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Seconde lettre à Timothée
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Vouga François
La seconde lettre à Timothée. Transmettre la foi
2-35479-166-7
La seconde lettre à Timothée. Transmettre la foi.
Recension
 
 
Par François Vouga (en dialogue avec Henri Hofer et Pierre Hunsinger)
 

François Vouga (en dialogue avec Henri Hofer et Pierre Hunsinger)
La seconde lettre à Timothée. Transmettre la foi.
« Au fil des Écritures », Éditions Olivétan, Lyon, 2012, 144 pages, 14 €

« J'aimerais tellement que mes petits enfants soient heureux ! »(p. 127). Tel pourrait être le titre de ce travail sur la seconde lettre à Timothée qui se présente à la première personne du singulier, comme un commentaire de l'auteur sur son propre texte. Le souci du rédacteur de 2 Tim est donc identique à celui de nombre de nos contemporains et pour lui la foi est essentiellement source de bonheur, pour le bonheur de ces petits enfants, comme de ces contemporains, transmettre la foi est donc une question essentielle pour conduire au bonheur.

François Vouga (F.G.) assume clairement l’opinion selon laquelle 2 Tim est un texte écrit non par l'Apôtre Paul lui-même, mais par un lecteur de Paul vivant au tournant du premier siècle qui puisa dans la lecture des lettres paulinienne un message qu'il met sous la plume de Paul afin que la communauté à laquelle il appartient puisse véritablement s'engager dans l'annonce de l'Évangile.

Ainsi, faisant parler cet auteur anonyme, ce commentaire nous permet de fouiller dans l'ensemble des écrits paulinien et nous aide à en chercher sinon l'épicentre, au moins ce que notre monde à besoin d'entendre pour que « nos petits enfants soient heureux ».

Ce commentaire prend soin de faire fonctionner ce qu'on appelle le cercle herméneutique : il établit des parallèles de situation entre la fin du premier siècle de notre ère et notre monde contemporain afin de comprendre comment l'auteur de la seconde lettre à Timothée peut nous aider à transmettre la foi au XXI° siècle.

Deux nécessités se dégagent : 1) un contenu simple et clairement énoncé, dans la droite ligne de l'Évangile de Paul ; 2) une attitude de liberté et de confiance, elles aussi constituant une part essentielle de l'héritage paulinien, à l'égard de la Parole et de la puissance par laquelle elle trace son chemin dans le cœur humain. Fort de ces principes, c'est une leçon d'évangélisation à laquelle assiste le lecteur de ce commentaire.

En premier lieu ce texte offre un jugement lucide et ferme sur notre temps. Les analyses sur l'individualisme, ses ressorts et son idolâtrie sous-jacente, sont extrêmement pertinentes et dénoncent « la confusion spirituelle et l'asservissement d'un sujet à l'image qu'il se fait de lui-même, alors qu'il se croit libéré de tout » (p. 96). Constamment ce commentaire dégage la foi comme confiance libératrice en la Parole de Dieu, de la religion. Même si 2 Tim assume le vocabulaire de la piété que l'on ne retrouve pas ainsi dans les écrits authentiquement pauliniens, ce commentaire rend compte de son usage par le climat de religiosité qui habitait l'empire romain, sous la forme d'une idolâtrie semblable à celles de notre temps, et dont toutes générations doivent se libérer. « Nous devrions par conséquent bannir ces catégories de notre langage. Or, nous le savons trop bien, les mots chassés par la porte rentrent par la fenêtre. C'est pourquoi il importe de les redéfinir et, de cette manière, de les occuper » (p. 71).

En second lieu, ce texte nous invite à une pareille lucidité sur l'Église qui ne doit ni ne peut déléguer une caste de spécialistes ou de professionnels, qui en constitueraient une sorte d'élite, assumer seule les fonctions d'enseignement et d'évangélisation (p. 55). Un tel fonctionnement serait contraire au message paulinien sur le Corps du Christ (cf. 1 Co 12) dans lequel tous ont part au même Esprit, comme des personnes renouvelées et libérées, en vue du service de l'unique Évangile.

Les lecteurs catholiques seront sans doute décontenancés par la manière dont 2 Tim est mis en opposition avec les écrits contemporains d'Ignace d'Antioche (p. 56) dont la théologie est décrite, non sans fondement, comme « monarchique : un Dieu, un Christ, un évêque, une eucharistie ». Pour F.V., cette vision de l'Église se démarque radicalement d'une « démocratisation (de l'Église qui) paraît découler logiquement de la compréhension que Paul nous donnait du corps » (p. 58).

Cette mise en opposition est cependant nécessaire pour prendre conscience des choix devant lesquels nous sommes aujourd'hui. Quelle Église espérons-nous ? Quel message voulons-nous annoncer ? Clairement F.G. prend position de manière percutante « nous n'avons pas besoin de changement – ou de conservatisme – institutionnels, mais d'un renouvellement de l'intelligence par la foi, qui est confiance, par l'espérance qui est certitude agissante de la conviction, et par l'amour, qui est reconnaissance – dans les deux sens du terme : prise de conscience de la présence d'autrui et gratitude. »

Ce commentaire de 2 Tim est un livre facile et agréable à lire. Mais il se lit lentement cependant, tant ses assertions offrent une réflexion stimulante pour transmettre la foi et que par elle, contemporains et petits-enfants soient heureux ! (Éric Morin)
Niveau de difficulté : aisé

 
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