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Lettre de Jacques
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Arnold Matthieu
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Dahan Gilbert
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Noblesse-Rocher Annie
L’épître de Jacques dans sa tradition d’exégèse
2-204-09829-8
L'épître de Jacques dans sa tradition d'exégèse
Recension
 
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Recension du livre : "L'épître de Jacques dans sa tradition d'exégèse", Mathieu Arnold, Gilbert Dahan, Annie Noblesse-Rocher, dir., par Éric Morin.
 

Mathieu Arnold, Gilbert Dahan, Annie Noblesse-Rocher, dir.
L’épître de Jacques dans sa tradition d’exégèse
« Lectio Divina. Études d’histoire de l’exégèse » n° 4
Éd. du Cerf, Paris, 2012, 138 p., 18 €

La collection « Études d’histoire de l’exégèse » manifeste une étape de la recherche biblique contemporaine : lire l'Écriture à partir des lectures qui nous l’ont transmise. Ainsi l’exégèse n’a pas pour seule tâche d’affronter la Bible à mains nues mais bien au contraire de nourrir son rapport au texte par la richesse des interprétations dont nous sommes les héritiers. Ce travail n’est nullement une solution de facilité, au contraire, il maintient le texte dans sa difficulté, lui restitue ces aspérités, celles-là même dans lequel il parle, suscitant l’exigeant travail de son lecteur. Cet ouvrage collectif sur l’épître de Jacques en est une belle illustration.

En parcourant quelques approches récentes afin de situer l’épître de Jacques dans son contexte (Denis Fricker), puis en regardant la tradition patristique (Frédéric Chapot), l’exégèse médiévale (Gilbert Dahan), puis les commentateurs protestants du XVI° siècle (Matthieu Arnold) et enfin les catholiques de la même période (Jean-Pierre Delville), ce travail maintient constantes quelques interrogations sur la première des épîtres catholiques.

À titre d’exemple, la question d’une opposition à l’apôtre Paul traverse les siècles, ne trouvant jamais de solutions définitives mais stimulant le lecteur à constamment chercher une compréhension de ce qu’est cette foi qui ne peut être montrée sans les œuvres (Jc 2,17).

Si les Pères de l’Église ont tardé à commenter ce texte, il semble que cela soit l’école alexandrine qui joua un rôle dans sa diffusion. Il y eut plusieurs tentatives pour harmoniser le message de Jacques et celui de Paul au sujet de la foi, posant ainsi la question d’une hiérarchisation des livres bibliques. Faut-il éclairer Paul par Jacques, ou réciproquement ? Globalement « c’est plutôt l’interprétation des lettres de Paul et, spécialement la lettre aux Romains, qui a amené s’interroger sur la valeur des formules de Jacques » (F. Chapot, p. 56).

Par son caractère systématique, l’exégèse médiévale va tenter de donner aux propos de Jacques leurs valeurs et leurs portées intrinsèques : « Denys le Chartreux oppose à Jc 2,21-22 toute une série de citations pauliniennes : Rm 3,20 ; 4,2 ; Ga 3,9-11. Il donne à cette apparente contradiction une double réponse : d'une part Paul se réfère aux œuvres liées aux préceptes cérémoniels de l’ancienne Loi, qui ne sont pas nécessaires au salut, alors que Jacques vise les œuvres liées aux préceptes moraux. D’autre part, aucun œuvre de la Loi ne suffit au salut de quiconque sans la foi au Christ, explicite ou implicite » (G. Dahan, p. 96).

La question redouble par la relativisation faite par Luther qui oppose la lettre de Jacques non seulement à Paul mais à l’ensemble des Écritures (M. Arnold, p. 103). La question qui est alors posée n’est pas celle d’une harmonisation entre Paul et Jacques, mais du statut et de la place de la lettre de Jacques comprise pour elle-même. Ainsi les catholiques vont-ils, à l’exemple du jésuite Cornelius a Lapide, voir dans ce texte un appel à l’agir chrétien qui vaut d’être entendu pour lui-même (J.-P. Delville, p. 131). L’exégèse contemporaine insiste pour dire que les propos de Jacques se comprennent en dehors d’un contexte anti-paulinien, supposé ou réel.

En parcourant ces différentes études, on découvre ainsi que la première des épîtres catholiques est elle-même habitée par le souci de réécrire. Les matériaux jugés traditionnels par la communauté sont librement présentés et donc interprétés, qu'il s'agisse de paroles sapientielles ou évangéliques. Un tableau fort instructif permet de mettre en perspective ces éléments de la recherche contemporaine (D. Fricker p. 34). Par ce travail, l'auteur de la lettre de Jacques cherche à convaincre son lecteur du trésor de sagesse dont il dispose pour engager tout son être dans cette foi, morte sans les œuvres. Par là même, toute l'assemblée est appelée à rejoindre une autre compréhension d'elle-même refusant toute protection sauf celle de Dieu.

La lettre de Jacques mérite d’être lue et étudiée pour elle-même et la richesse de ce livre ne peut que nous y renvoyer.

                                                                                                   Éric Morin
Niveau de lecture : relativement exigeant

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 166.



 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org