lire la Bible, écouter la Parole. Enjeux et expériences œcuméniques" s'est tenu à l'Institut catholique de Paris en avril 2014. Beaucoup d'expériences ont été échangées et de multiples aspects théologiques et pastoraux abordés. Au cours du colloque, les participants se sont livrés eux-mêmes à l'écoute de la Parole de Dieu dans la Bible.

Au matin du troisième jour, nous allons lire la Bible[1] !

En effet, jusqu’alors, nous avons entendu de nombreuses interventions sur la Bible, sa lecture, l’écoute de la Parole, mais nous n’avons pas encore lu la Bible, ni lu la Bible ensemble. Or, dans un colloque qui traite précisément de ce sujet, il vaut la peine d’en faire l’expérience, même si nous disposons de fort peu de temps. Nous allons profiter de ce que nous sommes réunis - catholiques, orthodoxes et protestants - pour ouvrir la Bible et lire l’un de ses textes, qui est depuis plusieurs mois au cœur d’une problématique biblique, théologique et œcuménique[2].  Nous allons donc visiter le sujet de ce colloque tout en le vivant, car après tout, un colloque peut aussi être envisagé comme un lieu où les uns et les autres s’entretiennent d’un sujet, certes sur l’estrade, mais aussi dans la salle, et ce faisant, estrade et salle vont se trouver à même niveau, chacun face au texte, engagé dans le dialogue avec le texte et avec ses voisins de table.

Mais avant de vivre ce colloque avec la Bible, voici quelques précisions pour situer notre démarche. Il y a en effet bien des manières de concevoir l’animation biblique et de la pratiquer ; ici je parlerai de la lecture en groupe pensée, menée selon la pédagogie de la découverte et du dialogue[3].

L’animation biblique, en quel sens ?

Est-ce une expression équivalente de celle d’« étude biblique » ? Est-ce une autre façon de désigner ce que l’on appelle un « partage biblique » ? Ces expressions renvoient à des réalités différentes. Typons-les de la façon suivante :

Dans une étude biblique au sens classique du terme, l’intérêt des personnes se porte principalement sur l’étude du texte. L’objectif est d’acquérir un savoir sur le texte, ses auteurs, leurs motivations, leur théologie, ceux à qui ils ont destiné ce texte, etc. Dans ce cadre, le texte est objet d’étude ; celle-ci est menée par un expert en la matière qui enseigne les autres. La dynamique de groupe[4] est faible dans cette situation, elle importe peu.

En contre point de l’étude biblique se trouve le partage biblique : l’accent porte ici sur les personnes et la façon dont le texte biblique leur parle, résonne dans leur vie. Lors d’un tel partage, le texte biblique est considéré comme ce qui va stimuler et nourrir l’échange d’expériences de foi et de vie. Chacun est invité à exprimer librement ce qu’il ressent à la lecture du texte et à extrapoler dans le domaine de sa vie personnelle et de sa spiritualité. Chaque participant peut animer un tel partage.

L’animation biblique trace encore un autre chemin qui emprunte pour partie à l’étude biblique et au partage biblique. Elle n’en devient pas pour autant LE modèle. Elle est simplement une approche parmi d’autres possibles.

Une spécificité de l’animation biblique réside en ce que le groupe lui-même mène l’étude du texte et entre en dialogue avec lui. Une telle démarche nécessite la présence active d’un animateur[5] dont la tâche est d’être au service du texte et du groupe, de sa dynamique, de veiller à ce qu’une rencontre s’opère entre texte et lecteurs, tout comme entre les lecteurs eux-mêmes.

Le texte ici est accueilli, envisagé comme un sujet de parole ; un sujet, libre, qui n’a pas peur de nos questions, ne craint pas d’être exposé à nos convictions. Ce sujet-là tient, et tient depuis des siècles. Il en est de même de Celui dont il témoigne ; celui-ci tient lui aussi, librement, comme un sujet sur qui nous ne pouvons pas mettre la main, qui échappe à toute prise. Cet Autre n’hésite pas à (se) dérouter, à changer d’avis, à être celui que nous n’attendions pas. Qu’en est-il de nous autres, lecteurs-lectrices ? Il n’est pas sûr que nous soyons capables de nous laisser étonner, bousculer, interpeller. Sommes-nous capables de laisser interroger notre système théologique, nos représentations, nos préjugés et nos jugements ? 

L’animation biblique se situe en ce questionnement et elle essaie de mettre du jeu là où il n’y en a pas ou très peu ou, à l’inverse, trop, de façon à ce que chaque sujet entre en interlocution.

La pédagogie de la découverte

Cette pédagogie repose sur un constat, qui tient en trois phrases :

  • Dis-le-moi et je ne m’en souviendrai pas.
  • Montre-le-moi et je m’en souviendrai peut-être.
  • Fais-le-moi faire et je m’en souviendrai sûrement !

Ce « fais-le moi faire », lire, vivre est le ressort essentiel de l’animation biblique. Cette pédagogie met chacun en activité et en interactivité, avec le texte à lire et avec les autres lecteurs. La lecture de la Bible, de ce fait, est un événement inattendu, tout simplement parce qu’elle donne la parole et de la place aux membres du groupe dans le travail d’analyse et d’appropriation. Autant dire que l’animateur d’un tel groupe n’est pas maître de ce qui va se passer. Il a à être disponibleà quelque chose qui lui échappe : ce que crée, pour chaque lecteur et pour un groupe de lecteurs, la rencontre avec le texte biblique. Animer un groupe biblique selon cette pédagogie réclame de la personne qui exerce ce rôle et cette fonction[6] de l’humilité, la capacité à faire de la place à l’autre. Concrètement, l’animateur peut être amené à renoncer à son programme pour aller au rythme du groupe, à l’écoute de ses questions et découvertes. En ce sens, il est au bénéfice du travail du groupe. Il n’est pas le gardien de la juste lecture du texte, de l’interprétation qu’il estime juste, ni de celle de son Eglise, de sa tradition. Il est au service d’un travail collectif, aussi libre et respectueux que possible.

Avant la séance du groupe, il revient à l’animateur de travailler soi-mêmeattentivement le texte (analyse, interprétation, appropriation) mais aussi de réfléchir aux outils, méthodes qui vont impulser cette dynamique de la recherche.

Bref exercice pratique

Nous allons tout juste amorcer l’entrée en matière[7]. Il s’agit, pour chacun, de lire le texte biblique reproduit page suivante, puis de le relire, en l’annotant (mot, phrases) des signes proposés ci-dessous.

Ensuite, par deux, les participants confrontent leurs textes annotés et partagent leur lecture, leurs questions et découvertes.

5 "Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire leurs prières debout dans les synagogues et les carrefours, afin d'être vus des hommes.

En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense.

6 Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

7 Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens; ils s'imaginent que c'est à force de paroles qu'ils se feront exaucer.

8 Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.       9 Vous donc, priez ainsi:

Notre Père qui es aux cieux,

fais connaître à tous qui tu es,

10 fais venir ton Règne,

fais se réaliser ta volonté

sur la terre à l'image du ciel.

11 Donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin,

12 pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous,

13 et ne nous conduis pas dans la tentation,

mais délivre-nous du Tentateur.

14 En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi; 15 mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes.                 

Evangile selon Matthieu, chapitre 6 (Traduction œcuménique de la Bible)

Au fil de la lecture, annoter le texte de signes[8] :

? : Je ne comprends pas

! : Cela me choque

+ : Je suis d’accord

- : Je ne suis pas d’accord

~ : Cela se discute

> : Cela me lance un défi

Cette Foire aux signes est la proposition-type. Lorsque vous l’aurez mise en œuvre, vous jugerez peut-être nécessaire de la modifier, pour qu’elle serve davantage la lecture de ce texte-là. En effet, cette méthode, comme toutes celles qui sont proposées sur le site www.animationbiblique.org, est un outil pour créer une bonne distance avec le texte, soutenir une (re)découverte de celui-ci, rompre avec les habitudes et rendre disponible à de nouvelles interrogations et significations.  Il vous revient de vous approprier cet outil et de le transformer pour le rendre plus « performant ». Voici, pour vous mettre en route, une autre version :

? : Je ne comprends pas

! : Cela me choque

+ : J’aimerais que cela se produise

- : Cela m’interroge

~ : Cela m’est étranger

> : Je fais une découverte

Visite guidée et appropriation

L’entrée en matière a pour objectif de (re)susciter la curiosité de chacun vis à vis du texte – familiers de la Bible et néophytes -, la confiance nécessaire pour oser exprimer ce que l’on comprend et ce que l’on ne comprend pas, ainsi que l’écoute de ce que les uns et les autres expriment. Vient ensuite la visite guidée[9]. Cette nouvelle étape a une visée précise : focaliser l’attention des lecteurs sur le texte lui-même, solliciter leur compétence en matière d’observation et d’analyse. L’animateur accompagne les membres du groupe dans ce travail par des questions ouvertes (c’est-à-dire qui n’induisent pas la réponse) qui permettent aux participants de réfléchir et de relire le texte.  Cette visite stimule l’activité et la collaboration des lecteurs, elle permet aussi d’honorer le texte et son point de vue particulier.

La démarche d’appropriation à laquelle les participants sont aussi invités au cours d’une animation biblique se nourrit de ce travail. L’animateur veille à offrir la possibilité et le temps nécessaire pour que chacun, au sortir de la visite guidée, puisse réfléchir et exprimer en quoi le texte étudié le concerne, le touche, l’interpelle[10].

De nombreuses animations bibliques sont proposées sur le site www.animationbiblique.org. Il vous reste à prendre le temps de les découvrir, de les tester et de les adapter à votre contexte et à vos propres objectifs. Des ateliers[11] sont également organisés, pour s’exercer avec d’autres à cette pédagogie. Ces ateliers sont aussi des lieux où expérimenter, grâce et avec les Ecritures, l’œcuménisme.

                                                                                  Sophie Schlumberger



[1] Pour cette introduction, nous avons volontairement conservé le style oral de l’intervention. De même pour l’exercice pratique.

[2] Lire à ce sujet l’article de Hans Christoph Askani, sur http://biblique.blogspirit.com/media/00/01/1544945350.pdf.

[3] Lire d’autres éléments de présentation dans les fiches « Points théoriques » du site www.animationbiblique.org ainsi que l’article « Pédagogie pour des études bibliques actives ! » dans animationbiblique.org LE LIVRE, coédition La Ligue – Fédération protestante de France, pages 5 à 8.

[5] J’utilise ici par commodité le terme « animateur » mais cette fonction et ce rôle peuvent être incarnés par un homme autant que par une femme.

[8] Cette méthode, « La foire aux signes », est présentée sur http://www.animationbiblique.org/methodes/foire_aux_signes.

[10] Une fiche est consacrée à l’appropriation, actualisation : http://www.animationbiblique.org/pointstheoriques/Appropriation__actualisation.

[11] Rubrique « rencontres bibliques » sur le site.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org