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Christ juif
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Origines
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Boyarin Daniel
Le Christ juif. À la recherche des origines
2-204-09958-5
Le Christ juif. À la recherche des origines
Recension
 
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Recension du livre de Daniel Boyarin : "Le Christ juif. À la recherche des origines", par Michel Berder.
 

Daniel Boyarin
Le Christ juif. À la recherche des origines
Traduit de l’américain par Marc Rastoin
« Initiations », Éd. du Cerf, Paris, 2013, 190 p., 19 €

En 2011 était parue la traduction en français de Border Lines (La partition du judaïsme et du christianisme, voir C.E. 160, 2012, p. 68-69), ouvrage important de Daniel Boyarin (= D.B.), qui s’adressait à un public averti et, de ce fait, présentait un niveau de lecture exigeant. Le Christ juif reprend la thèse majeure de l’auteur de manière beaucoup plus accessible à un public large, sans pour autant négliger la qualité nécessaire des références, et, de plus, en enrichissant les dimensions de la thèse proposée. Le traducteur, M. Rastoin, a introduit un certain nombre de « notes du traducteur » qui aident à la lecture (mais qui parfois pourraient l’orienter).

Le sous-titre de l’ouvrage, « À la recherche des origines », ne rend pas tout à fait la visée de l’auteur. Pour D.B., le christianisme ne se constitue pas en « religion » – ne se sépare pas du judaïsme comme religion – avant la fin du IIIe, le début du IVsiècle. Il s’agit donc de faire sentir combien Jésus et les écrits du N.T. à son sujet participent pleinement du judaïsme du Ier et du IIsiècles, des débats qui le constituent, sans présenter une originalité qui les en distinguerait radicalement. Comme le dit l’épilogue, « l’Évangile est juif ».

Après une introduction qui explicite la difficulté de parler de « séparation » au temps des écritures du N.T., les deux premiers chapitres (presque une centaine de pages) sont consacrés à l’expression « fils de l’homme » employée par Jésus dans les évangiles. D.B. défend une interprétation de la figure de Dn 7, d’où l’expression provient, comme figure humaine et tout autant divine. Plusieurs occurrences de l’expression dans l’évangile de Marc sont analysées dans ce sens, pour mettre en évidence combien l’attente d’un « fils de l’homme » divin était tout à fait répandue dans le judaïsme du premier siècle. Le troisième chapitre, intitulé « Jésus mangeait casher » reprend la discussion sur la nourriture en Mc 7, et montre que la position de Jésus ne consiste pas à supprimer la casherout, bien au contraire à la défendre contre les intentions et les pratiques pharisiennes. Enfin le quatrième chapitre discute de la figure du Messie souffrant, en lien avec le quatrième chant du Serviteur en Isaïe 53, pour mettre en évidence la présence de cette figure dans le judaïsme du premier siècle, et par là nuancer fortement la prétendue originalité de cette figure dans les récits évangéliques sur Jésus.

Les spécialistes continuent de discuter la thèse de D.B. sur la « partition », notamment sur son caractère plus tardif dans l’histoire qu’il n’est communément admis. Cette thèse, essentiellement historique mais non sans effets théologiques, présente l’avantage de bien mettre en évidence combien le mouvement de Jésus se situe au sein du judaïsme des deux premiers siècles, combien il participe à ses débats, tant théologiques que pratiques. De ce fait, cessant de faire croire à une « séparation » nette dès les débuts, la thèse permet un meilleur respect du judaïsme, et favorisera sûrement le dialogue contemporain avec nos frères juifs, comme le souligne le Cardinal Barbarin dans la préface au livre de D.B. Ceci étant acquis, que Jésus soit pleinement juif (et non un « juif marginal » comme le propose J.P. Meier dans Un certain juif : Jésus, 4 tomes parus, Éd. du Cerf, 2004-2009) ne rend pas complètement compte de ce qu’il a été, ni de ce que ceux qui ont cru en lui ont compris de lui, ce qui est aussi une question pour l’historien. Et cela, selon deux aspects : d’une part, il convient de prendre en compte l’intelligence de l’événement Jésus dans les lettres de Paul, et, d’autre part, de tenir aussi compte du rapport à l’universel romain de l’époque où le mouvement de Jésus s’est situé.

La thèse de D.B. est salutaire, et son Christ juif tout à fait passionnant ; du point de vue chrétien, il convient cependant de la compléter pour pouvoir dessiner une figure historiquement juste de Jésus. (Jean-Marie Carrière)
stimulant. C’est d’ailleurs, manifestement, l’un des buts recherchés.

                                                                                                   Michel Berder
Niveau de difficultés : moyen

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 166.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org