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Archéologie
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Royaume d'Israël
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Finkelstein Israël
Le royaume biblique oublié
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Le royaume biblique oublié
Recension
 
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Recension du livre d'Israël Finkelstein : "Le royaume biblique oublié", par Jean-Claude Becker.
 

Israël Finkelstein
Le royaume biblique oublié
Odile Jacob, Paris, 2013, 282 p., 23,90 €

L’archéologue israélien Israël Finkelstein (= I.F.) est bien connu pour ses positions décapantes (voir C.E. n°121, p. 66 et n°138, p. 61-63). Issu de conférences données en 2012 au Collège de France, son dernier ouvrage, appuyé sur les acquis les plus récents de l’archéologie, propose une histoire du royaume d’Israël, entité qui a été très indépendante du royaume de Juda.

Au Fer I (environ 1100-900 av. notre ère), la région est divisée entre des cités-états cananéennes (vallées du nord) et une population « israélite » qui s’accroît (hautes terres de Samarie). Une première entité territoriale apparaît dans la région de Gabaôn, liée à Saül, et une seconde plus au nord, autour de Tirça. Au Fer II A récent (886-760), la construction de villes aux murailles en casemates est à rattacher aux règnes des Omrides, période de prospérité. Le royaume aurait été alors densément peuplé (350 000 personnes sur les deux rives du Jourdain, trois fois plus qu’en Juda).

Par la suite, on observe plusieurs couches de destruction dans tous les sites majeurs des vallées. I.F. en trouve des échos dans les livres des Rois (action du souverain araméen Hazaël). Relevé dans les dernières années du IXe siècle, le royaume
disparaît sous les coups des armées assyriennes au VIIIesiècle.   

Or, au VIIIesiècle, la population de Juda et de Jérusalem augmente. Cela correspondrait à l’arrivée de populations originaires de Samarie et de Béthel. Le royaume d’Israël ayant disparu, le terme « Israël » est alors mis au service d’une idéologie panisraélite « dirigée vers l’intérieur de la société et destinée à la population composite résidant en Juda » (p. 231).

La majorité des données archéologiques présentes dans les livres précédents de I.F. sont ici reprises. Dans une démarche critique, I.F. pointe les tensions entre celles-ci et les récits bibliques et il déborde souvent l’archéologie par intérêt pour la formation du texte biblique. Au début du VIIIesiècle, le nord, alphabétisé avant le sud, aurait produit des textes sur Jacob et Saül, les Juges, Élie et Élisée… Transportés en Juda après 722, ils auraient été repris un peu plus tard par un rédacteur judéen (ou « judaïte ») pour alimenter ses critiques sur David et Salomon. Ce n’est qu’après le retrait assyrien de la région, au VIIesiècle, que l’idéal d’une grande monarchie rattachant Israël à Juda se serait imposé, unifiée autour de Jérusalem, de son temple et de la dynastie davidique.

Alors que les livres « historiques » de la Bible, jugent sévèrement le royaume d’Israël (mais il s’agit d’écrits théologiques), le lecteur découvrira qu’il précéda chronologiquement et en importance le royaume de Juda avant de l’enrichir de ses traditions et d’une partie de sa population à la fin du VIIIe siècle. Il lira avec intérêt les hypothèses avancées quant au devenir de ces traditions écrites. 

                                                                                      Jean-Claude Becker
Niveau de difficulté : exigeant

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 167.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org